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Les
Indiens Navajos ont leur université, leur langue, leur
police, connue du monde entier grâce aux romans policiers
de Tony Hillermann et de son célèbre détective
Jim Chee. Ils ont aussi leur gouvernement tribal élu et
leur médecine sur laquelle repose une grande partie de
leur culture. Longtemps méprisée par la médecine
occidentale, son caractère holistique (Doctrine
qui ramène la connaissance de l'individu à celle
du milieu dans lequel il s'inscrit), très en vogue
aujourd'hui, retient désormais l'attention des chercheurs.
Dans
son ouvrage, La Médecine Navajo (20,58 €,
éd. Indigène, 1, impasse Jules-Guesde 34080 Montpellier.
Tél. : 04 67 10 03 43) qui vient de sortir aux éditions
Indigène, Marie-Claude Feltes-Strigler nous présente
avec rigueur et précision cette culture et ses rituels
de guérison. Maître de conférences à
Paris III et seule universitaire française spécialiste
des Navajos, elle se rend, depuis dix ans, tous les étés,
sur le terrain (la réserve Navajo) en compagnie de son
mari. Cette angliciste, spécialiste de civilisation américaine,
s'intéresse depuis longtemps aux Indiens. Elle a travaillé
quinze ans dans un lycée et a toujours été
choquée de l'impasse faite dans les classes de terminale
sur leur histoire. Aujourd'hui, son ambition est de participer
à la diffusion d'un savoir ancestral associant médecine
et art et dont les enseignements se révèlent particulièrement
pertinents dans le domaine de la réflexion actuelle sur
le soin.
"Ce
livre de synthèse sur la médecine navajo n'était
pas prévu. Je souhaitais simplement retranscrire des interviews
d'hataali ("homme médecine"). Et puis la femme
de l'un d'entre eux n'a pas voulu qu'il continue à témoigner
de sa pratique. Cela pouvait lui porter malheur. J'ai donc repris
toutes les interviews et fait une synthèse qui a abouti
à cet ouvrage."
Mental
et physique ne sont pas dissociés
La
médecine navajo soigne la personne dans sa globalité.
Elle ne dissocie pas le mental du physique. Par cet aspect, elle
"complète" la médecine occidentale et
ne rivalise pas avec elle. Aujourd'hui, dans tous les hôpitaux
de la réserve navajo, on trouve un hataali (un homme médecine)
et un hogan (demeure traditionnelle navajo, circulaire ou octogonale)
à l'intérieur même de l'hôpital. L'hataali
est celui qui permet à la guérison d'avoir lieu,
ce n'est pas lui qui guérit.
"À l'arrivée des Anglo-Américains, la
cohabitation entre les deux médecines était impossible,
explique Marie-Claude Feltes Strigler. Les médecins, la
plupart du temps des missionnaires, délivraient une médecine
gratuite, ce qui pour l'Indien navajo est une véritable
hérésie et enlève toute valeur au soin. Payer
signifie prendre son sort en main et décider de guérir.
De plus, la médecine occidentale intervenait en dernier
recours et l'hôpital se transformait en lieu de mort. Or
les Navajos n'ont pas peur de la mort, mais ils ont peur des morts.
Cette médecine missionnaire était exercée
par de fervents partisans de l'assimilation pure et simple qui
ne voyaient strictement aucun intérêt à maintenir
des traditions dans le domaine médical ou autre."
Rétablir
les équilibres...
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