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FEVRIER 2002

 


Médecine mexicaine

Les sorciers gagnent la partie!

 

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Finie la chasse aux "Curanderos" (devins) de Oaxaca, un des états mexicains les plus peuplés en ethnies indigènes. Après trois années de lutte, ces guérisseurs, qui hier encore se faisaient traiter de "maudits sorciers" ont été reconnus officiellement.

 


Le 21 août 2001, le Congrès de l'État de Oaxaca a donné son accord en vue de légaliser la médecine indigène. L'événement est exceptionnel : "Le gouvernement et les services de santé ont toujours méprisé les guérisseurs, quand ils ne les ont pas carrément discrédités", s'insurge le député Noël Garcia Aguilar, l'un de leurs plus fervents défenseurs. Comment expliquer ce revirement? Pour Ignacio Vernal, directeur de l'Institut national indigène (INI) : "C'est la situation sanitaire catastrophique qui a incité à réformer le système de soins".

Lutte contre la pauvreté

Vaste de 95364 kilomètres carrés, l'État de Oaxaca est un des plus pauvres du Mexique : 49% des villages n'ont pas l'eau potable, 30% ne sont pas équipés d'un système de drainage d'eaux usées et 24% manquent d'électricité. La plupart des 10000 communes de l'État ne sont reliées à aucun réseau routier, il faut 5 à 6 heures de marche pour atteindre l'unité médicale la plus proche. "Dans les villages, les seules personnes capables de traiter les malades sont les guérisseurs utilisant les plantes de la région", souligne Hermilia Diego Gonzalez (photo page 45), présidente du Conseil d'État des médecins indigènes traditionnels.
Les responsables politiques du Secrétariat de santé de Oaxaca, avec à leur tête le Dr Rafael Aragon Kuri, ont donc choisi de collaborer avec eux. "C'est le prix à mettre pour combattre la pénurie de soins sanitaires, explique celui-ci. En coordonnant nos efforts avec ceux des praticiens traditionnels notre objectif est de permettre l'accès aux soins pour toute la population."
Ces guérisseurs seront néanmoins triés sur le volet. "Il ne suffira pas de mettre un turban sur la tête pour entrer dans le cadre de la loi, prévient Noël Garcia Aguilar. Des normes très strictes vont être établies qui définiront les conditions de travail du médecin traditionnel, en fonction des caractéristiques de chaque région." En outre, l'affiliation au Conseil d'État des médecins indigènes traditionnels deviendra obligatoire. "C'est à nos yeux le moyen le plus efficace pour éviter que des charlatans ne profitent des nouvelles dispositions de la loi", précise le député.
De son côté, l'État de Oaxaca s'engagera à fournir aux médecins traditionnels une assistance technique pour améliorer les connaissances sur les effets thérapeutiques des plantes. Hermilia Diego Gonzalez s'en réjouit: "Nous avons besoin des scientifiques. Tout ce que nous savons actuellement, c'est que les plantes sont efficaces dans tel ou tel cas de figure, mais nous n'en connaissons pas le mode d'action."

Une meilleure compréhension des malades

Dès 1995, à Calpulalpan, dans la Sierra Norte de Oaxaca, les guérisseurs ont ouvert un Centre de médecine traditionnelle à plus de 3000 mètres d'altitude. À ces hauteurs, le paysage a tout d'une carte postale vosgienne, verte et brillante d'humidité : un paradis pour les plantes, un bonheur pour tous les "curanderos" de la région qui s'y retrouvent pour cueillir, distiller et confectionner leurs médicaments. Pommades, comprimés, potions, herbes en vrac, tout y passe… (L'INI (Institut national indigène) vient de publier une encyclopédie en 12 tomes, intitulée : "L'Atlas de la médecine traditionnelle". Viennent également de paraître : "Le Nouveau dictionnaire de la médecine traditionnelle" et "La Nouvelle biographie de la médecine traditionnelle", ainsi que "L'Atlas des plantes médicinales du Mexique"), "jusqu'aux suppositoires, lâche malicieusement Eugenia Reyes Mendez, infirmière à la clinique de campagne de San Pablo Güila de l'Institut mexicain de santé publique, déjà au point avant l'arrivée des Espagnols. Mais attention, nous ne travaillons pas seulement pour nous, nous assurons également le ré-approvisionnement de la pharmacie du Centre".

À deux pas du Centre se trouve un autre bâtiment, qui appartient aux services sanitaires où officient des médecins allopathes qui n'hésitent pas à envoyer leurs patients chez les curanderos. "Les guérisseurs comprennent les malades bien mieux que nous, confie Isidoro Velazquez Lozano, médecin vacataire, ils parlent la même langue et ont le même rapport aux choses. Ils pourraient nous donner plus d'une leçon, en particulier ils sont bien plus attentifs à la globalité de l'individu."

Un peu partout la coopération est déjà effective. À San Pablo Güila par exemple, Eugenia, conseille à ses patients de recourir aux plantes. D'ailleurs la clinique est pourvue d'un jardin botanique. "Si les populations viennent nous consulter, considère-t-elle, c'est en partie parce que nous recommandons l'usage des médecines naturelles."

Rituels guérisseurs

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Texte et photos Fabien Fent

 

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