Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Des
cantines "bio", garantes d'une alimentation saine, pour
pas beaucoup plus cher que des cantines " normales ",
cela existe déjà !
Ce mouvement
s'amplifie même. Pour l'accélérer ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient a décidé d'appuyer la
campagne d'Agir pour l'environnement.
Pour
la première fois, à l'automne 2000, la fièvre
s'empare de nombreux services municipaux en charge des restaurations
collectives. Sous l'influence des parents d'élèves
inquiets des risques de maladie de Creutzfeldt-Jakob-nouveau-variant,
qui pourrait être transmise par des steaks de bufs
porteurs de l'ESB, les édiles interdisent ces viandes à
la cantine. Alors que, depuis des années, on affirmait
que les enfants n'aimaient que le " bifteck-frites ",
celui-ci est retiré des assiettes et sans révolte.
Les seuls à trouver la mesure trop radicale et impopulaire
sont les éleveurs de bufs et, avec eux, la
filière bovine.
Cette
mini-révolution est survenue après que certains
conseils municipaux eurent voté pour exiger des fournisseurs
des denrées alimentaires exemptes d'organismes génétiquement
modifiés (OGM). Les élus locaux ne sont plus prêts
à avaler n'importe quoi. Les semaines du goût à
l'école, largement financées par l'industrie sucrière,
ont sensibilisé les enseignants et les responsables des
cantines à l'importance de l'éducation à
la saveur dès le plus jeune âge et souligné
le poids des habitudes alimentaires.
Un
changement de mentalité en matière de restauration
collective. Et un souci clairement exprimé par Sabine,
mère de famille : " Nos trois enfants mangent chaque
jour à la cantine. Cela représente environ 25 %
de leur prise alimentaire et participe pour une part non négligeable
à leur bon état de santé. À la maison,
nous faisons très attention à leur alimentation,
nous pensons que cet effort doit être poursuivi et accompagné
dans le cadre scolaire. " L'équilibre nutritionnel
en termes de calories et de diversité (protides, glucides,
lipides), mis en avant par les diététiciens-nutritionnistes
et appliqué scrupuleusement sur les menus de la cantine,
est pour Sabine un " Smag ", service minimum alimentaire
garanti. Ce qu'elle veut, ce sont des aliments sains, indemnes
de résidus de toutes sortes, riches en vitamines, en micro-nutriments
et goûteux.
La
perle rare qu'elle recherche pour les siens existe : c'est la
cantine " bio ". Depuis 1992, le concept et sa réalisation
font des émules dans les écoles, surtout dans le
Sud grâce à l'exemple pionnier du Gard. Dans ce département,
le Centre d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu
rural (Civam) - il en existe un dans chaque chambre d'agriculture
départementale - est alors en quête d'idées
neuves pour faire connaître l'agriculture biologique. Rapprocher
les enfants des villes du monde rural, et par eux s'adresser aux
adultes, telle est la démarche choisie par le Civam. Visites
de fermes et découverte de la nature sont suivies tout
naturellement des cours de cuisine et des dégustations.
Un vrai mouvement d'éducation populaire se développe,
qui débouchera sur une cantine " bio " pour les
écoliers de Vauvert, une commune proche de la Camargue.
Le message passe : enfants, enseignants, parents se trouvent bien
de la formule plusieurs fois renouvelée et appréciée.
Des
repas par milliers
L'exemple
fait peu à peu tache d'huile dans les villages environnants
et l'ensemble du département. " Avec une fréquence
variable selon les établissements, explique Stéphane
Veyrat, animateur au Civam et
instigateur du projet. Actuellement, certains collèges
font un repas "bio" par semaine, d'autres tous les quinze
jours. Les cantines de Vauvert sont désormais approvisionnées
pour 80 % en bio. Durant l'année 2000, il y a eu 400 000
repas bio distribués en restauration collective dans la
région Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Lors du "Printemps
bio" de cette année, opération organisée
par l'ensemble de la filière de l'agriculture biologique,
il a été possible de fournir sur la France entière
150 000 repas en une semaine. "
Rien
à dire, la restauration collective "bio" a fait
ses preuves, elle n'est plus du tout anecdotique. De la Bretagne
au Nord-Pas-de-Calais, en passant par l'Est et le Sud, les expériences
se multiplient, surmontant les difficultés. L'approvisionnement,
par exemple, n'en est plus vraiment une si les commandes sont
passées suffisamment à l'avance et tiennent compte
des disponibilités et des contraintes de saison. "
Cela suppose un changement de mentalité pour le commanditaire,
ajoute Stéphane Veyrat. Le réflexe "acheteur"
lançant son offre et sautant sur le meilleur prix est inadapté.
De même, les cuisiniers doivent modifier leurs pratiques.
" Pour rester à la limite du concurrentiel par rapport
aux repas classiques, les morceaux de viande cuisinés ne
seront pas les mêmes : une plus grande part sera accordée
aux céréales, aux légumineuses, aux fruits
et légumes frais. Cela suppose un acheminement dans les
délais et des possibilités de stockage à
température adéquate Autre contrainte à
faire évoluer : les conditionnements de la " bio ",
mieux adaptés avec ses boîtes de 500 grammes aux
consommations familiales qu'aux besoins des collectivités
et ses demandes par 5 kilos. Bref, la démarche suppose
une vraie organisation qui ne souffre aucun amateurisme, ni du
côté des producteurs-transformateurs, ni de la part
des " passeurs d'offres " et des préposés
aux fourneaux.
La
" bio " dynamisée
Pour
pallier ces difficultés, Stéphane Veyrat et l'équipe
du Civam - soit l'équivalent de trois plein-temps travaillant
exclusivement sur la restauration collective bio ! - ont imaginé
" Manger bio distribution ", une plate-forme réunissant
des producteurs et des transformateurs bio susceptibles, ensemble,
de fournir les grandes quantités exigées par les
collectivités. En s'imposant de répondre véritablement
aux demandes de la restauration collective, la filière
bio est obligée de se professionnaliser davantage, "
tout en restant, martèle Stéphane Veyrat, avant
tout au service des producteurs ". Et cela ouvre à
ces derniers des possibilités de développement et
une stabilité de revenus sans commune mesure avec la vente
directe aux particuliers et les circuits actuels. Ainsi, c'est
toute l'agriculture biologique qui peut se trouver dynamisée.
Avec pour conséquences la restauration de l'espace environnemental
: la reconquête de la qualité des eaux, une autre
gestion de l'espace rural ; ces exploitations nécessitent
davantage de main-d'uvre et une diversité des paysages