Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
La
médicalisation, ça va.
La surmédicalisation, bonjour les dégâts !
Grève
des gynécologues-obstétriciens, grèves des
anesthésistes et grèves des sages- femmes
Tout ce qui touche à " la naissance " traverse
une crise. Au cur des préoccupations des professionnels
: la carence sans cesse aggravée de leurs effectifs. C'est
un cercle vicieux. Les jeunes désertent les salles d'accouchement
qui ne leur offrent ni compensation financière, ni repos
suffisants. Et, faute de personnel, le rythme de garde, le stress
et le risque médico-légal (procès fait par
des patients) s'amplifient. Selon le Journal officiel du 19 février
1998, il manquerait au moins un gynécologue-obstétricien
dans plus des deux tiers des CHU. En dépit d'une loi de
la même année prévoyant une augmentation des
postes, les moyens financiers n'ont toujours pas été
débloqués. Les femmes sont les premières
victimes de ces dysfonctionnements !
En
premier lieu, notre taux de mortalité maternelle est disproportionné
par rapport à notre niveau de développement : une
moyenne de 12 pour 100 000 naissances (environ une centaine de
décès par an) depuis le début des années
1990, selon les estimations de Marie-Hélène Bouvier-Colle,
épidémiologiste à l'Inserm. Soit un taux
double de ceux enregistrés en Suède, au Danemark
ou aux Pays-Bas.
Les comparaisons sont certes délicates. Les morts maternelles
restent rares, donc plus difficiles à observer sur les
" petites " populations
(environ 5 millions d'habitants au Danemark). En outre, en France,
l'âge à la procréation est l'un des plus élevés
d'Europe (42,2 % des parturientes ont entre 30 et 39 ans), ce
qui constitue un facteur de risque supplémentaire. Néanmoins,
selon le Comité national d'experts qui travaille sur la
mortalité maternelle, la moitié de nos décès
auraient pu être évités, dont les deux tiers
de ceux causés par les hémorragies. Comment ont-ils
pu se produire ? Délais trop longs du diagnostic ou de
l'intervention, traitements inadaptés en seraient les causes
principales.
Un
geste médical en entraîne un autre
Pour
le Pr Bernard Maria, président du CNGOF ( Collège
national des gynécologues-obstétriciens de France)
et chef de service de la maternité de l'hôpital de
Villeneuve-Saint-Georges : " L'incapacité chronique
des autorités à prévoir les besoins de personnel,
les budgets fictifs et les pesanteurs humaines " ont surtout
des répercussions sur la qualité des soins offerts.
Prises par le temps, la majorité des sages-femmes se voient
contraintes de sacrifier écoute et suivi personnalisés
pour des gestes de plus en plus techniques, censés les
mettre à l'abri des risques médico-légaux.
Gynécologues-obstétriciens et sages-femmes enregistrent
en moyenne deux ou trois plaintes durant leur carrière.
" L'engrenage est pernicieux, souligne le psychiatre et psychothérapeute
Christophe Massin. Plus la médecine s'affirme performante,
plus les parents demandent aux praticiens d'être infaillibles
".
Or
tout geste médical induit un risque pathologique donc un
autre geste médical. Un exemple ? Dans la plupart des maternités,
on immobilise les femmes dès leur admission pour les mettre
d'emblée sous perfusion et pour brancher le monitoring
pendant toute la période de travail. La perfusion sert
à ménager une voie d'accès veineuse en cas
de saignements importants au moment du décollement
du placenta. Dans un service où le personnel n'est pas
débordé, rien n'empêcherait d'intervenir juste
après la naissance. Le branchement en continu du monitoring
ne s'impose pas non plus. C'est juste un gain de temps pour les
sages-femmes qui n'auront pas à le rebrancher plusieurs
fois. Or, si la femme n'est pas libre de ses mouvements, la douleur
des contractions est telle que le recours à la péridurale
devient incontournable. La péridurale, quant à elle,
diminue la mobilité musculaire du bassin, ce qui perturbe
l'expulsion. Qui dit problème d'expulsion dit davantage
d'extractions aux forceps et qui dit forceps dit épisiotomie
(incision du périnée) quasi systématique.
Des
dérives inquiétantes
Illusion
sécuritaire ou fascination technologique : la médicalisation
de la naissance atteint en France des sommets. Le taux de césariennes
ne cesse d'augmenter. Près de 11 % des accouchements en
1981, près de 16 % en 1995 et 17,5 % en 1998, selon la
dernière enquête périnatale. Mesure de sécurité
? " Les pays dont les taux de mortalité périnatale
sont parmi les plus faibles du monde ont des taux de césarienne
inférieurs à 10 % ", répond l'OMS.
Autre chiffre scandaleux : 71,3 % des femmes qui accouchent pour
la première fois subissent une épisiotomie. "
Aucune étude ne prouve le bien-fondé de l'épisiotomie,
s'insurge Claude-Emile Tourné, gynécologue-obstétricien
et enseignant à l'université de Perpignan. On sait
au contraire qu'elle peut provoquer ce qu'elle est censée
éviter : incontinence, micro-lésions de l'anus et
déchirure grave. Une simple déchirure s'oublie en
une semaine, l'épisiotomie reste parfois douloureuse plusieurs
mois. " Sans compter les risques d'une reprise difficile
des rapports sexuels.
Et les déclenchements ? Ils peuvent répondre à
des indications médicales. Mais " aucune région
ne devrait enregistrer des taux supérieurs à 10
% ", indique l'OMS. En France, les taux grimpent à
20,3 % en 1998. Et encore s'agit-il d'une moyenne. Certains établissements
déclenchent jusqu'à 60 % des accouchements. Diminution
des heures supplémentaires payées au tarif de nuit,
compatibilité avec les vacances du médecin : la
méthode avantage surtout la maternité.
La
relation mère-enfant
Parfois
dommageable pour la santé de la femme, l'hypermédicalisation
de la naissance influe également sur la relation mère-enfant.
" La multiplication des dépistages (trisomie, toxoplasmose )
n'est pas sans impact sur le vécu de la grossesse, remarque
Chantal Birman, sage-femme à la maternité des Lilas.
En l'attente des résultats, les femmes sont amenées
à suspendre leur investissement intérieur. "
On peut aussi s'interroger sur les effets d'une césarienne
quand la femme n'y est pas préparée. Des études
tendent à prouver que les mères ayant subi une césarienne
non planifiée sont susceptibles de mettre plus de temps
à se sentir proches de leur bébé que les
femmes ayant accouché par les voies naturelles. Selon le
Dr Christophe Massin, la césarienne menace la continuité
de la naissance. Pour éviter que les mères ne gardent
un sentiment de " chaînon manquant ", un accompagnement
de qualité s'imposerait donc.
Enfin, l'industrialisation de la naissance dans certaines maternités
entrave la bonne mise en place de l'allaitement. " Nous savons
parfaitement que la capacité de succion du nouveau-né
est à son maximum dans les deux heures qui suivent la naissance.
Le bon sens voudrait qu'on laisse le bébé profiter
du sein de sa mère avant de l'emmener pour les premiers
soins. Malheureusement, quand nous travaillons dans l'urgence,
il est plus rationnel de tout faire dans la foulée. Et
parfois nous n'avons pas le temps de ramener le bébé
dans les deux heures ", déplore Sylvie Gasperowicz,
sage-femme dans un hôpital de Saint-Denis.
Alternatives
N'y
a-t-il pas d'alternative pour les parents qui restent convaincus
qu'accoucher est chose naturelle ? La fermeture de petites maternités
au profit des " usines à bébés "
ne semble pas de très bon augure. Accoucher à domicile
? Ce choix encore très minoritaire (environ un millier
de naissances pour 778 900 en 2000) est fortement menacé.
La perspective des maisons de naissance ? Déjà bien
rodées au Canada, en Allemagne et en Suisse, elles sont
animées par deux ou trois sages-femmes. Aménagées
comme des appartements mais situées à proximité
immédiate d'un hôpital, elles constituent une solution
intermédiaire entre maternité et domicile. Malheureusement
Bernard Kouchner semble revenir sur la promesse d'en créer
trois cette année. Reste à espérer que la
maternité de Lons-le-Saunier (pages 20-22) fasse rapidement
des émules.