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SEPTEMBRE 2001

 


Les chantres du chanvre

 

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Aujourd'hui, on redécouvre les multiples possibilités d'utilisation
du chanvre comme matériau de construction.

 


Il y a trois ans, Christine a créé l'association Habitat-Chanvre. " À l'époque, raconte-t-elle, nous habitions une maison en pierres, humide fortement empoussiérée dans laquelle j'étais souvent malade. En nous renseignant mon mari et moi sur les matériaux, nous avons appris que les peintures (et leurs émanations), le ciment, les colles d'agglomérés, etc., habituellement utilisés, n'étaient pas très bons pour la santé. Alors que le chanvre, lui, peut apporter un bien-être phonique, thermique, et permet aux murs de respirer. La chaux qui lui sert de liant contribue à assainir les lieux. "

Convaincus de l'impact du lieu d'habitation sur leur santé, Christine et son mari s'engagent dans une aventure folle : la construction de leur maison. Depuis juin 1999, ils y habitent. Et le résultat est conforme à leur attente. " Même si on ne la chauffe pas plusieurs jours par temps pluvieux, elle devient fraîche mais pas humide. Les murs sont comme des radiateurs qui chauffent plus longtemps. Et, contrairement aux maisons modernes qui résonnent à chaque bruit, ici l'atmosphère est calme. Et je ne suis plus malade ! "

Le chanvre fait depuis peu un retour en force dans le bâtiment. Pour épauler les apprentis-maçons, des formations ont vu le jour, mises en place en particulier par des producteurs-transformateurs de chanvre. Un samedi par mois, Christophe Latouche, un des deux gérants de Kanabreizh, une entreprise basée à Trémargat (Côtes-d'Armor), accueille huit stagiaires, simples curieux, professionnels ou futurs " auto-constructeurs ". Les participants ont à choisir entre deux orientations : la construction neuve ou la rénovation. Au programme : conditionnement du matériau selon la nature du chantier et mise en œuvre ; coffrage de murs extérieurs ou de cloisons intérieures, chapes isolantes au sol dans un cas, chapes au sol, enduit isolant intérieur sur mur en pierre… dans l'autre. Même soutien aux intéressés de la part des Chanvrières du Bélon, à Riec-sur-Bélon (Finistère).

Double exigence

Ici, on est loin de la simple formule " clés en main " : le producteur s'engage techniquement et moralement auprès de son client, qui repart rassuré par l'idée d'un suivi technique téléphonique. Autre satisfaction, ces deux entreprises coopératives utilisent du chanvre issu de cultures biologiques (ou en conversion) sur des terres propres. Ainsi, les fibres produites ne contiennent pas de résidus de pesticides, ni de traces de métaux lourds. En outre, la transformation s'effectue à l'aide d'une machine spéciale qui permet d'utiliser la plante dans son intégralité et donne une plus forte résistance mécanique au matériau. " Alors que 95 % des produits présents sur le marché proviennent des résidus de défibrages pas toujours adaptés à la construction, souligne Christophe Latouche. C'est pour cela que nous nous sommes lancés dans la culture du chanvre. Et pour proposer un matériau dont le coût ne soit pas prohibitif. "
D'autres associations comme Keryac'h (lieu habité plein de vitalité) et Tiez Breiz, dont le but est de sauvegarder le patrimoine rural de Bretagne, proposent des réunions et des formations. " Parmi nos adhérents, particuliers et professionnels, beaucoup restaurent des maisons anciennes, précise Anne du Beaudiez-Sauvannet, permanente à Tiez Breiz. Leur intérêt pour le chanvre est identique à celui qu'ils portent à la pierre, à la terre et au bois. "
Avec, en prime, une grande capacité d'inertie thermique (il stocke la chaleur et la restitue progressivement) qui lui confère d'incontestables qualités d'isolant, " le chanvre permet de conserver l'aspect irrégulier des murs qui fait le charme de l'ancien ", ajoute Hervé Even, conseiller technique auprès de Tiez Breiz.
À leur tour, les professionnels du bâtiment et les collectivités, inscrits dans une démarche dite de " haute qualité environnementale " ( La " haute qualité environnementale " se propose plusieurs objectifs : diminuer l'impact négatif des bâtiments sur l'environnement, améliorer la qualité du cadre de vie des habitants, mieux maîtriser les dépenses d'énergie.), se trouvent conquis par les qualités du chanvre. Correspondant à cette exigence de qualité, un immeuble est en cours de finition à Rennes, sous le nom de Salvatierra (Ce bâtiment fait partie d'un programme européen, Cepheus, lancé par la Commission européenne, pour promouvoir l'habitation de type passif (consommant peu d'énergie). Neuf bâtiments ont été retenus en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Suède ; un seul en France.) ; il emploie la laine de chanvre comme isolant. Les acheteurs de ses quarante-trois logements se disent intéressés par la perspective de consommer cinq fois moins d'énergie que dans un logement ordinaire.
Preuve est ainsi faite que souci d'économie et intérêt écologique peuvent se conjuguer parfaitement. Le marketing écologique est désormais un moyen de vendre plus, pour certaines entreprises (On trouve du chanvre prêt à l'emploi dans les magasins de bricolage, proposé principalement par les Chanvrières de l'Aube, associées pour l'occasion avec Strasservil, entreprise spécialiste de la chaux.). Jusqu'où peuvent-elles aller ? " Une plante respectueuse de l'environnement " peut-elle être aussi à " vocation industrielle ", comme le suggère un des plus gros transformateurs français et européens? Au consommateur de trancher.

Olivier Quarante




 

 

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