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aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
La
sclérose en plaques est une maladie imprévisible,
capricieuse, parfois gravement invalidante et inguérissable.
60 000 personnes y sont confrontées.
Décrite
dès 1868 par le célèbre Jean-Martin Charcot,
la sclérose en plaques (SEP) fait partie des maladies neurologiques.
Elle concerne tout particulièrement des sujets en pleine
force de l’âge (la maladie débute souvent vers 30
ans, rarement avant 20 ou après 50 ans) et deux fois plus
souvent les femmes que les hommes. On en ignore encore la cause,
mais on sait qu’elle affecte la myéline, une substance
blanche, riche en lipides, qui forme une gaine autour des fibres
nerveuses (encore appelées axones). Détruite de
place en place, la myéline ne protège plus les axones
qui transmettent alors moins bien, et à l’extrême
plus du tout, les influx nerveux. Selon la localisation de la
lésion, la SEP occasionnera des troubles (et pertes) de
sensibilité et/ou de motricité. Leur importance
dépendra de la taille de la destruction.
Précision
utile, la myéline possède (jusqu’à un certain
point) la faculté de se régénérer,
les lésions peuvent alors "cicatriser" et les
troubles disparaître sans laisser de trace…, en attendant
la prochaine poussée. C’est ainsi que l’on nomme les épisodes
consécutifs aux attaques de démyélinisation.
Autrement dit, la sclérose en plaques est une maladie qui
évolue par poussées, entrecoupées de périodes
de répit durant lesquelles les malades récupèrent
tout ou partiellement de leurs troubles. Ces trois variables :
intensité des poussées, durée des répits
et capacité de résolution permettent de distinguer
schématiquement trois formes de maladie: la première
se caractérise par des poussées nettes et une récupération
à chaque fois complète ou presque (on parle de forme
rémittente avec poussées); la troisième est
dite progressive d’emblée (peu de répits et handicap
de plus en plus important) ; entre les deux une forme dite secondaire
progressive (les poussées se succèdent de façon
assez rapprochée sans récupération complète).
Formes
voisines mais différentes
Cette
classification, aussi approximative soit-elle, sert à établir
les groupes de malades nécessaires à l’étude
de la maladie, à l’expérimentation des traitements
et à la prescription des médicaments. On s’interroge
d’ailleurs sur la possibilité pour ces trois formes de
SEP de correspondre à des maladies voisines mais différentes,
au moins quant à leur origine. Si on ne connaît pas
actuellement l’agent initial causal de la SEP, les chercheurs
étudient trois pistes. Il pourrait s’agir d’une maladie
virale acquise dans l’enfance ou l’adolescence et qui se réactiverait
ultérieurement. De nombreux virus et rétrovirus
ont été passés au crible, sans résultat
pour l’instant. Un dérèglement du système
immunitaire fait également partie des hypothèses,
on entrerait alors dans le domaine des maladies auto-immunes.
Troisième piste, celle des facteurs génétiques,
les cas familiaux de SEP étant plus nombreux que ne le
voudrait la coïncidence. On a éliminé le principe
d’un gène de déclenchement pour s’orienter vers
un terrain de susceptibilité porté par plusieurs
gènes.
Disparaissant
aussi soudainement qu’ils sont apparus, les premiers signes de
sclérose en plaques passent parfois inaperçus ou
ne durent pas suffisamment pour inquiéter. Il peut s’agir
de troubles de la motricité touchant les extrémités
qui se traduisent par des faiblesses musculaires ou des raideurs
inhabituelles, accompagnées ou non de difficultés
à coordonner
les mouvements. La démyélinisation peut toucher
les fibres sensitives, faisant naître des sensations de
fourmillements (appelées paresthésies), ou d’écoulement
le long des membres, et une diminution de la sensibilité
du toucher au chaud et au froid. Il arrive que des problèmes
de vision surviennent : baisse de l’acuité visuelle (très
importante et rapide), mauvaise reconnaissance des couleurs, et
parfois vision double, tout cela dû à une inflammation
des nerfs optiques (névrite optique rétrobulbaire).
Des problèmes urinaires sont le lot de beaucoup de malades.
Stéphane par exemple, jeune homme de 19 ans, qui venait
tout juste d’intégrer une école d’ingénieurs,
s’est trouvé face à une paralysie de son bras gauche
(or il était gaucher) l’empêchant d’écrire
et de s’alimenter aisément. Maëlle, 20 ans, s’est
inquiétée, elle, de voir tout à coup double
sans raison.
Chez
l’un comme chez l’autre, le diagnostic n’a pas pu être posé
d’emblée, les problèmes rencontrés s’étant
résolus plus ou moins rapidement. C’est la réapparition
de ces symptômes à l’occasion d’une infection, d’un
stress, d’un trouble émotionnel, d’une situation de fatigue,
d’une baignade en eau chaude (la chaleur réactive les signes),
ou sans raison évidente, qui oriente le diagnostic, à
confirmer par les examens. D’une part, l’imagerie par résonance
magnétique (IRM) permet d’observer dans le cerveau et la
moelle épinière la présence de plaques au
niveau de la substance blanche. D’autre part l’analyse du liquide
céphalo-rachidien après ponction lombaire objective
des signes d’inflammation (augmentation de lymphocytes type CD4
considérés comme des activateurs du système
immunitaire et diminution du nombre de CD8, lymphocytes antagonistes
des précédents ; présence d’immunoglobulines
ou anticorps). Enfin l’étude de ce que l’on appelle les
potentiels évoqués (Des
électrodes sont placées derrière la tête
–région de l’occiput– et enregistrent l’arrivée
dans cette zone d’un influx nerveux correspondant à la
production d’un signal lumineux)
signale une réduction dans la vitesse de conduction de
l’information.
Les
traitements classiques
Seule
la phase inflammatoire de la maladie, en d’autres termes les poussées,
relève de traitements médicamenteux. En premier
lieu des corticoïdes, comme la méthylprednisolone
(Solumedrol®), qui raccourcissent la durée et l’intensité
de la crise. Sur le long terme il sera proposé un traitement
immuno-modulateur (lire interview page 23) à base d’interféron-bêta.
Pressé par ses proches, Stéphane en a pris pendant
deux ans à raison d’une piqûre tous les deux jours.
"La nuit qui suivait la piqûre, j’avais une forte fièvre,
je faisais des cauchemars, et j’étais complètement
pâteux le lendemain matin. Moi qui étais quelqu’un
de dynamique et d’entreprenant, j’étais comme un "zombi"
un jour sur deux. Mon amie ne supportait pas cette situation,
moi non plus, on s’est séparé. Peu après,
j’ai décidé d’arrêter l’interféron.
J’ai eu une à deux petites crises après cette interruption.
Depuis, plus rien, cela fait deux ans, je suis redevenu moi-même."
Ses études terminées, il lance une société
prestataire de services et happy end : sa compagne est revenue.
Les symptômes décrits par Stéphane, regroupés
sous le terme: syndrome pseudo-grippal, font partie des effets
secondaires connus de l’interféron, dont se plaignent de
nombreux malades. Par ailleurs, l’interféron est contre-indiqué
chez les personnes à tendance dépressive, le produit
pouvant provoquer une accentuation des problèmes et déboucher
sur une tentative de suicide.