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JUIN 2002

 

Interview
Pr Catherine Lubetzki

 

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"Nous commençons à comprendre les mécanismes de la maladie"
Professeur de neurologie à l’hôpital La Pitié-Salpêtrière de Paris, Catherine Lubetzki préside également le Comité médico-scientifique de l’Association pour la recherche sur la sclérose en plaques. Elle fait le point sur les traitements en cours et les perspectives d’avenir.

 

 

 

ALTERNATIVE SANTÉ - L’Impatient: quel est le rôle et les limites de l’interféron-bêta dans le traitement de la SEP ? Existe-t-il d’autres traitements ?

Pr Catherine Lubetzki : Les interférons sont des immuno-modulateurs, c’est-à-dire qu’ils interviennent sur la réponse immunitaire en favorisant l’action anti-inflammatoire d’une classe de lymphocytes (les Th2) qui contre-balancent l’effet destructeur d’autres lymphocytes (les Th1). Ils réduisent de 30 % la fréquence des poussées dans les formes rémittentes de sclérose en plaques (celles avec poussées). Une autre stratégie immuno-modulatrice consiste à utiliser une molécule synthétique proche d’une protéine de la myéline (la copaxone) qui sert de leurre, le système immunitaire l’attaque comme il le ferait pour la myéline. Là encore on enregistre une diminution de 30 % de la fréquence des poussées des formes rémittentes de SEP. Dans certaines formes très inflammatoires, on peut avoir recours à la mitoxantrone, utilisée par ailleurs en cancérologie mais dont la toxicité pour le cœur limite la prescription. Dans les formes progressives de la maladie, l’efficacité des interférons n’a pas été demontrée. Elle est à l’étude.

Ces différentes formes de SEP ne signifient-elles pas que nous sommes en face de maladies différentes ?

La question se pose en effet. De même nous savons désormais que certaines lésions de myéline s’accompagnent d’une destruction des oligodendrocytes, les cellules qui fabriquent la myéline, alors que dans d’autres cas les oligodendrocytes restent préservés. Autre interrogation, certains patients présentent une bonne capacité de réparation de leur myéline, d’autres non.

Vous travaillez sur les stratégies de remyélinisation, pouvez-vous nous préciser cette approche ?

Il existe en la matière plusieurs recherches plus ou moins avancées. La première consiste à utiliser des facteurs de croissance pour stimuler la fabrication de myéline. La seconde vise à utiliser des molécules chimiques promyélinisantes. Dans ces deux cas, des expérimentations sur l’animal sont actuellement en cours. On songe également à greffer des cellules près des lésions, le problème est de savoir quel type de cellules utiliser et où les implanter. Des études sur animal ont abouti, mais on ne sait pas si leurs résultats sont extrapolables à l’homme. Aux États-Unis, deux patients ont subi des greffes de cellules de Schwann, obtenues par biopsie d’un nerf périphérique. Cet essai a suscité une vive réflexion au sein de la communauté médicale européenne et nous avons estimé qu’il était trop tôt pour aller dans cette voie, nous manquions de pré-requis sur le sujet. D’autres chercheurs s’intéressent à éviter la souffrance de l’axone (le prolongement de la cellule nerveuse) quand il n’est plus protégé par sa gaine de myéline, en mettant au point des molécules neuro-protectrices. Voilà les voies de recherche actuelles sur la remyélinisation.

Une guérison est-elle envisageable dans un avenir proche ?

Nous n’en sommes pas là. Nous commençons à comprendre les mécanismes de la maladie, son processus de réparation et à entrevoir de nouvelles cibles thérapeutiques. Il s’agit d’une maladie capricieuse qui rend difficile la constitution de populations de malades homogènes pour réaliser des essais thérapeutiques. Sauf à travailler au niveau européen ou international dans le cadre d’études multicentriques c’est-à-dire réalisées dans différents centres hospitaliers.

Propos recueillis par Cécile Baudet

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