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Finie
la chasse aux "Curanderos" (devins) de Oaxaca, un des
états mexicains les plus peuplés en ethnies indigènes.
Après trois années de lutte, ces guérisseurs,
qui hier encore se faisaient traiter de "maudits sorciers"
ont été reconnus officiellement.
Le
21 août 2001, le Congrès de l'État de Oaxaca
a donné son accord en vue de légaliser la médecine
indigène. L'événement est exceptionnel :
"Le gouvernement et les services de santé ont toujours
méprisé les guérisseurs, quand ils ne les
ont pas carrément discrédités", s'insurge
le député Noël Garcia Aguilar, l'un de leurs
plus fervents défenseurs. Comment expliquer ce revirement?
Pour Ignacio Vernal, directeur de l'Institut national indigène
(INI) : "C'est la situation sanitaire catastrophique qui
a incité à réformer le système de
soins".
Lutte
contre la pauvreté
Vaste
de 95364 kilomètres carrés, l'État de Oaxaca
est un des plus pauvres du Mexique : 49% des villages n'ont pas
l'eau potable, 30% ne sont pas équipés d'un système
de drainage d'eaux usées et 24% manquent d'électricité.
La plupart des 10000 communes de l'État ne sont reliées
à aucun réseau routier, il faut 5 à 6 heures
de marche pour atteindre l'unité médicale la plus
proche. "Dans les villages, les seules personnes capables
de traiter les malades sont les guérisseurs utilisant les
plantes de la région", souligne Hermilia Diego Gonzalez
(photo page 45), présidente du Conseil d'État des
médecins indigènes traditionnels.
Les responsables politiques du Secrétariat de santé
de Oaxaca, avec à leur tête le Dr Rafael Aragon Kuri,
ont donc choisi de collaborer avec eux. "C'est le prix à
mettre pour combattre la pénurie de soins sanitaires, explique
celui-ci. En coordonnant nos efforts avec ceux des praticiens
traditionnels notre objectif est de permettre l'accès aux
soins pour toute la population."
Ces guérisseurs seront néanmoins triés sur
le volet. "Il ne suffira pas de mettre un turban sur la tête
pour entrer dans le cadre de la loi, prévient Noël
Garcia Aguilar. Des normes très strictes vont être
établies qui définiront les conditions de travail
du médecin traditionnel, en fonction des caractéristiques
de chaque région." En outre, l'affiliation au Conseil
d'État des médecins indigènes traditionnels
deviendra obligatoire. "C'est à nos yeux le moyen
le plus efficace pour éviter que des charlatans ne profitent
des nouvelles dispositions de la loi", précise le
député.
De son côté, l'État de Oaxaca s'engagera à
fournir aux médecins traditionnels une assistance technique
pour améliorer les connaissances sur les effets thérapeutiques
des plantes. Hermilia Diego Gonzalez s'en réjouit: "Nous
avons besoin des scientifiques. Tout ce que nous savons actuellement,
c'est que les plantes sont efficaces dans tel ou tel cas de figure,
mais nous n'en connaissons pas le mode d'action."
Une
meilleure compréhension des malades
Dès
1995, à Calpulalpan, dans la Sierra Norte de Oaxaca, les
guérisseurs ont ouvert un Centre de médecine traditionnelle
à plus de 3000 mètres d'altitude. À ces hauteurs,
le paysage a tout d'une carte postale vosgienne, verte et brillante
d'humidité : un paradis pour les plantes, un bonheur pour
tous les "curanderos" de la région qui s'y retrouvent
pour cueillir, distiller et confectionner leurs médicaments.
Pommades, comprimés, potions, herbes en vrac, tout y passe
(L'INI (Institut national indigène) vient
de publier une encyclopédie en 12 tomes, intitulée
: "L'Atlas de la médecine traditionnelle". Viennent
également de paraître : "Le Nouveau dictionnaire
de la médecine traditionnelle" et "La Nouvelle
biographie de la médecine traditionnelle", ainsi que
"L'Atlas des plantes médicinales du Mexique"),
"jusqu'aux suppositoires, lâche malicieusement Eugenia
Reyes Mendez, infirmière à la clinique de campagne
de San Pablo Güila de l'Institut mexicain de santé
publique, déjà au point avant l'arrivée des
Espagnols. Mais attention, nous ne travaillons pas seulement pour
nous, nous assurons également le ré-approvisionnement
de la pharmacie du Centre".
À
deux pas du Centre se trouve un autre bâtiment, qui appartient
aux services sanitaires où officient des médecins
allopathes qui n'hésitent pas à envoyer leurs patients
chez les curanderos. "Les guérisseurs comprennent
les malades bien mieux que nous, confie Isidoro Velazquez Lozano,
médecin vacataire, ils parlent la même langue et
ont le même rapport aux choses. Ils pourraient nous donner
plus d'une leçon, en particulier ils sont bien plus attentifs
à la globalité de l'individu."
Un
peu partout la coopération est déjà effective.
À San Pablo Güila par exemple, Eugenia, conseille
à ses patients de recourir aux plantes. D'ailleurs la clinique
est pourvue d'un jardin botanique. "Si les populations viennent
nous consulter, considère-t-elle, c'est en partie parce
que nous recommandons l'usage des médecines naturelles."