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FEVRIER 2002

 


OGM: de nouveaux essais injustifiés

 

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Courant février, le gouvernement devra décider s'il autorise ou non de nouveaux essais de plantes transgéniques en plein champ.
Osera-t-il passer outre l'opposition du camp des anti-OGM, qui ont violemment manifesté leur désapprobation en détruisant l'an passé les parcelles plantées? Rien n'est sûr. Tout dépendra de la mobilisation citoyenne.

 

 

Les 17 et 18 décembre dernier, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) organisait un colloque intitulé : "OGM et alimentation : peut-on évaluer des risques pour la santé ?" Beaucoup de questions ont été abordées - l'innocuité des OGM, leur utilité - sans trouver vraiment de réponses.
Les 4 et 5 février aura lieu au Conseil économique et social à Paris, un débat public sur "les OGM et les essais en plein champ", qui devrait éclairer le gouvernement sur ses choix. Récemment, la revue 60 Millions de consommateurs a révélé que sur 103 produits achetés en grandes surfaces, 35% des échantillons comportaient des OGM, sous forme de "traces infimes" (0,01%). Notre confrère souligne ainsi la dissémination des OGM dans toute la chaîne alimentaire. Une dissémination dont la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) faisait déjà état l'été dernier (voir hors-série n°25).

Nous avons demandé l'avis de Greenpeace France, qui mène campagne depuis 1996 contre les organismes génétiquement modifiés. Véronique Papon au nom de cette organisation a répondu à nos questions.

Alternative Santé - L'Impatient : Greenpeace est contre les OGM. Pourquoi ?

Véronique Papon : Plus exactement, nous sommes contre la dissémination des OGM dans l'environnement. Celle-ci est inévitable et irréversible dès lors que les essais s'effectuent en plein champ. Nous nous y opposons ainsi qu'aux cultures d'OGM sous serres (car certaines peuvent être ouvertes sur l'extérieur) mais pas aux recherches en laboratoires. Trois raisons nous ont convaincus du bien-fondé de cette position : les risques irréversibles que ces disséminations font courir aux éco-systèmes ; les risques sanitaires que les OGM font peser sur l'homme ; enfin les problèmes socio-économiques que cela entraîne.

Les défenseurs des OGM prétendent que les cultures transgéniques sont une chance pour l'environnement puisqu'elles devraient permettre de moins recourir aux pesticides…

Prenons l'exemple du maïs manipulé pour sécréter lui-même un insecticide néfaste à la pyrale du maïs, un insecte prédateur. Les insectes acquièrent une résistance à cet insecticide, ce qui oblige à recourir à de nouvelles stratégies. Prenons le cas du soja génétiquement modifié pour supporter l'usage des herbicides, cela permet de recourir davantage à ceux-ci qui portent atteinte aux cultures et polluent un peu plus les sols et les nappes phréatiques. Quel est le gain réel de ces technologies pour l'environnement ? 95 % des essais en plein champ sont réalisés à des fins agronomiques et non pour l'évaluation des risques liés à la culture des OGM comme le prétendent les grandes firmes.

Les pro-OGM plaident que ces cultures permettraient d'atténuer à la faim dans le monde, en développant par exemple des plantes résistant à la sécheresse, ou du riz enrichi en vitamines, qu'en pensez-vous ?

Les OGM sur lesquels les firmes travaillent actuellement ne sont pas destinés aux pays désertiques qui sont par ailleurs très peu solvables et n'auront pas les moyens d'acheter des semences transgéniques. Quant au riz enrichi, sans doute faites-vous allusion au riz doré modifié pour fabriquer de la provitamine A et qui pourrait éviter la cécité chez les enfants malnutris. En fait de prévention, nous avons calculé à Greenpeace qu'il faudrait consommer 9 kilogrammes de riz cuit par jour pour couvrir les besoins en vitamines! Si tout l'argent mis pour mettre au point les OGM servait à développer une agriculture durable, respectueuse de l'environnement, exigeante en main-d'œuvre, adaptée aux conditions climatiques, on couvrirait sans difficulté les besoins des populations. Les multinationales détentrices des brevets sur les OGM ne veulent pas nourrir la planète mais faire de l'argent !

Quels sont les risques sanitaires des OGM ?

Bien que difficiles à affirmer, on peut sans prendre trop de risque dire qu'ils sont de deux ordres. Le premier, lié à l'introduction dans la nature de substances étrangères augmentant ainsi le risque de réactions allergiques. Quant il s'agit d'un allergène connu, le problème peut être découvert avant la mise sur le marché. Mais pour les allergènes inconnus ?…
Ensuite beaucoup de plantes transgéniques contiennent un gène de résistance à des antibiotiques utilisés dans le traitement médical humain. Ce gène sert uniquement à vérifier que la manipulation génétique a bien fonctionné. Si ces gènes se transmettent à des bactéries dangereuses dans l'intestin humain ou animal, ils pourraient les immuniser contre les antibiotiques. Comment alors se soignerait-on ?

L'enquête de 60 millions de consommateurs met en évidence que nos assiettes contiennent inévitablement des OGM ?

Ce travail est intéressant car il souligne la dissémination des OGM dans la nature. Mais il ne soulève pas le problème essentiel pour nous actuellement, celui des viandes vendues dans le commerce. Toutes -sauf la filière bio et les poissons sauvages- proviennent d'animaux d'élevage nourris en aliments composés qui ont de fortes chances de contenir des OGM. L'alimentation animale représente pour les producteurs d'organismes génétiquement modifiés la principale façon d'écouler leur production. Sait-on que les tourteaux de soja rentrent pour 25% dans l'alimentation des volailles ? Or rien ne garantit que ce soja ne vient pas des États-Unis où 64% des surfaces cultivées en soja le sont en OGM.

Quelles garanties avons-nous concernant les "Labels rouges", les produits fermiers, etc. ?

Strictement aucune car aucun cahier des charges, sauf celui applicable aux produits biologiques, n'exclut les aliments transgéniques de l'alimentation des animaux d'élevage. Il est urgent de réglementer ces filières qui permettent de faire entrer massivement les OGM dans la chaîne alimentaire sans que le public en soit averti et ne puisse se mobiliser.

En ce qui concerne cette fois les poissons d'élevage, quelles sont vos craintes ?

S'ils obtiennent l'autorisation demandée, les premiers poissons d'élevage transgéniques pourraient être commercialisés dès 2002, c'est-à-dire cette année. Il s'agirait de saumons, de carpes et de truites génétiquement modifiés pour grandir 4 à 6 fois plus vite que leurs congénères naturels. On comprend l'intérêt des aquaculteurs pour de tels poissons. Outre notre inquiétude pour les consommateurs, nous craignons pour l'environnement. Car aucune mesure de sécurité ne peut empêcher l'échappement de poissons transgéniques vers le milieu naturel. Or d'après les scientifiques, il suffirait d'une trentaine de saumons génétiquement modifiés lâchés dans la nature pour éliminer au bout de quelques années tous les saumons sauvages, avec en prime une transformation de l'écosystème marin, les saumons transgéniques ayant davantage d'appétit que les autres.

Ne soyons pas naïfs, seul le profit économique sous-tend le développement des OGM. Aucune compagnie d'assurance ne s'est pour l'instant risquée à assurer leurs conséquences éventuelles sur la santé humaine et sur l'environnement. Cela souligne bien toutes les incertitudes qui prévalent encore sur cette question et les raisons que nous avons d'être inquiets.

Propos recueillis par Cécile Baudet


 

 

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