Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Doublons
immédiatement le tarif des consultations !
Revenons
sur le mouvement de grèves et de protestations des médecins
commencé mi-novembre. Bien sûr, il serait facile
d'ironiser! Avec un salaire moyen de 4268 e net par mois en 1998
(28000 F) pour 54 heures de travail par semaine, les 55000 généralistes
de notre pays ne sont pas sur la paille. D'accord, les tarifs
des consultations n'ont pas été revalorisés
depuis cette date. Mais certains -beaucoup !- se sont directement
servis dans la caisse de la Sécu.
Les
statistiques officielles montrent qu'en 2000, le nombre des consultations
pratiquées a cru de 200 en moyenne par praticien!
On le sait, ce système de rétribution à l'acte
est pervers. Il faut le repenser. De plus, tous les actes ne sont
pas identiques, certains prennent plus de temps, la prévention
devrait avoir plus de place, etc. Les praticiens devraient être
payés différemment, mensualisés peut-être?
Autre
anomalie, les médecins jouissent d'un statut libéral
tout en bénéficiant des prélèvements
nationaux, cotisations salariales et patronales. Il est donc parfaitement
normal que la société exerce un contrôle sur
leur activité et leur demande des comptes.
Comme
l'ont souligné tous les observateurs, ces grèves
ne poursuivent pas uniquement une revalorisation tarifaire. Elles
manifestent un ras-le-bol plus profond. Ras-le-bol qui n'est peut-être
pas sans lien avec l'effet "secondaire" des 35 heures.
À formation sensiblement égale, un ingénieur
diplômé touche 4726 e -brut- (31000 F) par mois.
Mais il bénéficie des RTT, réduction du temps
de travail. Week-ends prolongés, semaines de vacances supplémentaires
Ce crédit de temps ajoute à la qualité de
la vie. À salaire comparable, la richesse c'est le temps.
La profession médicale s'étant largement féminisée,
cette disponibilité accrue est une demande forte. Or, elle
n'est pas toujours réalisable faute de praticiens en nombre
suffisant dans certaines régions. Mais aussi parce qu'elle
provoquerait une diminution proportionnelle des revenus
Beaucoup voudraient cumulés tous les avantages : exercer
une profession libérale et bénéficier de
la "Sécu-rité" des honoraires versés
rubis sur l'ongle par la Sécu !
Le
malaise a peut-être une raison plus profonde. Les médecins
ont le sentiment qu'ils ne font plus de la médecine ! "On
fait de l'abattage" ont reconnu plusieurs d'entre eux. Avec
une moyenne statistique de 7 minutes consacrées vraiment
au patient (une consultation tout compris dure environ un quart
d'heure), comment être satisfait de son travail? D'autant
que le patient se laisse moins faire qu'hier ! Il renvoie le médecin
à son incompétence, consulte ailleurs, critique
parfois. Il réagit de plus en plus en consommateur, en
client. Les rapports de confiance et de proximité se délitent.
Dans
ce contexte, chipoter pour une augmentation de quelques piécettes
-rouges- d'euros relève de la délinquance comptable
! On fait des économies de bouts de pansements. Qu'on leur
donne les moyens d'une vraie relation avec les patients -de plus
en plus impatients !-, d'une vraie information, d'un soutien,
d'une écoute.
On le sait, une grande part des malaises d'aujourd'hui sont d'origine
relationnelle. Echecs affectifs, pressions au travail, difficultés
avec ses proches, sa famille, solitude On somatise. À
qui se confier? Tout le monde ne peut pas s'offrir une thérapie!
Le cabinet du médecin est le dernier lieu où l'on
peut mettre son cur à nu. Pouvoir le faire en confiance
avec une personne "neutre" est important. Tout le monde
en a fait l'expérience, quand on sort de chez son médecin,
écouté, rassuré, on est déjà
à moitié guéri! Mieux entendus, ceux qui
pratiquent le nomadisme médical arrêteraient peut-être
leur errance. Le médecin pourrait retrouver ce rôle
essentiel. Redevenir ce confident, cet expert en humanité
qui faisait son prestige. Et quel plaisir alors d'exercer ce sacerdoce-là
!
Pour résoudre ce gros malaise, nous proposons la mesure
suivante : doubler immédiatement le tarif des consultations!
Mais en contrepartie, exigeons que le temps qu'ils y consacrent
soit lui aussi doublé, qu'ils se forment et qu'ils informent
vraiment leurs patients. La Sécu ferait immédiatement
des économies. Pour une seule raison: diviser les visites
par deux, c'est aussi diviser les prescriptions.
Les médecins en dépassement d'honoraires et hors
convention -beaucoup parce qu'ils prennent le temps d'écouter,
comme les homéopathes !- pourraient revenir alors dans
le giron de la Sécu et faire bénéficier le
plus grand nombre de leurs compétences. Au final, de nouvelles
économies pour tous (Sécu et patients!).
Les médecins ne sont pas dans le besoin, ils sont dans
le manque. Manque de temps, manque de reconnaissance, manque de
considération. Redonnons-leur le bonheur d'exercer, la
société a tout à y gagner !