Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
De plus en plus, les pères sont présents à
l'accouchement. Comment l'homme vit-il cet événement
et la grossesse
de sa compagne ? L'haptonomie peut être pour lui
un moyen
de communiquer avec le ftus.
Au
médecin qui venait de lui confirmer la grossesse de sa
femme et qui le saluait en disant : " Au revoir, monsieur
le futur père ", Alexandre rétorqua : "
Pourquoi futur ? Un homme n'est-il père qu'après
avoir déclaré son enfant à la mairie ? "
Il semble ne pas y avoir de réponse unique à cette
question. Selon un sondage datant de mai 2000, 25 % des pères
interrogés disent s'être sentis devenir père
à l'annonce de la première grossesse de leur compagne,
17 % à la vision de la première échographie,
43 % au moment de la naissance de leur enfant, 7 % le jour de
la sortie de la maternité et 7 % plusieurs mois après
la naissance (Sondage CSA/La cinquième/ Version Femme.
1 % des pères ne se prononcent pas).
Se sentir père
Il
est plus aisé pour une femme de se sentir rapidement mère,
dans la mesure où elle porte l'enfant dans son corps. Ses
seins changent, ses goûts peuvent se modifier, dès
les quinze premiers jours de grossesse. Et le père ? "
Il n'y a rien d'absurde à supposer que, si le père
ne porte pas l'enfant dans son ventre, il peut, tel Zeus pour
sa fille Athéna, le porter dans sa tête ", écrit
Geneviève Delaisi de Parseval (La Part du père,
éd. du Seuil, 1998). Grossesse corporelle d'un côté,
grossesse mentale de l'autre ? Même cette opposition mérite
d'être nuancée. Certains pères affirment avoir
eu très tôt l'intuition de la conception. "
Après une relation sexuelle avec ma femme, je me suis réveillé
dans la nuit en ressentant une énergie intense et lumineuse.
J'ai eu alors la certitude qu'un enfant avait été
conçu ", confie l'un d'eux. Aujourd'hui, une approche
telle que l'haptonomie permet aux hommes d'entrer en contact avec
leur enfant bien avant la naissance. Allez dire à ces pères
que l'enfant n'est encore que dans leur tête ! Enfin, les
médecins notent parfois des troubles physiques chez les
patients dont la compagne est enceinte. Prises de poids, maux
de dos ou autres symptômes surviennent surtout aux troisième
et neuvième mois, ainsi qu'au moment de l'accouchement.
Ces manifestations somatiques étaient connues des Anciens
qui tentaient de trouver un moyen de les exprimer à travers
la " couvade ". " Une coutume selon laquelle les
pères s'alitaient au moment de l'accouchement de leur femme,
recevant les encouragements et les félicitations de l'entourage
", explique le Dr Gérard Strouk (Le Dr Gérard
Strouk est l'auteur avec la journaliste Corinne Vider-Bompard
de Je vais être papa, éd. du Rocher).
Trouver
sa place
"
Dans la succession des enveloppes humaines qui entourent l'enfant,
la mère précède son conjoint et, de ce fait,
conditionne la relation père-ftus. Le père
ne dispose pas de la liberté d'accéder à
son enfant à sa guise. En outre, sa compagne tourne une
grande part de son affectivité vers l'enfant, privant le
père d'une attention dont il avait la primauté.
Sur les deux plans il se retrouve dans une position seconde, donc
incertaine ", souligne le psychiatre et psychothérapeute
Christophe Massin. La tentation est grande pour les hommes "
déroutés " de tester leur place par le biais
de la sexualité. Et, pour peu que la libido de leur femme
se ralentisse l'angoisse ne fait que s'exacerber. À l'inverse,
certains hommes se culpabilisent d'avoir moins de désir
pour leur compagne enceinte. Il n'y a donc pas de règle
en la matière.
D'autres couples traversent heureusement " la crise ",
leur relation intime se désexualisant en douceur. D'autres
encore poursuivent leurs ébats comme à l'accoutumée,
voire vivent une sexualité enrichie par la grossesse :
" Notre sexualité n'est plus pareille, mais je vis
quelque chose de très fort. " " L'arrivée
de l'enfant ne crée pas la faille au sein du couple. Elle
la révèle ", estime le Dr Massin. Enfin, les
hommes vivent d'autant mieux la grossesse qu'ils y participent
pleinement. En prenant une place active pendant les séances
de préparation à l'accouchement, et en accompagnant
leur femme au moment de la naissance.
Être
présent à l'accouchement ?
Les
trois quarts des pères interviewés lors du sondage
cité plus haut auraient assisté à la naissance
de leur enfant. La pratique semble donc bien entrée dans
les murs. Est-ce à dire que cette présence
va de soi pour tous les hommes qui en font la démarche
? Apparemment non. Dans les groupes de paroles pour pères,
animés par le Dr Gérard Strouk à la maternité
des Lilas (Paris) depuis vingt-cinq ans, cette question reste
la plus sensible. Peur d'être dégoûté,
peur de ne servir à rien, peur de s'évanouir, peur
de ne pouvoir supporter la souffrance de celle qu'on aime
Les réticences sont multiples. Faisant fi de toute idéologie,
le Dr Strouk rappelle que cette présence n'est pas une
obligation. Puis il insiste sur le facteur temps : " L'accouchement
n'est jamais un scénario écrit d'avance. "
Un conseil : " Repérer les lieux, rencontrer le personnel.
Il est important de s'approprier l'espace. " Et de préciser
: " Vous ne serez pas au spectacle. Il peut y avoir traumatisme
si l'équipe médicale accepte le père à
contrecur. Mais pour un père partie prenante, pour
un père acteur, je ne crois pas qu'il y ait risque de traumatisme.
" Acteur ? La seule présence de l'homme, la main dans
celle de sa femme qui souffre ou se sent perdue a déjà
un pouvoir apaisant. Pour atténuer la douleur des contractions
lombaires, il peut masser le bas du dos de sa compagne. Dans certaines
circonstances, il jouera un rôle d'intermédiaire.
Ainsi, faisant valoir les désirs de son amie qui n'était
plus en mesure de s'imposer, Stéphane a convaincu la sage-femme
d'attendre " encore un peu " avant de décider
la césarienne. Et le bébé est sorti par les
voies naturelles.
Le
chaînon protecteur
Parfois,
le conjoint prévient une impression de " chaînon
manquant ". Si la césarienne est inévitable
et que les mères épuisées ne peuvent assister
aux premiers soins faits au bébé, la présence
du père auprès de l'enfant les rassure. Celles qui
ont subi une anesthésie générale évitent
de penser qu'on leur rend un bébé qui pourrait ne
pas être le leur.
Enfin, après la naissance, les mères sont particulièrement
vulnérables. Certaines fondent en larmes au moindre doute
émis sur leur capacité d'allaiter. D'autres se sentiront
comme une " coquille vide " si parents et amis venus
en visite, ne regardent que l'enfant. " Le père sert
alors de filtre pour empêcher les personnes de l'extérieur
d'accentuer ces difficultés émotionnelles ",
affirme le Dr Gérard Strouk.
Devenir père ? Un rôle que les hommes n'ont pas fini
de réinventer ! l
Bénédicte
Fiquet
L'haptonomie
Conçue
pour développer un sentiment de sécurité
de base chez l'enfant comme chez ses parents, l'haptonomie périnatale
implique la participation du père.
Dans la racine grecque du terme haptonomie - qui signifie toucher
pour guérir, toucher pour rassembler -, le mot toucher
évoque autant le sentiment que le contact tactile. Les
séances d'haptonomie se déroulent sur un mode tendre
et ludique. " Aux invitations dansantes ", qui se font
avec des mains extrêmement légères posées
sur le ventre de la mère, l'enfant répond en se
mouvant, choisissant l'amplitude, le rythme et la durée
du jeu. "
Cet
accompagnement suppose un abord global de la personne, précise
Catherine Dolto-Tolitch (1), haptothérapeute. Nous partons
du principe que toute rencontre est simultanément musculaire,
psychique, hormonale, légamentaire, cognitifve, affective
" La vibration des voix dans le liquide amniotique attire
aussi l'enfant, et ce, bien avant que ne se forme l'ouïe.
Ainsi, le ftus appelé par son père traverse
volontiers le giron maternel pour se rapprocher au plus près
de cette voix masculine. On mesure l'émotion du père
et la confirmation affective qu'il peut en retirer. En outre,
la voix paternelle - contrairement à celle de la mère
- ne provient jamais du même endroit. Ce qui affine la perception
spacio-temporelle de l'enfant.
Enfin, dans ces séances, les pères apprennent les
gestes qui détendent la femme enceinte : bercement, décambrage
Puis vient le moment de la naissance. Là encore, l'haptonomie
confère un rôle essentiel au père. Si aucune
indication médicale ne s'y oppose, c'est lui qui présente
le nouveau-né à la mère, lui qui le place
sur le giron maternel, lui qui l'en sépare pour les premiers
soins, lui qui le ramène auprès d'elle. En confiance
dans le bras de son père, l'enfant apprend ainsi très
tôt qu'il peut être séparé de sa mère
et la retrouver. Le père l'ouvre au monde extérieur
en toute sécurité (2).
" Faire des séances d'haptonomie avec une femme sans
que le père le souhaite serait aussi préjudiciable
au couple qu'à l'enfant, affirme Catherine Dolto-Tolitch.
À défaut d'être partagés avec le père,
ces échanges enfermeraient mère et enfant dans une
relation trop fusionnelle pour être saine. B. F.
(1)
Pour obtenir la liste des accompagnants formés dans les
règles de l'art, contacter le CIRDH (Centre international
de recherche et de développement
de l'haptonomie), Mas Del Ore, 66400 OMS.
Tél. : 04 68 39 42 23. Courriel : cirdh@haptonomy.org
(2) Pour en savoir davantage, retrouver Catherine Dolto-Tolitch
sur un CD : L'Haptonomie périnale. Collection A voix haute,
chez Gallimard.