Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Le
cheval a toujours partagé la vie de l'homme. Depuis quelques
années on lui reconnaît des vertus thérapeutiques
pour les personnes handicapées ou en souffrance.
"L'équitation
à visée thérapeutique ", le terme "
équithérapie" étant réservé
à une pratique strictement médicale, est née
en 1953 de l'initiative d'une kinésithérapeute norvégienne,
Elisabeth Bodiker. Elle avait été impressionnée
par le courage d'une Danoise, Blixen Finecke, championne de dressage,
malheureusement victime d'une poliomyélite en 1943. Refusant
de finir son existence en fauteuil roulant, la jeune Danoise reprend
le chemin des manèges et décide de remonter à
cheval. L'inconcevable se produit : elle retrouve peu à peu
sa sensibilité et une motricité telle, qu'elle décroche
en 1952 une médaille d'argent aux J.O. d'Helsinki.
Forte
de cet exemple, Elisabeth Bodiker crée, l'année
suivante, son mouvement qui gagnera ensuite l'Angleterre puis
la France où, en 1970, naît l'association Handi-Cheval
; elle compte aujourd'hui environ 100000 pratiquants. Un chiffre
certainement bien en dessous de la réalité puisque
beaucoup ne possèdent pas de licence et ne sont donc pas
comptabilisés.
Quentin,
Daniel, Audrey et les autres
Acquérir
de l'autonomie et de la confiance en soi, apprendre à dominer
ses pulsions, son agressivité, à se contrôler,
à surmonter ses échecs, ainsi que ses troubles psychomoteurs,
autant de progrès rendus possibles par le contact avec
le cheval, et sa maîtrise
Quentin est trisomique, à 10 ans il ne s'exprime pas beaucoup.
Mais juché sur son poney, c'est un tout autre petit bonhomme
: son visage s'éclaire, il aime montrer non sans fierté
ce qu'il sait faire, par exemple aller au galop. Il écoute
avec attention toutes les recommandations de la monitrice et sans
trop se décourager exécute les exercices demandés.
Ses yeux brillent pendant toute la séance la joie
se lit sur son visage. Il ne cesse de flatter et de caresser son
poney avec lequel la complicité est totale et grâce
auquel il a trouvé confiance en lui. Devant un tel épanouissement,
son père s'est mis, lui aussi à l'équitation,
prochainement il espère emmener Quentin en randonnée
et partager des grands moments de bonheur intense.
Pour Daniel également, la quarantaine épanouie,
ancien chauffeur routier aujourd'hui contraint de porter une prothèse
à une jambe, l'équitation a été une
révélation : " Après avoir lu un article
dans la presse, je me suis dit que je devais absolument essayer,
raconte-t-il. C'est seulement ma troisième séance
et j'ai l'impression d'avoir fait de l'équitation toute
ma vie." Sur le dos de Philou un magnifique comtois, qu'il
appelle son Concorde, il retrouve des sensations perdues et oublie
pour un temps sa prothèse. "Je suis de nouveau un
peu en hauteur, comme lorsque j'étais dans mon poids lourd.
J'ai trouvé un nouvel équilibre, cela me rassure
sur moi-même. Je n'en reviens pas, j'ai réussi à
descendre seul et à sauter à terre, sur mes deux
pieds " clame-t-il avec fierté. Une petite phrase
qui en dit long sur son besoin de réapprendre à
vivre avec un corps différent.
Chaque séance est un défi et un nouvel enrichissement
aussi pour Audrey qui s'est réhabituée, après
la maladie, à sortir de chez elle et à mémoriser
la date de la séance. Pour une autre petite fille qui ne
dansera plus jamais, être à cheval, c'est sa façon
à elle de devenir danseuse étoile. Il est même
des phénomènes extraordinaires, comme ces deux femmes
corsetées, qui, une fois sur le dos de l'animal, ôtent
leur corset et parviennent à tenir seule, ce qui leur est
impossible à terre. Généralement les élèves-cavaliers
ne sont jamais en retard, ils arrivent plutôt une demi-heure
avant la séance et rôdent dans les boxes, impatients
de connaître le nom de la monture qui leur est attribuée.
Certains sont capables de seller leur cheval, d'autres se contentent
de caresser l'animal. Même ce geste n'est pas anodin, il
faut parfois des mois pour y parvenir et apprivoiser enfin sa
peur.
Au bout d'une heure de contact étroit avec le cheval, la
séparation est parfois douloureuse. Le regret se lit sur
les visages : tous ces cavaliers étaient si heureux de
s'évader et d'accéder à un espace de liberté
dans lequel ils ne se sentaient pas jugés, mais respectés.
Restructuration
du corps
Le
cheval favorise chez la personne handicapée une restructuration
mentale du corps vécu et imaginaire, ce que Françoise
Dolto appelle " l'image inconsciente du corps ".
La monte à cru est largement employée, car c'est
la seule façon de ressentir la chaleur douce de l'animal
et de se laisser bercer, ce que l'on appelle le " holding",
en français le maternage. Le cheval en longe (tenue en
main par un moniteur) fait découvrir en toute sécurité
les différentes allures et ainsi favorise la réorganisation
tonique, la prise de conscience d'un axe corporel, des différentes
parties du corps En voltige sont passées en revue
les étapes du développement psychomoteur : couché,
assis, à genoux
L'animal facilite chez les autistes l'accès au monde réel,
car il est capable lui aussi de communiquer des émotions,
des sentiments, sans l'aide des mots, en respectant scrupuleusement
le silence intérieur de son cavalier. Selon le psychologue
Jean-Luc Fabre, " le cheval oblige le sujet à s'adapter
à la réalité de son identité physique,
psychologique, à son caractère Il conduit
le cavalier à le respecter, pour que celui-ci sauvegarde
sa sécurité, son équilibre Les individus
se trouvent ainsi confrontés à un groupe social,
le centre équestre, dont ils devront respecter les règles
et les membres, ce qui est un autre élément de leur
intégration sociale "...