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Les
17 et 18 décembre dernier, l'Agence française de
sécurité sanitaire des aliments (Afssa) organisait
un colloque intitulé : "OGM et alimentation : peut-on
évaluer des risques pour la santé ?" Beaucoup
de questions ont été abordées - l'innocuité
des OGM, leur utilité - sans trouver vraiment de réponses.
Les
4 et 5 février aura lieu au Conseil économique et
social à Paris, un débat public sur "les OGM
et les essais en plein champ", qui devrait éclairer
le gouvernement sur ses choix. Récemment, la revue 60 Millions
de consommateurs a révélé que sur 103 produits
achetés en grandes surfaces, 35% des échantillons
comportaient des OGM, sous forme de "traces infimes"
(0,01%). Notre confrère souligne ainsi la dissémination
des OGM dans toute la chaîne alimentaire. Une dissémination
dont la Direction générale de la concurrence, de
la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF)
faisait déjà état l'été dernier
(voir hors-série n°25).
Nous
avons demandé l'avis de Greenpeace France, qui mène
campagne depuis 1996 contre les organismes génétiquement
modifiés. Véronique Papon au nom de cette organisation
a répondu à nos questions.
Alternative
Santé - L'Impatient : Greenpeace est contre les OGM. Pourquoi
?
Véronique
Papon : Plus exactement, nous sommes contre la dissémination
des OGM dans l'environnement. Celle-ci est inévitable et
irréversible dès lors que les essais s'effectuent
en plein champ. Nous nous y opposons ainsi qu'aux cultures d'OGM
sous serres (car certaines peuvent être ouvertes sur l'extérieur)
mais pas aux recherches en laboratoires. Trois raisons nous ont
convaincus du bien-fondé de cette position : les risques
irréversibles que ces disséminations font courir
aux éco-systèmes ; les risques sanitaires que les
OGM font peser sur l'homme ; enfin les problèmes socio-économiques
que cela entraîne.
Les
défenseurs des OGM prétendent que les cultures transgéniques
sont une chance pour l'environnement puisqu'elles devraient permettre
de moins recourir aux pesticides
Prenons
l'exemple du maïs manipulé pour sécréter
lui-même un insecticide néfaste à la pyrale
du maïs, un insecte prédateur. Les insectes acquièrent
une résistance à cet insecticide, ce qui oblige
à recourir à de nouvelles stratégies. Prenons
le cas du soja génétiquement modifié pour
supporter l'usage des herbicides, cela permet de recourir davantage
à ceux-ci qui portent atteinte aux cultures et polluent
un peu plus les sols et les nappes phréatiques. Quel est
le gain réel de ces technologies pour l'environnement ?
95 % des essais en plein champ sont réalisés à
des fins agronomiques et non pour l'évaluation des risques
liés à la culture des OGM comme le prétendent
les grandes firmes.
Les
pro-OGM plaident que ces cultures permettraient d'atténuer
à la faim dans le monde, en développant par exemple
des plantes résistant à la sécheresse, ou
du riz enrichi en vitamines, qu'en pensez-vous ?
Les
OGM sur lesquels les firmes travaillent actuellement ne sont pas
destinés aux pays désertiques qui sont par ailleurs
très peu solvables et n'auront pas les moyens d'acheter
des semences transgéniques. Quant au riz enrichi, sans
doute faites-vous allusion au riz doré modifié pour
fabriquer de la provitamine A et qui pourrait éviter la
cécité chez les enfants malnutris. En fait de prévention,
nous avons calculé à Greenpeace qu'il faudrait consommer
9 kilogrammes de riz cuit par jour pour couvrir les besoins en
vitamines! Si tout l'argent mis pour mettre au point les OGM servait
à développer une agriculture durable, respectueuse
de l'environnement, exigeante en main-d'uvre, adaptée
aux conditions climatiques, on couvrirait sans difficulté
les besoins des populations. Les multinationales détentrices
des brevets sur les OGM ne veulent pas nourrir la planète
mais faire de l'argent !
Quels
sont les risques sanitaires des OGM ?
Bien
que difficiles à affirmer, on peut sans prendre trop de
risque dire qu'ils sont de deux ordres. Le premier, lié
à l'introduction dans la nature de substances étrangères
augmentant ainsi le risque de réactions allergiques. Quant
il s'agit d'un allergène connu, le problème peut
être découvert avant la mise sur le marché.
Mais pour les allergènes inconnus ?
Ensuite beaucoup de plantes transgéniques contiennent un
gène de résistance à des antibiotiques utilisés
dans le traitement médical humain. Ce gène sert
uniquement à vérifier que la manipulation génétique
a bien fonctionné. Si ces gènes se transmettent
à des bactéries dangereuses dans l'intestin humain
ou animal, ils pourraient les immuniser contre les antibiotiques.
Comment alors se soignerait-on ?
L'enquête
de 60 millions de consommateurs met en évidence que nos
assiettes contiennent inévitablement des OGM ?
Ce
travail est intéressant car il souligne la dissémination
des OGM dans la nature. Mais il ne soulève pas le problème
essentiel pour nous actuellement, celui des viandes vendues dans
le commerce. Toutes -sauf la filière bio et les poissons
sauvages- proviennent d'animaux d'élevage nourris en aliments
composés qui ont de fortes chances de contenir des OGM.
L'alimentation animale représente pour les producteurs
d'organismes génétiquement modifiés la principale
façon d'écouler leur production. Sait-on que les
tourteaux de soja rentrent pour 25% dans l'alimentation des volailles
? Or rien ne garantit que ce soja ne vient pas des États-Unis
où 64% des surfaces cultivées en soja le sont en
OGM.
Quelles
garanties avons-nous concernant les "Labels rouges",
les produits fermiers, etc. ?
Strictement
aucune car aucun cahier des charges, sauf celui applicable aux
produits biologiques, n'exclut les aliments transgéniques
de l'alimentation des animaux d'élevage. Il est urgent
de réglementer ces filières qui permettent de faire
entrer massivement les OGM dans la chaîne alimentaire sans
que le public en soit averti et ne puisse se mobiliser.
En
ce qui concerne cette fois les poissons d'élevage, quelles
sont vos craintes ?
S'ils
obtiennent l'autorisation demandée, les premiers poissons
d'élevage transgéniques pourraient être commercialisés
dès 2002, c'est-à-dire cette année. Il s'agirait
de saumons, de carpes et de truites génétiquement
modifiés pour grandir 4 à 6 fois plus vite que leurs
congénères naturels. On comprend l'intérêt
des aquaculteurs pour de tels poissons. Outre notre inquiétude
pour les consommateurs, nous craignons pour l'environnement. Car
aucune mesure de sécurité ne peut empêcher
l'échappement de poissons transgéniques vers le
milieu naturel. Or d'après les scientifiques, il suffirait
d'une trentaine de saumons génétiquement modifiés
lâchés dans la nature pour éliminer au bout
de quelques années tous les saumons sauvages, avec en prime
une transformation de l'écosystème marin, les saumons
transgéniques ayant davantage d'appétit que les
autres.
Ne
soyons pas naïfs, seul le profit économique sous-tend
le développement des OGM. Aucune compagnie d'assurance
ne s'est pour l'instant risquée à assurer leurs
conséquences éventuelles sur la santé humaine
et sur l'environnement. Cela souligne bien toutes les incertitudes
qui prévalent encore sur cette question et les raisons
que nous avons d'être inquiets.
Propos
recueillis par Cécile Baudet
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