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JUILLET-AOUT 2002

 

Cancer
La thérapie Di Bella

Juillet-Août 2002

 

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En Italie, la stratégie anticancéreuse du Dr Di Bella continue à entretenir l'espoir des malades et à faire l'objet de vives polémiques.

 

 

 

Rome, 18 septembre 1997. Des milliers de personnes atteintes de cancers manifestent devant le ministère italien de la Santé pour réclamer le libre choix thérapeutique et l'accès gratuit à la MDB (multithérapie du Dr Luigi Di Bella), à base de mélatonine, de somatostatine, d'un sirop de rétinoïdes et de vitamines, de bromocriptine et selon les cancers, d'autres molécules comme la cyclophosphamide ou l'hydroxyurée.

Cette thérapie aurait pu rester dans l'ombre et n'être connue que par le bouche à oreille si son coût exorbitant n'avait poussé les malades à tenter d'en faire reconnaître l'efficacité pour en obtenir le remboursement. Trois mois après la manifestation, un magistrat d'une cour de justice d'une petite ville du sud de l'Italie met le feu aux poudres en obligeant le système sanitaire national à prendre en charge la MDB pour un enfant de deux ans atteint d'une tumeur au cerveau.

En janvier 1998, le ministère de la Santé se voit contraint de proposer l'expérimentation de la thérapie du Dr Di Bella. Ce qui est approuvé par le Parlement italien en février de la même année, une mesure d'ordre politique qui explique la rapidité avec laquelle l'expérimentation sera lancée et réalisée.

Moins de 6 mois seront nécessaires pour nommer un groupe d'études de la MDB (22 experts italiens : un hématologue, un pharmacologue et divers oncologues), trouver 386 volontaires (atteints de différents cancers et à différents stades), expérimenter le traitement, analyser les résultats et rédiger un rapport.
En juillet 1998, le verdict tombe: négatif. La MDB, conclut le rapport, "ne soigne pas les cancers, pas davantage chez des patients n'ayant jamais été traités par chimiothérapie, et elle ne permet pas non plus à des patients en condition très critique de profiter de quelconques effets positifs ". Sauf peut-être chez un petit groupe de malades atteints d'un cancer du pancréas dont l'état général s'est amélioré, leur douleur diminuant. De plus les effets secondaires de la MDB ne permettent pas de la classer parmi les thérapies douces, "même si ceux-ci n'ont rien à voir avec les effets indésirables provoqués par la chimiothérapie classique", admet Roberto Raschetti, épidémiologiste de l'Institut supérieur de santé italien et membre du groupe d'étude de la MDB.

Des prescriptions adaptées au malade

Loin de mettre fin à la polémique, l'expérimentation de la médecine du Dr Di Bella par les autorités médicales italiennes subit le feu des critiques. De l'utilisation de fioles de rétinoïdes périmées, à la présence anormale d'acétone dans d'autres, en passant par le recrutement d'un nombre jugé trop important de malades terminaux ou par des modes opératoires inadaptés (absence de temporisateur permettant l'administration sous-cutanée de somatostatine en continu pendant douze heures), les sujets de mécontentement se multiplient.
Pour Pino Maccarani, vice-président de l'Association des malades néoplasiques, ces essais ne permettent aucune conclusion : il aurait fallu comparer la MDB à un placebo (substance inactive que l'on substitue au médicament testé à l'insu du malade), ou au traitement classique. Luigi Di Bella va plus loin. Selon lui, la thérapie testée n'est pas la MDB : les prescriptions ont été standardisées alors que lui les adapte au malade et à l'évolution de la maladie. Enfin, l'efficacité du traitement a été évaluée en mesurant la masse tumorale, à partir du moment où celle-ci diminuait au moins de moitié. Alors que ce n'est pas le but de la MDB qui se propose de faire cesser la croissance tumorale et d'améliorer l'état général du patient pour l'aider à mieux cohabiter avec sa tumeur le temps que l'environnement biologique devienne propice à l'autodestruction des cellules cancéreuses (phénomène appelé classiquement apoptose).

Critiques injustifiées

Pour Roberto Raschetti, toutes ces critiques sont injustifiées : le pourcentage de malades en phase critique ne dépassait pas 18 %. Et s'agissant d'une expérimentation de phase II, il était normal de ne pas la comparer à un placebo ou à un traitement classique car cela n'intervient qu'en phase III. En ce qui concerne le recrutement des volontaires, Simon Schraub, directeur du centre oncologique de Strasbourg explique le dilemme : "Si l'on teste des traitements anticancéreux sur des patients très atteints on risque de passer à côté d'une efficacité. Mais il est difficile de tester ces médicaments chez des patients pour lesquels il existe une thérapie à l'efficacité prouvée car on risque de leur faire perdre une chance de se soigner. C'est tout le problème du placebo. Le placebo n'est éthique que s'il n'existe aucune autre thérapeutique active. Donc s'il n'existe pas d'alternative, je suis pour un test contre placebo : cela permet au moins de savoir si les effets secondaires sont imputables à la maladie ou aux médicaments."
Sur un point la médecine classique et les "Di Belliens" tombent d'accord : celui du critère d'évaluation des traitements anticancéreux. Comme l'admet Simon Schraub : "La réduction tumorale n'est pas forcément corrélée à une augmentation de survie, ce critère est donc très discutable. En fait, seuls deux critères sont réellement valables : l'augmentation de la durée de vie et de la qualité de vie."

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Adélaïde Robert

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