Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Le
projet de modernisation du système de santé devrait
être examiné par le Parlement à l'automne.
Il portera notamment sur les nouveaux droits des patients, dont
l'accès direct au dossier médical Sans doute
entendra-t-on le ministre délégué à
la santé, Bernard Kouchner, réaffirmer à
cette occasion qu'il faut " mettre le patient au centre du
système de soins ". Mais chacun sait que, dans les
faits, c'est tout le contraire qui se passe.
Quelques
exemples récents.
Le 7 juin, une commission d'experts chargée d'examiner
le " service médical rendu " de 4490 médicaments,
rend son diagnostic : 835 d'entre eux sont jugés d'une
efficacité " insuffisante ". Exit Efferalgan
vitamine C, Ginkor fort, Daflon, Lysopaïne, Mucomyst, Muciclar,
Di-antalvic Les veinotoniques - pas de veine -, sont parmi
les plus contestés. Sur quels critères a-t-on apprécié
cette " insuffisance " ? Ni les patients, ni les médecins
n'ont été consultés ! Comme si leur expérience
était sans importance.
On ne doute pas de la compétence des experts, mais ne pas
prendre en compte l'avis de l'usager relève de l'erreur
méthodologique. Car faut-il préférer une
molécule chimiquement et biologiquement plus " efficace
" mais dont les effets secondaires seront nécessairement
accrus à une autre peut-être " insuffisante
", mais bien tolérée et dont l'action apporte
une qualité de vie appréciée des patients.
Qu'à la suite de ce diagnostic le ministère de la
Santé ait finalement décidé de maintenir
le remboursement de ces médicaments - en le baissant -
nous réjouit et nous afflige tout à la fois. Nous
réjouit parce que la pratique du patient est tout de même
prise en compte. Mais nous afflige parce que l'État se
donne le ridicule de rembourser des médicaments que ses
propres experts jugent inutiles ! On est en plein cafouillage.
Un
cafouillage qui ne vient qu'ajouter à l'impression d'incurie
: que ce soit le dépassement du coût de l'hôpital
européen Georges-Pompidou, de ses tuyaux, de ses robinets,
de ses filtres et de ses légionelles Le manque d'infirmières
hospitalières, dont on s'aperçoit seulement aujourd'hui,
à la veille de passer aux 35 heures dans les hôpitaux
publics ! Ce manque serait de l'ordre 15 000 à 20 000 postes
vacants que l'on pense compenser par l'appel à des infirmières
espagnoles ! Quant aux anesthésistes-réanimateurs,
aux gynécologues-obstétriciens, aux pédiatres,
etc, ces professions sont aujourd'hui considérées
comme sinistrées. Et la réaction du gouvernement
- augmenter le nombre des places de formation - a tardé.
On gouverne à la petite semaine !
L'affaire du retrait du médicament anti-cholestérol
révèle un autre aspect de la carence d'attention
aux patients.
Les faits. Le 8 août, le laboratoire pharmaceutique allemand
Bayer annonce le retrait mondial de la cérivastatine, vendue
en France sous le nom de Cholstat et Staltor. 500 000 Français
en prennent. Ce produit aurait provoqué 52 décès
dans le monde, dont peut-être un en France.
Les autorités sanitaires françaises ont aussitôt
réagi, et ne sont pas en cause. Mais comment expliquer
que notre système de surveillance des effets indésirables
des médicaments n'ait pas permis d'alerter les consommateurs
avant - non sur les décès qui devraient être
rares chez nous -, mais sur les troubles qu'ils pouvaient ressentir
: douleurs musculaires, troubles oculaires, débuts de paralysie.
Cette carence tient d'abord à l'ignorance des effets secondaires
dans laquelle sont tenus les médecins, sinon leur désinformation,
ce que révèle l'enquête de la revue Prescrire,
parue en juin dernier (n° 218). Et à l'opposé,
quand un patient soupçonne un médicament d'effets
nocifs, il se heurte au refus fréquent de son médecin
de les prendre en considération et de les signaler aux
instances compétentes. Ce refus tient en partie à
la longueur de la procédure à effectuer par le praticien.
Une réforme du système de surveillance des effets
secondaires des médicaments est nécessaire. Elle
permettrait d'appuyer les requêtes des patients, notamment
en cas de procès.
Nous avons lu avec stupeur dans Le Parisien du 21 août la
déclaration du chargé de communication de Bayer,
Mickaël Diehl : " Nous nous défendrons vigoureusement
et nous gagnerons (les) procès. Le lien de causalité
entre les décès qui sont intervenus et la prise
de ces médicaments n'est pas encore démontré.
" Une fois de plus, comme pour les effets secondaires du
vaccin contre l'hépatite B, les labos se retranchent derrière
la démonstration du lien de causalité. Or ce lien
peut être établi à partir de données
statistiques. Il faut donc constituer ces données. Et pour
cela que les patients puissent déclarer directement les
effets secondaires à l'instance compétente, sans
passer par le médecin qui n'en a pas le temps. C'est l'une
des clefs de l'avancée de la défense des patients.
Un exemple concret de la démocratie sanitaire que voudrait
instaurer Bernard Kouchner. Ce dossier doit être ouvert,
nous nous engageons à y travailler avec vous cette année.
En attendant, bonne rentrée à tous.