Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Les
trois opérateurs de téléphonie mobile (France-Télécom,
SFR et Bouygues) ont de drôles de manières. Tant
pour procéder aux installations de leurs antennes-relais
que pour balayer d'un revers de main l'inquiétude grandissante
des populations et les troubles dont elles font état.
"Parmi
le courrier que nous recevons, nous avait prévenu André
Aschieri, député apparenté Verts (André
Aschieri est auteur du livre La France toxique. Il a défendu
l'an dernier devant l'Assemblée la proposition de loi sur
la création d'une agence Environnement et santé
(elle devrait être créée à l'automne
prochain), dont le texte avait été rédigé
par le groupe d'étude Santé-Environnement de l'Assemblée
constitué initialement de six députés : en
plus d'André Aschieri, Pierre Lellouche, Jean-Pierre Brard,
François Loos, Jean-François Mattéi, Michèle
Rivasi, issus de toutes les formations parlementaires et intéressés
par ces questions), une
grande proportion concerne les problèmes posés aux
citoyens par la pose d'antennes-relais. Il faut ouvrir le débat
sur cette question et réfléchir à une législation
encadrant cette nouvelle technologie. " Dans ce contexte,
et celui de la campagne " Insup-portables les antennes-relais
" d'Agir pour l'environnement, à laquelle Alternative
Santé - L'Impatient est associé, se tenait le 2
juillet dernier, à l'Assemblée nationale, une conférence
de concertation sur "l'implantation des antennes-relais".
Si le succès de cette manifestation devait se mesurer au
nombre des participants et à la vigueur des débats,
le compte y serait, largement positif : salle comble (250 places)
et très participative. Il faut dire que les sujets de mécontentement
ne manquent pas. À propos de la hideur des installations
d'abord : " À Boulouris, depuis notre appartement,
nous jouissions d'une superbe vue sur la mer. Maintenant nous
l'apercevons à travers la forêt des dix antennes
installées sur le bâtiment voisin ", regrette
monsieur Minous. " Sur l'Ile aux Moines, dans le golfe du
Morbihan, ajoute l'avocat de Gabriel Yared, auteur-compositeur
de musique, c'est un pylône de quinze mètres qui
a été édifié tout à côté
de la propriété de mon client. " Photos à
l'appui, les témoins dénoncent " la pollution
esthétique " occasionnée et l'inévitable
perte en valeur financière des biens immobiliers considérés.
Second
grief, la discrétion et la rapidité avec lesquelles
les travaux sont exécutés donnent le sentiment que
la politique des opérateurs est celle du fait accompli.
Ici et là, les travaux continuent malgré l'arrêté
municipal les interdisant et l'intervention de la police. Cela,
sans aucune concertation. Troisième sujet de mécontentement
: les riverains ont le sentiment d'être pris d'assaut et
d'être les otages d'une technologie dont ils ne sont parfois
même pas les utilisateurs.
Accumulation
de témoignages
Les
témoignages abondent quant aux troubles ressentis au voisinage
des installations. " Quatre semaines après l'érection
de la forêt d'antennes, raconte monsieur Minous, ma femme
et moi-même avons
enregistré de la fatigue, des problèmes de somnolence,
des réveils nocturnes brutaux inhabituels, des troubles
d'équilibre et de la mémoire. Personnellement, mon
rythme cardiaque subit des accélérations anormales
et ma tension a augmenté. Au bout de cinq mois de ce régime,
nous avons déménagé, tout est rentré
dans l'ordre. " Madame Sevin, de Flourens, fait elle aussi
état de problèmes d'asthénie, d'insomnies,
de défauts de mémoire depuis la mise en fonction
des six antennes qui surmontent le pylône de trente mètres
installé à dix mètres de sa clôture.
Le
cas le plus troublant est celui de Lucie, deux ans, atteinte d'une
leucémie. " Depuis 1997, explique son papa, nous habitons
à soixante-quatre mètres d'un pylône de quarante-six
mètres. Entre 1997 et 1999, ma femme a fait deux fausses
couches médicalement inexpliquées et étrangement
70 % des poussins des poules que nous élevons décèdent
" Autant de cas qui, s'ajoutant les uns aux autres, y compris
à ceux précédemment relatés dans notre
numéro d'Alternative Santé - L'Impatient du mois
de mars 2001, sont de nature à inquiéter.
L'exposition
des travailleurs
Bien
que la puissance émise par les antennes-relais soit sans
commune mesure avec celle des radars ou des fours à micro-ondes,
les problèmes rapportés rappellent ceux répertoriés
dans le syndrome des micro-ondes appelé encore maladie
du radar ou des hyperfréquences. Justifiées ou non,
craintes il y a. Or le silence radio ou le mépris dans
lequel jusqu'à présent les opérateurs tiennent
le public ne vont pas dans le sens d'un apaisement.
D'ailleurs, ils le savent : cette technologie nécessite
quelques précautions d'usage. En particulier dans la maintenance
des installations. Là encore, le bât blesse. "
Ma direction régionale, nous écrit un technicien,
refuse d'interrompre les émetteurs quand nous devons travailler
dessus. " Ces propos font écho à ceux exprimés
à la tribune par M. Antzenberger, du Comité d'hygiène
et sécurité de France Télécom, dénonçant
le laxisme ambiant : périmètre de sécurité
mal balisé, absence d'appareils pour mesurer les doses
de rayonnements reçus par le mainteneur. " Surtout,
explique-t-il, même si l'opérateur pour lequel on
travaille a interrompu l'émission de ses antennes, beaucoup
de pylônes et de toits supportent en co-
location les émetteurs des autres opérateurs qui,
eux, continuent d'émettre. Et nous nous trouvons anormalement
exposés à des rayonnements dont la nocivité
est connue. "
Sollicité
en tant qu'expert et président du rapport " Les téléphonies
mobiles, leurs stations de base et la santé. État
des connaissances et recommandations ", rendu public le 7
février dernier, Denis Zmirou a rappelé publiquement
la nécessité d'éteindre les antennes lors
des interventions à proximité.
Un
responsable d'une association de Strasbourg a demandé la
parole. " Pour respecter l'environnement visuel, habitude
a été prise, a-t-il relaté, que les antennes
soient dissimulées dans les clochers et autres campaniles,
à l'insu le plus souvent des populations. Les maçons,
plombiers, couvreurs, et autres corps de travaux, appelés
à travailler parfois de longues heures non loin des émetteurs,
sont dans l'impossibilité de connaître les risques
encourus et n'ont aucune chance d'obtenir des opérateurs
que l'émission cesse durant la durée des travaux
"
Les
opérateurs sur la sellette
Chacun
à son tour, des représentants des trois opérateurs
: Yves Morot, de France-Télécom (Orange), Catherine
Moulin, responsable du département Santé-environnement
de SFR, et Jean-Claude Bouillet pour Bouygues ont été
invités à intervenir, ainsi que Jean-Claude Guiguet,
président du conseil d'administration de l'Agence nationale
des fréquences. À leur décharge, on peut
dire qu'ils n'avaient pas le beau rôle, l'ensemble des participants
étant plutôt dans le camp des opposants. Force leur
a été de constater que les procédures utilisées
par leurs différentes compagnies pêchaient singulièrement
en matière de communication et de respect des citoyens.
Et d'admettre que certaines installations avaient été
faites au mépris des principes élémentaires
de précaution, certains publics se trouvant dans le champ
directionnel des antennes et à une distance (moins de dix
mètres) largement insuffisante pour éviter tout
risque.
SFR
et Bouygues se sont engagés à répondre individuellement
aux personnes qui leur feraient part par écrit de leurs
inquiétudes. Au cas par cas, des mesures de champ électromagnétique
pourraient être envisagées. Jean-Claude Guiguet et
Jean-Claude Bouillet ont tenté de se défausser,
le premier affirmant que " les 30 000 stations de téléphonie
mobile font partie d'un plus vaste ensemble de 100 000 sites,
comprenant les antennes des services de secours, de la gendarmerie,
des stations de télévision, de radio et de télévision
" ; et l'autre que " la tour Eiffel émet à
elle seule l'équivalent en puissance de plusieurs milliers
d'antennes-relais " !
Une
chose est sûre: les antennes-relais sont indispensables
au fonctionnement des téléphones portables. Si on
réduit la puissance de ceux-ci, on est forcé d'augmenter
la puissance des premières ou leur nombre. On attend des
réponses techniques et des études épidémiologiques
pour confirmer ou infirmer les risques encourus par les riverains
de stations-relais et faire avancer le principe de précaution.
Le travail réalisé par le groupe Santé-Environnement
de l'Assemblée et son souci de donner la parole aux citoyens
vont assurément dans le bon sens.
En attendant, la campagne " Insup-portables les antennes
relais " continue. Pour ceux et celles qui souhaitent y participer,
des documents sont disponibles au siège du journal.