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SEPTEMBRE 2002

 
Le cheval qui soigne
Septembre 2002

 

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Le cheval a toujours partagé la vie de l'homme. Depuis quelques années on lui reconnaît des vertus thérapeutiques pour les personnes handicapées ou en souffrance.

 

 

 

"L'équitation à visée thérapeutique ", le terme " équithérapie" étant réservé à une pratique strictement médicale, est née en 1953 de l'initiative d'une kinésithérapeute norvégienne, Elisabeth Bodiker. Elle avait été impressionnée par le courage d'une Danoise, Blixen Finecke, championne de dressage, malheureusement victime d'une poliomyélite en 1943. Refusant de finir son existence en fauteuil roulant, la jeune Danoise reprend le chemin des manèges et décide de remonter à cheval. L'inconcevable se produit : elle retrouve peu à peu sa sensibilité et une motricité telle, qu'elle décroche en 1952 une médaille d'argent aux J.O. d'Helsinki.

Forte de cet exemple, Elisabeth Bodiker crée, l'année suivante, son mouvement qui gagnera ensuite l'Angleterre puis la France où, en 1970, naît l'association Handi-Cheval ; elle compte aujourd'hui environ 100000 pratiquants. Un chiffre certainement bien en dessous de la réalité puisque beaucoup ne possèdent pas de licence et ne sont donc pas comptabilisés.

Quentin, Daniel, Audrey et les autres

Acquérir de l'autonomie et de la confiance en soi, apprendre à dominer ses pulsions, son agressivité, à se contrôler, à surmonter ses échecs, ainsi que ses troubles psychomoteurs, autant de progrès rendus possibles par le contact avec le cheval, et sa maîtrise…
Quentin est trisomique, à 10 ans il ne s'exprime pas beaucoup. Mais juché sur son poney, c'est un tout autre petit bonhomme : son visage s'éclaire, il aime montrer non sans fierté ce qu'il sait faire, par exemple aller au galop. Il écoute avec attention toutes les recommandations de la monitrice et sans trop se décourager exécute les exercices demandés. Ses yeux brillent pendant toute la séance… la joie se lit sur son visage. Il ne cesse de flatter et de caresser son poney avec lequel la complicité est totale et grâce auquel il a trouvé confiance en lui. Devant un tel épanouissement, son père s'est mis, lui aussi à l'équitation, prochainement il espère emmener Quentin en randonnée et partager des grands moments de bonheur intense.
Pour Daniel également, la quarantaine épanouie, ancien chauffeur routier aujourd'hui contraint de porter une prothèse à une jambe, l'équitation a été une révélation : " Après avoir lu un article dans la presse, je me suis dit que je devais absolument essayer, raconte-t-il. C'est seulement ma troisième séance et j'ai l'impression d'avoir fait de l'équitation toute ma vie." Sur le dos de Philou un magnifique comtois, qu'il appelle son Concorde, il retrouve des sensations perdues et oublie pour un temps sa prothèse. "Je suis de nouveau un peu en hauteur, comme lorsque j'étais dans mon poids lourd. J'ai trouvé un nouvel équilibre, cela me rassure sur moi-même. Je n'en reviens pas, j'ai réussi à descendre seul et à sauter à terre, sur mes deux pieds " clame-t-il avec fierté. Une petite phrase qui en dit long sur son besoin de réapprendre à vivre avec un corps différent.
Chaque séance est un défi et un nouvel enrichissement aussi pour Audrey qui s'est réhabituée, après la maladie, à sortir de chez elle et… à mémoriser la date de la séance. Pour une autre petite fille qui ne dansera plus jamais, être à cheval, c'est sa façon à elle de devenir danseuse étoile. Il est même des phénomènes extraordinaires, comme ces deux femmes corsetées, qui, une fois sur le dos de l'animal, ôtent leur corset et parviennent à tenir seule, ce qui leur est impossible à terre. Généralement les élèves-cavaliers ne sont jamais en retard, ils arrivent plutôt une demi-heure avant la séance et rôdent dans les boxes, impatients de connaître le nom de la monture qui leur est attribuée. Certains sont capables de seller leur cheval, d'autres se contentent de caresser l'animal. Même ce geste n'est pas anodin, il faut parfois des mois pour y parvenir et apprivoiser enfin sa peur.
Au bout d'une heure de contact étroit avec le cheval, la séparation est parfois douloureuse. Le regret se lit sur les visages : tous ces cavaliers étaient si heureux de s'évader et d'accéder à un espace de liberté dans lequel ils ne se sentaient pas jugés, mais respectés.

Restructuration du corps

Le cheval favorise chez la personne handicapée une restructuration mentale du corps vécu et imaginaire, ce que Françoise Dolto appelle " l'image inconsciente du corps ".
La monte à cru est largement employée, car c'est la seule façon de ressentir la chaleur douce de l'animal et de se laisser bercer, ce que l'on appelle le " holding", en français le maternage. Le cheval en longe (tenue en main par un moniteur) fait découvrir en toute sécurité les différentes allures et ainsi favorise la réorganisation tonique, la prise de conscience d'un axe corporel, des différentes parties du corps… En voltige sont passées en revue les étapes du développement psychomoteur : couché, assis, à genoux…
L'animal facilite chez les autistes l'accès au monde réel, car il est capable lui aussi de communiquer des émotions, des sentiments, sans l'aide des mots, en respectant scrupuleusement le silence intérieur de son cavalier. Selon le psychologue Jean-Luc Fabre, " le cheval oblige le sujet à s'adapter à la réalité de son identité physique, psychologique, à son caractère… Il conduit le cavalier à le respecter, pour que celui-ci sauvegarde sa sécurité, son équilibre… Les individus se trouvent ainsi confrontés à un groupe social, le centre équestre, dont ils devront respecter les règles et les membres, ce qui est un autre élément de leur intégration sociale "...

Un encadrement assuré par des professionnels

Une pratique très ouverte

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Hélène Dorey

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