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JUILLET-AOUT 2002

 

Recentré sur l'essentiel

Juillet-Août 2002

 

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Au quêteur d'absolu le désert offre des émotions indicibles. Sa pureté quasi originelle n'a d'égale que l'âpre beauté de ses paysages et celle, empreinte de noblesse, de ses habitants nomades. Fascinant.

 

 

 

"Je vais marcher quinze jours dans le Hoggar, ça vous intéresse ?". Cette proposition formulée par Michel, un ami boulanger bio, devait décider de nos vacances. Elles se passeraient dans le cadre du tourisme équitable, dans le sud de l'Algérie récemment rouvert au tourisme.

Situé à la limite du Mali et du Niger, le Hoggar (point culminant : 2918 mètres) étend sur plusieurs centaines de kilomètres carrés, des regs caillouteux et un erg de dunes, paysage minéral, souvent lunaire, sculpté par le vent. Dépourvu de verdure, accablé de soleil le jour, glacial la nuit, le Hoggar oblige le voyageur à se recentrer sur l'essentiel. L'eau, quand le puits le plus proche est à plusieurs kilomètres et que les oueds (lits sabloneux des rivières) sont à sec, devient un bien rare, dont il faut faire soigneusement provision avant le départ et parcimonieusement usage. La nourriture portée à dos de chameau se réduit par la force des choses aux produits de base : semoule de blé -cuisinée sous forme de pains ou de galettes (taguelas) cuits dans le sable-, fruits secs ou à pelure, un peu de viande séchée, œufs et légumes qui se conservent : carottes, betteraves, courgettes, pois-chiches, épices… pour confectionner des repas simples et frugaux. Sans électricité, les soirées se passent en conversation autour de quelques flammes et de leurs braises (le bois, comme tout, s'économise), enveloppés dans une couverture ou enfouis dans son duvet, en contemplant la voûte céleste jusqu'à ce que le regard perdu dans les étoiles s'embrume puis s'éteigne… Boire, manger, dormir, répondre aux besoins vitaux font office de révélateur : "Ici, commente Michel, on se contente de vivre au quotidien. Cela conduit à un état de dépouillement qui invite à réfléchir à la place des biens de consommation de notre société."

Comme le sable du sablier, le temps s'étire… et s'attend. Chaque matin, après le petit-déjeuner et le rituel du thé, les chameliers se mettent tranquillement en quête de leurs bêtes. Cette recherche peut durer une heure, car, bien que partiellement entravés, les méharés (les chameaux) s'écartent du campement durant la nuit, pour aller brouter quelques rares feuilles d'acacias. Revenus avec leurs montures, les chameliers les harnachent, équilibrant et ficelant sur leur unique bosse, bagages, bois, objets de campement divers et autres ustensiles, le tout pesant jusqu'à plusieurs dizaines de kilos. La caravane va démarrer. Il faut laisser aux choses le temps de s'accomplir à leur rythme. En attendant, on lit, on se repose, on regarde, on médite, on écrit, on photographie… Agir sans hâte, est la leçon du désert.

Il faut aussi apprivoiser le silence. La chaleur, la sécheresse réduisent à minima l'expression de la vie. Les animaux sont rares, le vent souffle constamment mais ne rencontre pas d'obstacles. Comme s'ils devaient fonctionner à l'économie, les Touaregs ont le geste lent, la marche tranquille, le pas égal, le verbe économe (sauf le soir au bivouac). Hormis le moment où on les batte, car là, oui, ils blatèrent haut et fort, les "vaisseaux du désert" (les chameaux) vont, en silence de dunes en sommets, à la même allure, que l'on monte ou descende. À avancer avec eux, force est de s'adapter, sans courir ni faiblir, de se taire et se laisser envelopper par l'immensité de l'espace. Dans les dunes, cette sensation se renforce, le sable, comme la neige, étouffant tous les bruits.

Une infime partie de l'univers

Nous ne sommes que de passage, tout comme les premiers hommes qui ont gravé leur histoire dans la pierre du Hoggar. Ils y ont montré leurs chasses, bœufs et cervidés foisonnaient alors, les girafes et les éléphants fréquentaient aussi ces lieux il y a quelques milliers d'années. Ils ont disparu aujourd'hui, balayés par quelque revers glaciaire ou autre changement climatique. "Le désert, explique Jean, 78 ans, géologue de formation et découvreur infatigable, est un livre d'histoire grand ouvert. Le manque de terre arable, de végétation, de constructions…, sa nudité, nous forcent à remonter le temps et à relativiser. Nous ne sommes qu'une infime partie de l'univers, une étincelle de vie dans l'infini de la création."

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Cécile Baudet

 

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