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FEVRIER 2002

 

Editorial

 

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Doublons immédiatement le tarif des consultations !

 

 

Revenons sur le mouvement de grèves et de protestations des médecins commencé mi-novembre. Bien sûr, il serait facile d'ironiser! Avec un salaire moyen de 4268 e net par mois en 1998 (28000 F) pour 54 heures de travail par semaine, les 55000 généralistes de notre pays ne sont pas sur la paille. D'accord, les tarifs des consultations n'ont pas été revalorisés depuis cette date. Mais certains -beaucoup !- se sont directement servis dans la caisse de la Sécu.

Les statistiques officielles montrent qu'en 2000, le nombre des consultations pratiquées a cru de 200 en moyenne par praticien!
On le sait, ce système de rétribution à l'acte est pervers. Il faut le repenser. De plus, tous les actes ne sont pas identiques, certains prennent plus de temps, la prévention devrait avoir plus de place, etc. Les praticiens devraient être payés différemment, mensualisés peut-être?

Autre anomalie, les médecins jouissent d'un statut libéral tout en bénéficiant des prélèvements nationaux, cotisations salariales et patronales. Il est donc parfaitement normal que la société exerce un contrôle sur leur activité et leur demande des comptes.

Comme l'ont souligné tous les observateurs, ces grèves ne poursuivent pas uniquement une revalorisation tarifaire. Elles manifestent un ras-le-bol plus profond. Ras-le-bol qui n'est peut-être pas sans lien avec l'effet "secondaire" des 35 heures. À formation sensiblement égale, un ingénieur diplômé touche 4726 e -brut- (31000 F) par mois. Mais il bénéficie des RTT, réduction du temps de travail. Week-ends prolongés, semaines de vacances supplémentaires… Ce crédit de temps ajoute à la qualité de la vie. À salaire comparable, la richesse c'est le temps. La profession médicale s'étant largement féminisée, cette disponibilité accrue est une demande forte. Or, elle n'est pas toujours réalisable faute de praticiens en nombre suffisant dans certaines régions. Mais aussi parce qu'elle provoquerait une diminution proportionnelle des revenus… Beaucoup voudraient cumulés tous les avantages : exercer une profession libérale et bénéficier de la "Sécu-rité" des honoraires versés rubis sur l'ongle par la Sécu !

Le malaise a peut-être une raison plus profonde. Les médecins ont le sentiment qu'ils ne font plus de la médecine ! "On fait de l'abattage" ont reconnu plusieurs d'entre eux. Avec une moyenne statistique de 7 minutes consacrées vraiment au patient (une consultation tout compris dure environ un quart d'heure), comment être satisfait de son travail? D'autant que le patient se laisse moins faire qu'hier ! Il renvoie le médecin à son incompétence, consulte ailleurs, critique parfois. Il réagit de plus en plus en consommateur, en client. Les rapports de confiance et de proximité se délitent.

Dans ce contexte, chipoter pour une augmentation de quelques piécettes -rouges- d'euros relève de la délinquance comptable ! On fait des économies de bouts de pansements. Qu'on leur donne les moyens d'une vraie relation avec les patients -de plus en plus impatients !-, d'une vraie information, d'un soutien, d'une écoute.
On le sait, une grande part des malaises d'aujourd'hui sont d'origine relationnelle. Echecs affectifs, pressions au travail, difficultés avec ses proches, sa famille, solitude… On somatise. À qui se confier? Tout le monde ne peut pas s'offrir une thérapie! Le cabinet du médecin est le dernier lieu où l'on peut mettre son cœur à nu. Pouvoir le faire en confiance avec une personne "neutre" est important. Tout le monde en a fait l'expérience, quand on sort de chez son médecin, écouté, rassuré, on est déjà à moitié guéri! Mieux entendus, ceux qui pratiquent le nomadisme médical arrêteraient peut-être leur errance. Le médecin pourrait retrouver ce rôle essentiel. Redevenir ce confident, cet expert en humanité qui faisait son prestige. Et quel plaisir alors d'exercer ce sacerdoce-là !
Pour résoudre ce gros malaise, nous proposons la mesure suivante : doubler immédiatement le tarif des consultations! Mais en contrepartie, exigeons que le temps qu'ils y consacrent soit lui aussi doublé, qu'ils se forment et qu'ils informent vraiment leurs patients. La Sécu ferait immédiatement des économies. Pour une seule raison: diviser les visites par deux, c'est aussi diviser les prescriptions.
Les médecins en dépassement d'honoraires et hors convention -beaucoup parce qu'ils prennent le temps d'écouter, comme les homéopathes !- pourraient revenir alors dans le giron de la Sécu et faire bénéficier le plus grand nombre de leurs compétences. Au final, de nouvelles économies pour tous (Sécu et patients!).
Les médecins ne sont pas dans le besoin, ils sont dans le manque. Manque de temps, manque de reconnaissance, manque de considération. Redonnons-leur le bonheur d'exercer, la société a tout à y gagner !


 

 

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