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MARS 2002

 


Traquer les légionelles

 

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Se diffusant par le système de climatisation ou le réseau d'eau chaude, la légionellose sévit dans les hôpitaux les plus sophistiqués
et les immeubles. Cette maladie de l'habitat moderne nécessite pour être jugulée une véritable enquête.

 

 


Naturellement présentes dans l'air et l'eau, les bactéries de type Legionella sont inoffensives quand elles sont peu nombreuses. Mais inhalées en grand nombre, elles peuvent déclencher une pneumopathie (affection du poumon), provoquant toux et fièvre, puis un encombrement des poumons. Dans 10 à 20% des cas la légionellose se révèle mortelle particulièrement si les sujets atteints ont une baisse de leurs défenses immunitaires, sont âgés et de sexe masculin. Ce qui est souvent le cas des malades hospitalisés. Rien d'étonnant si 20% des légionelloses sont d'origine nosocomiale, c'est-à-dire qu'elles surviennent lors d'un séjour à l'hôpital.

Pour se multiplier les légionelles ont besoin d'eau stagnante, chaude (entre 35 et 45°C) et riches en sels minéraux et dépôts divers (tartre, rouille, etc.). Les systèmes de climatisation comportant de tels réservoirs d'eau sont propices au développement de légionelles, qui se retrouvent pulsées dans l'atmosphère des bâtiments climatisés en même temps que l'air du même nom. La période de remise en route de la climatisation, au retour des beaux jours ou suite à une panne, est particulièrement délicate. Autre lieu de prédilection des légionelles: les conduites d'eau chaude, les pommes de douches ou les embouts de robinets mal entretenus, entartrés ou rouillés. Gare aux circuits d'eau chaude des hôtels, appartements… inoccupés pendant plusieurs jours.

On évalue à 1200 par an le nombre de maladies provoquées par des légionelles. Toutes ne donnent pas lieu à une déclaration : seuls 692 cas étaient répertoriés en l'an 2000, contre une cinquantaine en 1995. Une meilleure surveillance des légionelloses a été mise en place, justement depuis 1995, par le Centre national de référence des Legionella (CNR) de Lyon et l'Institut national de veille sanitaire. Elle s'est trouvée renforcée par la mise au point d'un nouvel examen urinaire, remboursé par la Cnam depuis septembre 2000, facilitant l'identification des bactéries, la vigilance des médecins mieux formés (la légionellose est une maladie à déclaration obligatoire), et le renforcement des mesures de sécurité sanitaire autour d'événements touchant un public très nombreux venant d'horizons différents, par exemple la Coupe du monde de football. "Il y a une relation directe entre la rapidité du diagnostic suivi de la prescription du bon antibiotique et la baisse du taux de mortalité", explique le PrJérôme Etienne, directeur du CNR.

Enquête, analyse et comparaison

Autre tâche dévolue au CNR, un travail d'enquête pour retrouver les sources effectives de contamination et les éliminer. À l'occasion du Mondial de football en juin 1998, l'analyse et la comparaison chromosomique de souches de légionelles ont permis de relier entre eux une vingtaine de cas de légionellose, concernant 7 Britanniques, 1 Danois, 1 Suédois et 11 Français. En effectuant des comparaisons entre le profil chromosomique de la souche de légionelles présente chez les malades, ayant tous séjournés dans les IIe et IXe arrondissements de Paris, et celui des bactéries présentes dans l'environnement suspect, le CNR a identifié la source de la contamination : une tour aéroréfrigérante d'un système de climatisation du boulevard des Italiens. Un traitement chloré de l'installation, suivi d'une vérification de la baisse effective du taux de Legionella permit alors l'arrêt de l'épidémie.
De septembre à novembre 2000, la ville de Rennes est touchée par plusieurs cas de légionelloses. Des prélèvements effectués sur les malades, envoyés au CNR, révèlent là encore une souche unique de germes. Dans le même temps, une enquête épidémiologique fait apparaître que les malades fréquentent ou vivent à proximité d'un centre commercial. Le recoupement des informations permet de remonter à la source de l'épidémie : la tour de refroidissement de ce centre commercial.

L'épidémie lyonnaise n'a pas livré tous ses mystères

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Benoît Richard

 

 

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