Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Aujourd'hui,
on redécouvre les multiples possibilités d'utilisation
du chanvre comme matériau de construction.
Il
y a trois ans, Christine a créé l'association Habitat-Chanvre.
" À l'époque, raconte-t-elle, nous habitions
une maison en pierres, humide fortement empoussiérée
dans laquelle j'étais souvent malade. En nous renseignant
mon mari et moi sur les matériaux, nous avons appris que
les peintures (et leurs émanations), le ciment, les colles
d'agglomérés, etc., habituellement utilisés,
n'étaient pas très bons pour la santé. Alors
que le chanvre, lui, peut apporter un bien-être phonique,
thermique, et permet aux murs de respirer. La chaux qui lui sert
de liant contribue à assainir les lieux. "
Convaincus
de l'impact du lieu d'habitation sur leur santé, Christine
et son mari s'engagent dans une aventure folle : la construction
de leur maison. Depuis juin 1999, ils y habitent. Et le résultat
est conforme à leur attente. " Même si on ne
la chauffe pas plusieurs jours par temps pluvieux, elle devient
fraîche mais pas humide. Les murs sont comme des radiateurs
qui chauffent plus longtemps. Et, contrairement aux maisons modernes
qui résonnent à chaque bruit, ici l'atmosphère
est calme. Et je ne suis plus malade ! "
Le
chanvre fait depuis peu un retour en force dans le bâtiment.
Pour épauler les apprentis-maçons, des formations
ont vu le jour, mises en place en particulier par des producteurs-transformateurs
de chanvre. Un samedi par mois, Christophe Latouche, un des deux
gérants de Kanabreizh, une entreprise basée à
Trémargat (Côtes-d'Armor), accueille huit stagiaires,
simples curieux, professionnels ou futurs " auto-constructeurs
". Les participants ont à choisir entre deux orientations
: la construction neuve ou la rénovation. Au programme
: conditionnement du matériau selon la nature du chantier
et mise en uvre ; coffrage de murs extérieurs ou
de cloisons intérieures, chapes isolantes au sol dans un
cas, chapes au sol, enduit isolant intérieur sur mur en
pierre dans l'autre. Même soutien aux intéressés
de la part des Chanvrières du Bélon, à Riec-sur-Bélon
(Finistère).
Double
exigence
Ici,
on est loin de la simple formule " clés en main "
: le producteur s'engage techniquement et moralement auprès
de son client, qui repart rassuré par l'idée d'un
suivi technique téléphonique. Autre satisfaction,
ces deux entreprises coopératives utilisent du chanvre
issu de cultures biologiques (ou en conversion) sur des terres
propres. Ainsi, les fibres produites ne contiennent pas de résidus
de pesticides, ni de traces de métaux lourds. En outre,
la transformation s'effectue à l'aide d'une machine spéciale
qui permet d'utiliser la plante dans son intégralité
et donne une plus forte résistance mécanique au
matériau. " Alors que 95 % des produits présents
sur le marché proviennent des résidus de défibrages
pas toujours adaptés à la construction, souligne
Christophe Latouche. C'est pour cela que nous nous sommes lancés
dans la culture du chanvre. Et pour proposer un matériau
dont le coût ne soit pas prohibitif. "
D'autres associations comme Keryac'h (lieu habité plein
de vitalité) et Tiez Breiz, dont le but est de sauvegarder
le patrimoine rural de Bretagne, proposent des réunions
et des formations. " Parmi nos adhérents, particuliers
et professionnels, beaucoup restaurent des maisons anciennes,
précise Anne du Beaudiez-Sauvannet, permanente à
Tiez Breiz. Leur intérêt pour le chanvre est identique
à celui qu'ils portent à la pierre, à la
terre et au bois. "
Avec, en prime, une grande capacité d'inertie thermique
(il stocke la chaleur et la restitue progressivement) qui lui
confère d'incontestables qualités d'isolant, "
le chanvre permet de conserver l'aspect irrégulier des
murs qui fait le charme de l'ancien ", ajoute Hervé
Even, conseiller technique auprès de Tiez Breiz.
À leur tour, les professionnels du bâtiment et les
collectivités, inscrits dans une démarche dite de
" haute qualité environnementale " (
La " haute qualité environnementale " se propose
plusieurs objectifs : diminuer l'impact négatif des bâtiments
sur l'environnement, améliorer la qualité du cadre
de vie des habitants, mieux maîtriser les dépenses
d'énergie.), se trouvent conquis par les qualités
du chanvre. Correspondant à cette exigence de qualité,
un immeuble est en cours de finition à Rennes, sous le
nom de Salvatierra (Ce bâtiment fait partie
d'un programme européen, Cepheus, lancé par la Commission
européenne, pour promouvoir l'habitation de type passif
(consommant peu d'énergie). Neuf bâtiments ont été
retenus en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Suède
; un seul en France.) ; il emploie la laine de chanvre
comme isolant. Les acheteurs de ses quarante-trois logements se
disent intéressés par la perspective de consommer
cinq fois moins d'énergie que dans un logement ordinaire.
Preuve est ainsi faite que souci d'économie et intérêt
écologique peuvent se conjuguer parfaitement. Le marketing
écologique est désormais un moyen de vendre plus,
pour certaines entreprises (On trouve du chanvre
prêt à l'emploi dans les magasins de bricolage, proposé
principalement par les Chanvrières de l'Aube, associées
pour l'occasion avec Strasservil, entreprise spécialiste
de la chaux.). Jusqu'où peuvent-elles aller ? "
Une plante respectueuse de l'environnement " peut-elle être
aussi à " vocation industrielle ", comme le suggère
un des plus gros transformateurs français et européens?
Au consommateur de trancher.