Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Au
quêteur d'absolu le désert offre des émotions
indicibles. Sa pureté quasi originelle n'a d'égale
que l'âpre beauté de ses paysages et celle, empreinte
de noblesse, de ses habitants nomades. Fascinant.
"Je
vais marcher quinze jours dans le Hoggar, ça vous intéresse
?". Cette proposition formulée par Michel, un ami
boulanger bio, devait décider de nos vacances. Elles se
passeraient dans le cadre du tourisme équitable, dans le
sud de l'Algérie récemment rouvert au tourisme.
Situé
à la limite du Mali
et du Niger, le Hoggar (point culminant : 2918 mètres)
étend sur plusieurs centaines de kilomètres carrés,
des regs caillouteux et un erg de dunes, paysage minéral,
souvent lunaire, sculpté par le vent. Dépourvu de
verdure, accablé de soleil le jour, glacial la nuit, le
Hoggar oblige le voyageur à se recentrer sur l'essentiel.
L'eau, quand le puits le plus proche est à plusieurs kilomètres
et que les oueds (lits sabloneux des rivières) sont à
sec, devient un bien rare, dont il faut faire soigneusement provision
avant le départ et parcimonieusement usage. La nourriture
portée à dos de chameau se réduit par la
force des choses aux produits de base : semoule de blé
-cuisinée sous forme de pains ou de galettes (taguelas)
cuits dans le sable-, fruits secs ou à pelure, un peu de
viande séchée, ufs et légumes qui se
conservent : carottes, betteraves, courgettes, pois-chiches, épices
pour confectionner des repas simples et frugaux. Sans électricité,
les soirées se passent en conversation autour de quelques
flammes et de leurs braises (le bois, comme tout, s'économise),
enveloppés dans une couverture ou enfouis dans son duvet,
en contemplant la voûte céleste jusqu'à ce
que le regard perdu dans les étoiles s'embrume puis s'éteigne
Boire, manger, dormir, répondre aux besoins vitaux font
office de révélateur : "Ici, commente Michel,
on se contente de vivre au quotidien. Cela conduit à un
état de dépouillement qui invite à réfléchir
à la place des biens de consommation de notre société."
Comme
le sable du sablier, le temps s'étire et s'attend.
Chaque matin, après le petit-déjeuner et le rituel
du thé, les chameliers se mettent tranquillement en quête
de leurs bêtes. Cette recherche peut durer une heure, car,
bien que partiellement entravés, les méharés
(les chameaux) s'écartent du campement durant la nuit,
pour aller brouter quelques rares feuilles d'acacias. Revenus
avec leurs montures, les chameliers les harnachent, équilibrant
et ficelant sur leur unique bosse, bagages, bois, objets de campement
divers et autres ustensiles, le tout pesant jusqu'à plusieurs
dizaines de kilos. La caravane va démarrer. Il faut laisser
aux choses le temps de s'accomplir à leur rythme. En attendant,
on lit, on se repose, on regarde, on médite, on écrit,
on photographie Agir sans hâte, est la leçon
du désert.
Il
faut aussi apprivoiser le silence. La chaleur, la sécheresse
réduisent à minima l'expression de la vie. Les animaux
sont rares, le vent souffle constamment mais ne rencontre pas
d'obstacles. Comme s'ils devaient fonctionner à l'économie,
les Touaregs ont le geste lent, la marche tranquille, le pas égal,
le verbe économe (sauf le soir au bivouac). Hormis le moment
où on les batte, car là, oui, ils blatèrent
haut et fort, les "vaisseaux du désert" (les
chameaux) vont, en silence de dunes en sommets, à la même
allure, que l'on monte ou descende. À avancer avec eux,
force est de s'adapter, sans courir ni faiblir, de se taire et
se laisser envelopper par l'immensité de l'espace. Dans
les dunes, cette sensation se renforce, le sable, comme la neige,
étouffant tous les bruits.
Une
infime partie de l'univers
Nous
ne sommes que de passage, tout comme les premiers hommes qui ont
gravé leur histoire dans la pierre du Hoggar. Ils y ont
montré leurs chasses, bufs et cervidés foisonnaient
alors, les girafes et les éléphants fréquentaient
aussi ces lieux il y a quelques milliers d'années. Ils
ont disparu aujourd'hui, balayés par quelque revers glaciaire
ou autre changement climatique. "Le désert, explique
Jean, 78 ans, géologue de formation et découvreur
infatigable, est un livre d'histoire grand ouvert. Le manque de
terre arable, de végétation, de constructions ,
sa nudité, nous forcent à remonter le temps et à
relativiser. Nous ne sommes qu'une infime partie de l'univers,
une étincelle de vie dans l'infini de la création."