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SEPTEMBRE 2001

 


la place des pères

 

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De plus en plus, les pères sont présents à l'accouchement. Comment l'homme vit-il cet événement et la grossesse
de sa compagne ? L'haptonomie peut être pour lui
un moyen
de communiquer avec le fœtus.

 


Au médecin qui venait de lui confirmer la grossesse de sa femme et qui le saluait en disant : " Au revoir, monsieur le futur père ", Alexandre rétorqua : " Pourquoi futur ? Un homme n'est-il père qu'après avoir déclaré son enfant à la mairie ? " Il semble ne pas y avoir de réponse unique à cette question. Selon un sondage datant de mai 2000, 25 % des pères interrogés disent s'être sentis devenir père à l'annonce de la première grossesse de leur compagne, 17 % à la vision de la première échographie, 43 % au moment de la naissance de leur enfant, 7 % le jour de la sortie de la maternité et 7 % plusieurs mois après la naissance (Sondage CSA/La cinquième/ Version Femme. 1 % des pères ne se prononcent pas).


Se sentir père

Il est plus aisé pour une femme de se sentir rapidement mère, dans la mesure où elle porte l'enfant dans son corps. Ses seins changent, ses goûts peuvent se modifier, dès les quinze premiers jours de grossesse. Et le père ? " Il n'y a rien d'absurde à supposer que, si le père ne porte pas l'enfant dans son ventre, il peut, tel Zeus pour sa fille Athéna, le porter dans sa tête ", écrit Geneviève Delaisi de Parseval (La Part du père, éd. du Seuil, 1998). Grossesse corporelle d'un côté, grossesse mentale de l'autre ? Même cette opposition mérite d'être nuancée. Certains pères affirment avoir eu très tôt l'intuition de la conception. " Après une relation sexuelle avec ma femme, je me suis réveillé dans la nuit en ressentant une énergie intense et lumineuse. J'ai eu alors la certitude qu'un enfant avait été conçu ", confie l'un d'eux. Aujourd'hui, une approche telle que l'haptonomie permet aux hommes d'entrer en contact avec leur enfant bien avant la naissance. Allez dire à ces pères que l'enfant n'est encore que dans leur tête ! Enfin, les médecins notent parfois des troubles physiques chez les patients dont la compagne est enceinte. Prises de poids, maux de dos ou autres symptômes surviennent surtout aux troisième et neuvième mois, ainsi qu'au moment de l'accouchement. Ces manifestations somatiques étaient connues des Anciens qui tentaient de trouver un moyen de les exprimer à travers la " couvade ". " Une coutume selon laquelle les pères s'alitaient au moment de l'accouchement de leur femme, recevant les encouragements et les félicitations de l'entourage ", explique le Dr Gérard Strouk (Le Dr Gérard Strouk est l'auteur avec la journaliste Corinne Vider-Bompard de Je vais être papa, éd. du Rocher).

Trouver sa place

" Dans la succession des enveloppes humaines qui entourent l'enfant, la mère précède son conjoint et, de ce fait, conditionne la relation père-fœtus. Le père ne dispose pas de la liberté d'accéder à son enfant à sa guise. En outre, sa compagne tourne une grande part de son affectivité vers l'enfant, privant le père d'une attention dont il avait la primauté. Sur les deux plans il se retrouve dans une position seconde, donc incertaine ", souligne le psychiatre et psychothérapeute Christophe Massin. La tentation est grande pour les hommes " déroutés " de tester leur place par le biais de la sexualité. Et, pour peu que la libido de leur femme se ralentisse l'angoisse ne fait que s'exacerber. À l'inverse, certains hommes se culpabilisent d'avoir moins de désir pour leur compagne enceinte. Il n'y a donc pas de règle en la matière.
D'autres couples traversent heureusement " la crise ", leur relation intime se désexualisant en douceur. D'autres encore poursuivent leurs ébats comme à l'accoutumée, voire vivent une sexualité enrichie par la grossesse : " Notre sexualité n'est plus pareille, mais je vis quelque chose de très fort. " " L'arrivée de l'enfant ne crée pas la faille au sein du couple. Elle la révèle ", estime le Dr Massin. Enfin, les hommes vivent d'autant mieux la grossesse qu'ils y participent pleinement. En prenant une place active pendant les séances de préparation à l'accouchement, et en accompagnant leur femme au moment de la naissance.

Être présent à l'accouchement ?

Les trois quarts des pères interviewés lors du sondage cité plus haut auraient assisté à la naissance de leur enfant. La pratique semble donc bien entrée dans les mœurs. Est-ce à dire que cette présence va de soi pour tous les hommes qui en font la démarche ? Apparemment non. Dans les groupes de paroles pour pères, animés par le Dr Gérard Strouk à la maternité des Lilas (Paris) depuis vingt-cinq ans, cette question reste la plus sensible. Peur d'être dégoûté, peur de ne servir à rien, peur de s'évanouir, peur de ne pouvoir supporter la souffrance de celle qu'on aime… Les réticences sont multiples. Faisant fi de toute idéologie, le Dr Strouk rappelle que cette présence n'est pas une obligation. Puis il insiste sur le facteur temps : " L'accouchement n'est jamais un scénario écrit d'avance. " Un conseil : " Repérer les lieux, rencontrer le personnel. Il est important de s'approprier l'espace. " Et de préciser : " Vous ne serez pas au spectacle. Il peut y avoir traumatisme si l'équipe médicale accepte le père à contrecœur. Mais pour un père partie prenante, pour un père acteur, je ne crois pas qu'il y ait risque de traumatisme. " Acteur ? La seule présence de l'homme, la main dans celle de sa femme qui souffre ou se sent perdue a déjà un pouvoir apaisant. Pour atténuer la douleur des contractions lombaires, il peut masser le bas du dos de sa compagne. Dans certaines circonstances, il jouera un rôle d'intermédiaire. Ainsi, faisant valoir les désirs de son amie qui n'était plus en mesure de s'imposer, Stéphane a convaincu la sage-femme d'attendre " encore un peu " avant de décider la césarienne. Et le bébé est sorti par les voies naturelles.

Le chaînon protecteur

Parfois, le conjoint prévient une impression de " chaînon manquant ". Si la césarienne est inévitable et que les mères épuisées ne peuvent assister aux premiers soins faits au bébé, la présence du père auprès de l'enfant les rassure. Celles qui ont subi une anesthésie générale évitent de penser qu'on leur rend un bébé qui pourrait ne pas être le leur.
Enfin, après la naissance, les mères sont particulièrement vulnérables. Certaines fondent en larmes au moindre doute émis sur leur capacité d'allaiter. D'autres se sentiront comme une " coquille vide " si parents et amis venus en visite, ne regardent que l'enfant. " Le père sert alors de filtre pour empêcher les personnes de l'extérieur d'accentuer ces difficultés émotionnelles ", affirme le Dr Gérard Strouk.
Devenir père ? Un rôle que les hommes n'ont pas fini de réinventer ! l

Bénédicte Fiquet

 



 

 

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L'haptonomie

Conçue pour développer un sentiment de sécurité de base chez l'enfant comme chez ses parents, l'haptonomie périnatale implique la participation du père.
Dans la racine grecque du terme haptonomie - qui signifie toucher pour guérir, toucher pour rassembler -, le mot toucher évoque autant le sentiment que le contact tactile. Les séances d'haptonomie se déroulent sur un mode tendre et ludique. " Aux invitations dansantes ", qui se font avec des mains extrêmement légères posées sur le ventre de la mère, l'enfant répond en se mouvant, choisissant l'amplitude, le rythme et la durée du jeu. "

Cet accompagnement suppose un abord global de la personne, précise Catherine Dolto-Tolitch (1), haptothérapeute. Nous partons du principe que toute rencontre est simultanément musculaire, psychique, hormonale, légamentaire, cognitifve, affective… " La vibration des voix dans le liquide amniotique attire aussi l'enfant, et ce, bien avant que ne se forme l'ouïe. Ainsi, le fœtus appelé par son père traverse volontiers le giron maternel pour se rapprocher au plus près de cette voix masculine. On mesure l'émotion du père et la confirmation affective qu'il peut en retirer. En outre, la voix paternelle - contrairement à celle de la mère - ne provient jamais du même endroit. Ce qui affine la perception spacio-temporelle de l'enfant.

Enfin, dans ces séances, les pères apprennent les gestes qui détendent la femme enceinte : bercement, décambrage…
Puis vient le moment de la naissance. Là encore, l'haptonomie confère un rôle essentiel au père. Si aucune indication médicale ne s'y oppose, c'est lui qui présente le nouveau-né à la mère, lui qui le place sur le giron maternel, lui qui l'en sépare pour les premiers soins, lui qui le ramène auprès d'elle. En confiance dans le bras de son père, l'enfant apprend ainsi très tôt qu'il peut être séparé de sa mère et la retrouver. Le père l'ouvre au monde extérieur en toute sécurité (2).
" Faire des séances d'haptonomie avec une femme sans que le père le souhaite serait aussi préjudiciable au couple qu'à l'enfant, affirme Catherine Dolto-Tolitch. À défaut d'être partagés avec le père, ces échanges enfermeraient mère et enfant dans une relation trop fusionnelle pour être saine. B. F.

(1) Pour obtenir la liste des accompagnants formés dans les règles de l'art, contacter le CIRDH (Centre international de recherche et de développement
de l'haptonomie), Mas Del Ore, 66400 OMS.
Tél. : 04 68 39 42 23. Courriel : cirdh@haptonomy.org
(2) Pour en savoir davantage, retrouver Catherine Dolto-Tolitch sur un CD : L'Haptonomie périnale. Collection A voix haute, chez Gallimard.

 

 

 

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