Alternative
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aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
En
Italie, la stratégie anticancéreuse du Dr Di Bella
continue à entretenir l'espoir des malades et à
faire l'objet de vives polémiques.
Rome,
18 septembre 1997. Des milliers de personnes atteintes de cancers
manifestent devant le ministère italien de la Santé
pour réclamer le libre choix thérapeutique et l'accès
gratuit à la MDB (multithérapie du Dr Luigi Di Bella),
à base de mélatonine, de somatostatine, d'un sirop
de rétinoïdes et de vitamines, de bromocriptine et
selon les cancers, d'autres molécules comme la cyclophosphamide
ou l'hydroxyurée.
Cette
thérapie aurait pu rester dans l'ombre et n'être
connue que par le bouche à oreille si son coût exorbitant
n'avait poussé les malades à tenter d'en faire reconnaître
l'efficacité pour en obtenir le remboursement. Trois mois
après la manifestation, un magistrat d'une cour de justice
d'une petite ville du sud de l'Italie met le feu aux poudres en
obligeant le système sanitaire national à prendre
en charge la MDB pour un enfant de deux ans atteint d'une tumeur
au cerveau.
En
janvier 1998, le ministère de la Santé se voit contraint
de proposer l'expérimentation de la thérapie du
Dr Di Bella. Ce qui est approuvé par le Parlement italien
en février de la même année, une mesure d'ordre
politique qui explique la rapidité avec laquelle l'expérimentation
sera lancée et réalisée.
Moins
de 6 mois seront nécessaires pour nommer un groupe d'études
de la MDB (22 experts italiens : un hématologue, un pharmacologue
et divers oncologues), trouver 386 volontaires (atteints de différents
cancers et à différents stades), expérimenter
le traitement, analyser les résultats et rédiger
un rapport.
En juillet 1998, le verdict tombe: négatif. La MDB, conclut
le rapport, "ne soigne pas les cancers, pas davantage chez
des patients n'ayant jamais été traités par
chimiothérapie, et elle ne permet pas non plus à
des patients en condition très critique de profiter de
quelconques effets positifs ". Sauf peut-être chez
un petit groupe de malades atteints d'un cancer du pancréas
dont l'état général s'est amélioré,
leur douleur diminuant. De plus les effets secondaires de la MDB
ne permettent pas de la classer parmi les thérapies douces,
"même si ceux-ci n'ont rien à voir avec les
effets indésirables provoqués par la chimiothérapie
classique", admet Roberto Raschetti, épidémiologiste
de l'Institut supérieur de santé italien et membre
du groupe d'étude de la MDB.
Des
prescriptions adaptées au malade
Loin
de mettre fin à la polémique, l'expérimentation
de la médecine du Dr Di Bella par les autorités
médicales italiennes subit le feu des critiques. De l'utilisation
de fioles de rétinoïdes périmées, à
la présence anormale d'acétone dans d'autres, en
passant par le recrutement d'un nombre jugé trop important
de malades terminaux ou par des modes opératoires inadaptés
(absence de temporisateur permettant l'administration sous-cutanée
de somatostatine en continu pendant douze heures), les sujets
de mécontentement se multiplient.
Pour Pino Maccarani, vice-président de l'Association des
malades néoplasiques, ces essais ne permettent aucune conclusion
: il aurait fallu comparer la MDB à un placebo (substance
inactive que l'on substitue au médicament testé
à l'insu du malade), ou au traitement classique. Luigi
Di Bella va plus loin. Selon lui, la thérapie testée
n'est pas la MDB : les prescriptions ont été standardisées
alors que lui les adapte au malade et à l'évolution
de la maladie. Enfin, l'efficacité du traitement a été
évaluée en mesurant la masse tumorale, à
partir du moment où celle-ci diminuait au moins de moitié.
Alors que ce n'est pas le but de la MDB qui se propose de faire
cesser la croissance tumorale et d'améliorer l'état
général du patient pour l'aider à mieux cohabiter
avec sa tumeur le temps que l'environnement biologique devienne
propice à l'autodestruction des cellules cancéreuses
(phénomène appelé classiquement apoptose).
Critiques
injustifiées
Pour
Roberto Raschetti, toutes ces critiques sont injustifiées
: le pourcentage de malades en phase critique ne dépassait
pas 18 %. Et s'agissant d'une expérimentation de phase
II, il était normal de ne pas la comparer à un placebo
ou à un traitement classique car cela n'intervient qu'en
phase III. En ce qui concerne le recrutement des volontaires,
Simon Schraub, directeur du centre oncologique de Strasbourg explique
le dilemme : "Si l'on teste des traitements anticancéreux
sur des patients très atteints on risque de passer à
côté d'une efficacité. Mais il est difficile
de tester ces médicaments chez des patients pour lesquels
il existe une thérapie à l'efficacité prouvée
car on risque de leur faire perdre une chance de se soigner. C'est
tout le problème du placebo. Le placebo n'est éthique
que s'il n'existe aucune autre thérapeutique active. Donc
s'il n'existe pas d'alternative, je suis pour un test contre placebo
: cela permet au moins de savoir si les effets secondaires sont
imputables à la maladie ou aux médicaments."
Sur un point la médecine classique et les "Di Belliens"
tombent d'accord : celui du critère d'évaluation
des traitements anticancéreux. Comme l'admet Simon Schraub
: "La réduction tumorale n'est pas forcément
corrélée à une augmentation de survie, ce
critère est donc très discutable. En fait, seuls
deux critères sont réellement valables : l'augmentation
de la durée de vie et de la qualité de vie."