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Philosophe,
Elisabeth G. Sledziewski est aussi maître de conférences
de sciences politiques à la faculté de droit et
à l'École nationale de santé publique de
Rennes. Elle appartient à un courant de recherche sur les
femmes, rassemblant différentes disciplines (sociologue,
historienne, psychologue, etc.) et ayant intégré
la maternité dans sa réflexion.
ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient : Pendant de nombreuses années,
les mouvements de défense des droits des femmes se sont
peu intéressés à la dimension maternelle
de la femme. Pourquoi ?
Elisabeth
G. Sledziewski : Le féminisme des années 1970-1980
était antimaternel, la maternité aliénante
! La mère au foyer : passée de mode ! La femme sexuelle
occupait alors la place au détriment de la mère,
la femme professionnalisée au détriment de la femme
éducatrice, la femme qui dit " moi je " au détriment
de celle qui fait de la relation à l'autre la grandeur
de l'humain, féminin et masculin. La femme est ainsi "
libérée " de tout ce qui risque de la distinguer
de l'homme, en particulier la maternité.
À l'heure actuelle, les sociologues découvrent avec
étonnement l'aspiration massive de la maternité
chez nos contemporaines. Désormais, une éthique
féministe de la maternité inscrit au contraire l'expérience
maternelle dans le riche corpus de l'expérience humaine.
La maternité devient la voie royale de l'altérité,
et la femme chemine vers elle-même à travers l'accueil
de l'autre : l'enfant.
Vous
avez écrit que " la mère et l'enfant se portent
mal " (Repenser la maternité, Panoramiques, 1999).
Que vouliez-vous dire ?
À
l'heure actuelle, il est plus que jamais difficile d'être
mère alors que la maternité est proclamée
comme un choix. Les femmes sont dans une grande souffrance, avec
le sourire aux lèvres, écartelées entre le
travail et la maternité. Les mères sont dans l'impasse,
la barre de la réussite est placée très haut.
Il est indispensable d'assurer sur tous les plans : être
professionnellement au " top ", être une mère
parfaite, enfin rester jeune et belle. Celles qui n'y arrivent
pas culpabilisent et se dévalorisent ! Les répercussions
sur la santé sont très importantes : surconsommation
de psychotropes, de tabac mais aussi d'alcool. Ces indicateurs
sont le symptôme d'un grand désarroi des femmes qui
ne veut pas se dire.
N'est-ce
pas davantage lié au non-partage des tâches entre
les hommes et les femmes ?
La
croyance que les nouveaux pères vont sauver la situation
est un discours idyllique. C'est un cache pour ne pas parler des
difficultés propres aux mères. Aujourd'hui, on parle
beaucoup des pères, et à juste titre. On parle aussi
de parentalité. Cela évite de parler des difficultés
des mères. On oublie un peu vite qu'être père
ou mère ce n'est pas la même chose. Notre société
ne sait pas quoi faire de la maternité. Elle a chargé
la contraception de vertus excessives. Programmer un enfant et
le désirer sont deux choses différentes.
Que
pensez-vous de la surmédicalisation de la naissance ?
Une certaine médicalisation était nécessaire,
le progrès médical existe. Le drame, c'est qu'il
intervient en amont au lieu de se situer en aval. La médicalisation
est une " camisole de force technologique " lorsque
l'on sait que la plupart des accouchements sont physiologiques
et non pathologiques. Dans de nombreux domaines de notre société,
la technique " arraisonne " la vie, selon l'expression
du philosophe Heidegger.
Pourquoi
?
On assiste à une formidable montée en puissance
du pouvoir médical. De plus, notre société
a comme perdu l'angoisse de sa descendance. Une première
dans l'histoire de l'humanité. On dénaturalise la
naissance de façon à mieux l'assurer avec d'incroyables
progrès techniques. Ces comportements de médicalisation
outrancière sont des comportements mortifères. Aujourd'hui,
par rapport à la naissance, les femmes sont dans une perte
de contrôle pire que lorsqu'elles accouchaient dans la douleur.
Cette dernière était transcendée par le bébé.
À l'heure actuelle, il y a une dépossession de la
capacité à mettre au monde.
Propos
recueillis par Martine Laganier
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