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AVRIL 2002

 


Déchets d'activités de soins

 

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La santé à la poubelle ?

 

 

La tenue, à Lille, de la première Journée nationale de l'élimination des déchets d'activités de soins témoigne d'une volonté de progresser dans leur gestion. Mais en la matière, la plupart des filières de tri restent à inventer.


Depuis quelques années, l'émergence des maladies nosocomiales (contractées dans les établissements de santé) a mis en avant la nécessité de gérer les déchets d'activités de soins. En clair, cela signifie les trier donc mettre en place une filière spécifique, une chaîne ininterrompue qui relie le lieu de leur production à celui de leur "banalisation". L'organisation de la "filière déchets" des activités de santé est-elle à la hauteur ? La première Journée nationale de l'élimination des déchets d'activités de soins, qui s'est tenue à Lille en novembre dernier, permet de dresser un état des lieux. Verdict ? Peut mieux faire!
Sida, hépatite, prion… C'est en réponse à ces risques infectieux récents et largement médiatisés que la "démarche qualité" des hôpitaux s'est développée depuis une bonne dizaine d'années. Résultats à l'appui : selon une enquête menée auprès de 66 établissements de soins, privés et publics, de la région Nord-Pas-de-Calais, une très large majorité déclarent trier leurs déchets d'activités de soins à risques infectieux (Dasri), comme les y oblige la réglementation. Toutefois, si l'on y regarde de plus près, des inégalités apparaissent dans la gestion des Dasri selon les secteurs de l'hôpital. Les services de l'imagerie médicale, de la pharmacie hospitalière et même de la morgue sont les plus laxistes puisque 10 à 20% d'entre eux avouent mélanger le contenu de leurs poubelles.
Quand ces Dasri sont séparés des déchets banals (dits "assimilables aux ordures ménagères"), deux cas de figure se présentent. Soit ils sont d'abord confiés à des entreprises spécialisées chargées de leur désinfection et de leur broyage (on parle de pré-traitement). Débarrassés de leur caractère infectieux, ils peuvent alors rejoindre la filière des ordures ménagères, c'est-à-dire être mis en décharge ou incinérés. Dans le second cas, ils sont directement brûlés dans des usines d'incinération spécialement équipées pour éviter les risques de contamination. Concrètement, le pré-traitement, beaucoup plus cher que l'incinération directe, n'a concerné qu'une petite minorité des Dasri pour l'année 2000 (lire encadré page 35). Quant au recyclage de ces déchets "banalisés", dont un grand nombre sont pourtant en verre (seringues, flacons…), il n'est même pas envisagé !

Même si en elle-même, l'incinération pose toujours des problèmes (lire notre hors-série n° 25 "Pollutions et santé"), de grands progrès ont été accomplis en matière d'incinération des déchets hospitaliers. En 1992, il existait encore 1400 installations in situ, au sein même de l'établissement de soins. Or, ces incinérateurs étaient le plus souvent gérés par un personnel mal informé, qui y brûlaient en vrac toutes sortes de déchets à une température trop basse et sans traitement des fumées ! En 2001, seuls quatre d'entre eux subsistaient, tous voués à disparaître d'ici quelques mois, selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Les Dasri seront certes incinérés, mais dans les meilleures conditions de sécurité possibles.

Risques chimiques et infectieux négligés

En dehors de ce risque infectieux existent d'autres problèmes. Souvent coupants ou piquants (seringues, scalpels…), toxiques chimiquement (détergents puissants, médicaments…), parfois radioactifs, il n'est pas rare qu'un même déchet d'activités de soins présente à lui seul plusieurs risques, ce qui vient corser un peu plus leur gestion. C'est le cas des lames de scalpel usagées, coupantes et potentiellement infectantes.

L'information aux aides-soignantes volontairement omise

Mais ce "flou" dans l'information reçue par le personnel soignant n'excuse pas tout. Certains comportements inquiétants à l'égard des déchets dans les services de chimiothérapie, où les produits utilisés sont pourtant particulièrement dangereux, ont été épinglés par la Drass (2) Pays-de-la-Loire. Par exemple, l'information aux aides-soignantes est volontairement omise (en violation totale du code du travail) au prétexte qu' "elles pourraient paniquer" ou encore, on utilise des sacs plastiques pour jeter les aiguilles souillées tandis que le verre contenant des restes de produit chimiothérapique est envoyé au recyclage…


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Marie Lescroart

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