Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
FEVRIER
2002
Téléphonie
mobile Les dangers des antennes-relais confirmés
Vivre
près d'une antenne-relais a des conséquences sur
la santé. Témoignages et étude l'attestent.
Besançon, Dijon, et Paris prennent des dispositions pour
protéger leurs populations.
Les
antennes-relais de téléphonie mobile installées
sur son toit, à 2,50 mètres au-dessus de son lit,
ont provoqué chez Madeleine Istria-Borrely différents
problèmes: maux de tête, troubles visuels, sensation
de déséquilibre, de sifflement dans l'oreille gauche,
insomnie. Finalement "une chute à forme épileptique
devant témoins" l'a conduite à l'hôpital
de la Pitié-Salpétrière, en service de neurologie.
Le médecin hospitalier qui la suit depuis longtemps pour
"un problème d'épilepsie et un tremblement"
confirme qu'avant cet épisode Madeleine "était
depuis de nombreux mois tout à fait équilibrée".
"De façon surprenante, témoigne-t-il, l'ensemble
de la symptomatologie a régressé très rapidement
en cours d'hospitalisation." De retour chez elle, les symptômes
de Madeleine reprennent et disparaissent lorsqu'elle dort
chez ses enfants. "Je me pose la question d'un éventuel
toxique ou d'une autre nuisance en rapport avec son domicile,
note le médecin hospitalier. [Ma patiente] me signale être
à proximité d'une antenne de téléphone
portable. Je n'ai aucun argument formel me permettant de conclure
définitivement à un lien de cause à effet
mais les coïncidences sont assez troublantes."
Maguy
et Philippe R. habitent à Paris un appartement situé
au dernier étage d'un immeuble. Leur chambre se trouve
dans l'axe d'antennes de téléphonie mobile installées
depuis juillet 2000 sur un toit voisin légèrement
plus bas que le leur. À peine quinze mètres les
en séparent, une distance qui vaut à Maguy et à
Philippe une série de troubles qu'ils ne connaissaient
pas jusqu'alors. Acouphènes (bourdonnements d'oreilles),
phosphènes (éclairs lumineux oculaires), troubles
du sommeil pour Philippe. "Cette nuit, j'ai été
réveillé à trois heures du matin par des
sifflements dans les oreilles. Au début quand je quittais
mon domicile, les troubles s'arrêtaient, maintenant ils
persistent. C'est très désagréable."
Chez Maguy, il s'agit plutôt d'un malaise d'ordre général
qui provoque divers troubles neurovégétatifs: spasmes
intestinaux incoercibles, migraines, tendance à la déprime,
stress "Je ne dors plus dans notre chambre, je m'y
sens trop mal, c'est épouvantable. Il s'avère que
j'ai des dons de sourcière et je dois être particulièrement
réceptrice à ce type d'ondes." Des mesures
vont être effectuées dans l'appartement pour calculer
le champ électromagnétique auquel les époux
sont exposés; et des négociations sont en cours
avec France-Télécom (Orange) pour décider
du recul des installations.
Quelques
rappels
Comme
nous l'affirmions déjà dans nos numéros de
mars (276) et septembre
2001 (281) (Dès le mois de mai 1999
(numéro 256), nous avons alerté -les premiers- des
dangers des téléphones-portables et des antennes-relais
de téléphonie mobile), les personnes qui
constatent la survenue de troubles de santé après
l'installation d'antennes-relais de téléphonie mobile
sont de plus en plus nombreuses. Problèmes de mémoire
et de concentration pour Alexis C., violents maux de tête
pour Maurice Calvet quand il stationne trop longtemps dans sa
cuisine ou sur sa terrasse. Et l'histoire de Nadine et Alain J.
en proie, ainsi que leurs enfants, à des difficultés
de sommeil et de fatigue inexpliquée, symptômes qui
disparaissent quand ils quittent leur domicile. Fatigue, somnolence,
réveils nocturnes brutaux, troubles d'équilibre
et de mémoire, troubles du rythme cardiaque et de tension,
tout cela était le lot des époux Minous avant
qu'ils ne décident de déménager. Autre cas
plus troublant, celui de Lucie, trois ans, atteinte d'une leucémie
et dont la maman a fait entre 1997 et 1999 deux fausses couches
inexpliquées. Par ailleurs, l'élevage de poussins
qui appartient à la famille décline, le taux de
mortalité atteint 70%. Point commun entre toutes ces affaires
: la proximité plus ou moins grande de relais de téléphonie
mobile.
Des
données statistiques sont fournies par une enquête
menée par Roger Santini, chercheur à l'Institut
national des sciences appliquées de Lyon (Insa), auprès
d'un échantillon de 600 personnes (volontaires pour répondre
à un questionnaire) vivant jusqu'à 300 mètres
et au-delà d'antennes de téléphonie mobile.
Sur les 530 réponses validées scientifiquement (270
hommes et 260 femmes), il apparaît que les symptômes
cités ci-dessus (Ces symptômes sont
décrits dans la typologie de la maladie des radio-fréquences.)
le sont également par les personnes qui ont répondu
au questionnaire. Surtout il semble que leur fréquence
d'apparition augmente en fonction de la proximité des installations.
En comparant les troubles ressentis par les personnes situées
à moins de 10 mètres d'une antenne et ceux éprouvés
à plus de 300 mètres, Roger Santini constate des
différences notables.
Présidente
de l'association Priartem (Pour une réglementation des
implantations d'antennes-relais de téléphonie mobile),
Janine Le Calvez juge que les opérateurs et les pouvoirs
publics
étouffent le débat sur le danger des antennes-relais.
ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient : quelle est aujourd'hui l'audience
de votre association fondée en octobre 2000 ?
Janine Le Calvez : Nous fédérons environ 300 adhérents,
parmi lesquels une cinquantaine d'associations. Cela explique
le poids de Priartem dans le débat sur les installations
d'antennes-relais. Cet essor en moins d'un an traduit l'inquiétude
du public vis-à-vis des implantations, et ses réticences.
Quelles
sont les demandes des personnes qui vous contactent ?
Elle sont de deux sortes : soit éviter qu'un projet d'installation
se réalise près de chez elles ; soit réussir
à faire enlever l'antenne, qui, de façon souvent
brutale est arrivée dans leur vie. Outre le problème
esthétique posé par la proximité des antennes,
beaucoup ressentent des maux classés par certains scientifiques
sous le titre de "syndrome du micro-ondes" avec des
troubles divers : perte de sommeil, maux de tête, problèmes
de mémoire, de concentration, perturbations d'ordre hormonal.
Nous nous inquiétons par ailleurs de l'apparition de problèmes
plus graves tels que des crises d'épilepsie, voire des
leucémies, des tumeurs qui peuvent être référés
aux effets des rayonnements électromagnétiques.
Que
leur répondez-vous ?
Grâce à notre expérience, nous pouvons leur
proposer des pistes pour se battre. Il nous arrive également
d'écrire aux municipalités concernées pour
leur rappeler qu'elles ont la possibilité d'agir dans le
cadre de la protection de leurs concitoyens.
De la même façon, nous avons tenu à nous adresser
aux maires suite au courrier qu'ils ont reçu de l'Agence
nationale des fréquences (ANF) affirmant que les stations-relais
de téléphonie mobile "ne présentent,
aux yeux des experts, aucun danger pour la santé".
L'ANF n'est pas, aujourd'hui, missionnée pour s'exprimer
sur des préoccupations de santé et rassurer les
maires sur l'innocuité des stations de base.
Où
en sommes-nous quant à la réglementation ?
Le contexte a changé. Depuis les vacances, c'est-à-dire
depuis le dépôt de la proposition de loi d'André
Aschieri confortée par la proposition des sénateurs
et la conférence de concertation à l'Assemblée
nationale qui ont montré la mobilisation des citoyens,
les opérateurs et les pouvoirs publics ont décidé
de verrouiller le débat. Les pouvoirs publics ont, en effet
clairement opté pour un soutien aux intérêts
des opérateurs, en leur accordant de l'argent pour parfaire
la couverture nationale, en baissant le prix des licences UMTS
(Universal Mobile Telecommunications System), mais aussi on optant
pour une procédure de réglementation peu respectueuse
de la voie du débat démocratique prévue par
nos institutions.
En même temps, nous nous trouvons de plus en plus interpellés
par des riverains qui témoignent de problèmes de
santé qu'ils lient à ces implantations. Ce qui nous
scandalise c'est le refus de prendre en compte ces plaintes. Certains,
à cause d'une antenne implantée près de chez
eux, en arrivent à déménager. Il n'est pas
possible que la société leur dise : "Il n'y
a pas de problème" et qu'on continue comme si de rien
n'était à couvrir le territoire et les toits des
villes.
Nous nous trouvons là face à une collusion des trois
pôles : politique, économique et
scientifique au détriment du quatrième pôle,
le pôle citoyen. Nous demandons une réglementation
plus ferme et des seuils d'exposition moins importants comme ceux
fixés par d'autres pays comme l'Autriche, la Suisse, l'Italie,
le Luxembourg, la Pologne, la Russie, la Chine, ou des périmètres
d'exclusion comme en Pennsylvanie, au Pays de Galles, en Australie
ou en Finlande.
Propos
recueillis par
Cécile Baudet
Priartem : 9, rue Jean-François Gerbillon, 75006 Paris.
Tél./fax : 01 42 22 25 38.
Site internet : priartem.org
Courriel : assoc@priartem.org