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Les
fatigues chroniques, en raison de la multiplicité de leurs
symptômes ne sont pas faciles à identifier. Néanmoins,
grâce au travail des associations, leurs victimes ne sont
plus
considérées comme des malades imaginaires.
"Docteur,
j'ai mal partout, je suis constamment fatigué(e), je ne
récupère jamais."
Ils
ou elles vont de médecin en médecin, se plaignant
de douleurs diffuses qui les empêchent progressivement de
marcher ou
même de faire les gestes quotidiens les plus banaux, tandis
que leur état psychologique se détériore.
Malgré des symptômes nombreux, les examens habituels
sont négatifs. Les médecins ont beau leur prescrire
des antalgiques ou des anti-inflammatoires, des antibiotiques
ou des tranquillisants, rien n'y fait. Ils peuvent rester des
années sans qu'on trouve le bon diagnostic, tandis que
leur état s'aggrave au point de ne plus pouvoir travailler.
Combien sont-ils dans ce cas : des centaines de milliers.
Syndrome
de fatigue chronique (SFC), fibromyalgie (FM), spasmophilie (SP),
ces trois noms résument à eux seuls ces pathologies
qui s'accompagnent d'une fatigue chronique d'origine inexpliquée
et qui peuvent devenir invalidantes. La fatigue chronique est
un sujet très complexe, car sa définition varie
selon les chercheurs, les noms par lesquels on la désigne
varient aussi et leurs causes restent jusqu'ici inconnues, même
si périodiquement différentes hypothèses
sont avancées. Le comble, c'est qu'il y a encore des controverses
sur la réalité de ces maladies. Mal informés,
trop de médecins et parfois même des hospitaliers
pensent qu'il s'agit de pathologies psychiatriques. Il est vrai
que les patients qui en sont atteints souffrent souvent de dépression
ou d'autres troubles psychologiques, mais ces troubles, inexistants
avant la maladie, en sont la conséquence et non la cause.
Le
syndrome de fatigue chronique
Au
milieu des années 1980, de véritables épidémies
de fatigue invalidante frappent une population de jeunes cadres
aux États-Unis, puis en Angleterre, des cas sont aussi
observés en France. On parle de "syndrome des yuppies"
(abréviation de Young Urban Professionnals). Un syndrome
(qu'on retrouve avec le sida, syndrome d'immunodéficience
acquise) désigne un ensemble de symptômes qui ne
sont pas caractéristiques d'une maladie précise,
mais peuvent relever de plusieurs pathologies. Tous sont atteints
d'un syndrome grippal suivi d'une grande fatigue qui persiste
plus de six mois et de très nombreux symptômes secondaires
qui varient selon les sujets: douleurs articulaires et musculaires
diffuses, fièvre, maux de tête et de gorge, perte
de mémoire, troubles visuels, troubles du sommeil, troubles
psychologiques, etc. Les examens pratiqués permettent d'écarter
d'autres maladies mais pas de comprendre ce qui se passe. Lorsqu'on
s'aperçoit que d'autres catégories sociales sont
touchées, ainsi que des enfants ou des adolescents, différentes
appellations sont proposées : neuromyasthénie, encéphalomyélite
myalgique, mais c'est celui de syndrome de fatigue chronique qui
est finalement retenu. Un terme trompeur en français, car
il n'a pas le même sens qu'en anglais : une bonne traduction
aurait dû parler d'épuisement chronique. En effet,
il ne s'agit pas d'une fatigue dont on récupère
par le repos, mais d'un épuisement extrême qui se
manifeste par une fatigue disproportionnée par rapport
aux efforts accomplis : il devient difficile de récupérer
après des gestes simples comme faire sa vaisselle et même
les efforts intellectuels ou la réaction au stress peuvent
entraîner une fatigue psychique intense.
Bien
qu'il ait été défini dès 1987 par
le CDC (Centre de contrôle des maladies) aux États-Unis,
puis reconnu par l'Organisation mondiale de la santé (OMS)
et qu'il ait fait l'objet de nombreux congrès et articles
dans la presse médicale, le syndrome de fatigue chronique
(SFC) reste mal connu en France. Ce qui complique les choses,
c'est sa ressemblance avec les fatigues chroniques de longue durée
présentes dans de nombreuses maladies : hypothyroïdie,
anémie (par carence en fer), fatigues chroniques d'origine
virale après une infection qui peut être inapparente
(mononucléose, infection à cytomégalovirus,
hépatites B ou C, etc.). Dans le cas de l'hépatite
B et surtout de l'hépatite C qui est beaucoup plus fréquente,
si l'infection devient chronique, le patient qui en est atteint,
parfois sans le savoir, peut subir une fatigue intense, sans autres
symptômes. Le SFC peut aussi être confondu avec la
dépression, et il faut bien distinguer les dépressifs
purs des patients SFC atteints d'une dépression qui est
la conséquence de leur état et non sa cause.
La
fibromyalgie
Enfin
le syndrome de fatigue chronique peut aussi être confondu
avec la fibromyalgie (FM), un autre syndrome d'origine inexpliquée
et lui aussi encore trop méconnu, même si on en parle
plus aujourd'hui. La FM, parfois appelée syndrome polyalgique
idiopathique diffus (SPID), se caractérise elle aussi par
des douleurs articulaires et musculaires diffuses et une fatigue
intense, l'ensemble durant depuis plusieurs mois, accompagné
de troubles fonctionnels divers (maux de tête, troubles
digestifs et urinaires, troubles du sommeil, etc.). Comme le SFC,
la FM est encore trop souvent assimilée à une maladie
psychiatrique, en raison de sa composante dépressive. Pourtant,
elle est connue depuis le début du XXe siècle, sous
le nom de fibrosite. Elle a été décrite en
France en 1981, par le Pr Marcel-Francis Kahn, rhumatologue à
l'hôpital Bichat (Paris), et est reconnue par l'OMS comme
maladie rhumatismale depuis 1992. Sans doute plus fréquente
en France que le SFC ou en tout cas mieux étudiée,
elle se distingue de celui-ci par l'absence de syndrome grippal
et par des douleurs plus intenses. L'un des principaux moyens
de diagnostic se fait d'ailleurs par la pression de points cutanés
: si au moins onze de ces points sur dix-huit sont douloureux,
on considère qu'il y a bien une FM. Mais les spécialistes
ne sont pas toujours d'accord sur le nombre ou la localisation
de ces points. Certains se demandent, comme le DrKochman, psychiatre,
attaché au service de médecine interne au CHRU de
Lille (voir interview ci-contre) si la FM et le CFS ne sont pas
une seule maladie. En outre, des spécialistes comme le
Pr Kahn estiment que la FM est une maladie uniquement féminine,
affirmation que ne partagent pas la plupart de ses confrères
et qui est contestée par les associations de malades, qui
ont des hommes parmi leurs adhérents.
La
spasmophilie
Troisième
grande maladie ou plutôt troisième grand syndrome
de fatigue
chronique : la spasmophilie. Moins invalidante que le SFC ou la
FM, la spasmophilie (SP), est caractérisée par une
hyperexcitabilité neuromusculaire et, contrairement à
la FM et au SFC, ressemble plus à l'hyperthyroïdie
qu'à l'hypothyroïdie. Les patients atteints de SFC
ou de FM peuvent être simultanément spasmophiles.
Là encore, l'existence même de cette maladie est
contestée. "C'est une spécificité française
et en voulant en faire une maladie organique, je crains que l'on
passe à côté de troubles psychiatriques que
sont le syndrome de panique et la crise d'angoisse", explique
le Dr Kochman. Il ne croit guère à l'existence de
la spasmophilie. Mais son avis n'est pas partagé par le
Dr Eisinger, du service de rhumatologie de l'hôpital de
Toulon-La Seyne (sur le site internet: infomyalgie.com),
et bien d'autres de ses confrères.
La
recherche piétine Des
traitements peu efficaces
Carole Robert
est déléguée générale de l'Union
française des associations de fibromyalgiques.
"Nous cherchons à mieux faire connaître la fibromyalgie
(FM) auprès des patients et des médecins en essayant
de rassembler un maximum d'informations médicales. Il n'y
a pas de consensus autour du diagnostic. Chez certains patients
on ne met en évidence la maladie qu'au bout de 20 ou 30
ans. Mais depuis qu'on en parle un peu plus, des diagnostics de
FM sont posés trop rapidement par confusion avec d'autres
maladies (comme l'hypothyroïdie). Nous envoyons les patients
vers les médecins compétents avec qui nous travaillons
en réseau: cela permet en général de faire
diminuer considérablement la quantité de médicaments.
Nous voulons être un interlocuteur au niveau national pour
que les patients soient entendus. Nous avons lancé des
enquêtes, une pétition et nous avons remis le 20
août un rapport au ministère de la Santé.
Selon la prévalence internationale, il pourrait y avoir
un million trois cent mille fibromyalgiques en France. Pourquoi
n'y a-t-il pas de recherches spécifiques sur cette maladie
? La fibromyalgie est incompatible avec de nombreux métiers
et nous voulons une meilleure prise en charge de ses conséquences
sur la vie familiale et sociale."