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SEPTEMBRE 2002

 
Ne plus souffrir
Septembre 2002

 

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"La douleur humilie et fait perdre à l'homme sa dignité". À eux seuls, ces mots, prononcés par Simone Veil le 19 juin dernier au Sénat, lors du lancement de la nouvelle campagne de l'Association pour le contrôle de la douleur des patients, justifient toutes les actions entreprises pour la combattre.

 

 

 

Quand on parle de douleurs inutiles, sous-entend-on qu'il en est d'utiles ? La réponse est oui ! Imaginons un instant que le froid, le chaud, les piqûres, les morsures… ne suscitent aucune réaction douloureuse, notre survie même serait menacée, nous ne saurions pas nous protéger de l'environnement extérieur. La douleur aiguë exerce une fonction de sentinelle, elle alerte par exemple du danger de garder la main sur le feu et entraîne un réflexe d'évitement. Elle attire également l'attention sur l'endroit où il se passe quelque chose d'anormal : le ventre, l'oreille, les dents… et en ce sens, elle est un élément essentiel du diagnostic médical !

Ces deux rôles remplis, elle n'a plus d'utilité. Au contraire, elle est néfaste, quand, devenant chronique, elle diminue la capacité de l'individu à surmonter la souffrance et donc abaisse sa confiance en ses possibilités. Pire, elle isole peu à peu la personne de son entourage : celle-ci se sent incomprise, différente, peu encline à établir des contacts sociaux. Surtout, son caractère lancinant peut finir par rendre agressif l'être le plus calme. Pour toutes ces raisons, et celle avancée par Simone Veil -ancienne ministre-, la douleur chronique ne doit plus être niée ni ignorée!
Sa négation est d'autant plus facile qu'elle ne se prête pas à la mesure comme par exemple celle de la tension artérielle, effectuée à l'aide d'un appareil soigneusement étalonné,
qui permet d'apprécier l'état de la personne à l'aune d'une normalité préalablement établie. La douleur s'appréhende, se décrit avec force adverbes et images. Ainsi dit-on :
" J'ai mal… atrocement, intensément, beaucoup, un peu, davantage, moins… Ou cela me fait comme un coup d'épée, de marteau… on dirait un grincement de porte, une scie, une vrille, un déchirement, un étau qui…"

Écouter les malades

Difficulté supplémentaire, il existe une extrême variabilité de réactions en réponse à une douleur identique. Par exemple plusieurs individus soumis à une piqûre exécutée avec le même instrument, au même endroit précis de leur anatomie, auront chacun un ressenti différent, leur plainte ne sera pas la même. Outre le phénomène physiologique à l'origine de la douleur, celle-ci a une mémoire affective qui donne à son expression une coloration unique. De même notre psychologie lui confère un sens qui la rend plus ou moins supportable. Enfin, elle s'inscrit dans un contexte culturel et social qui, la magnifiant parfois, rend son expression difficile à moins de passer pour une " mauviette ".
Mais le fait qu'on ne puisse pas la mesurer n'empêche pas la douleur d'exister. Une fois acceptée, il reste une seule solution pour l'approcher au mieux, et en apprécier l'intensité: la parole du malade. Et là, miracle, la douleur devient objectivable. Si on propose à une personne qui se plaint de quantifier sur une échelle d'évaluation son mal en le notant (de 1 à 10) ou en le qualifiant (de insupportable à supportable), on se rend compte que le score établi suit très fidèlement le temps d'action d'un traitement antalgique (contre la douleur): il diminue quand l'antalgique commence à agir et augmente quand son efficacité disparaît.
Cette objectivation de la douleur, qui passe par la confiance en ce que dit le malade, constitue une petite révolution dans le domaine médical et pourrait modifier de façon définitive la relation médecin-patient (pour l'anecdote, rappelons que le mot patient vient de la racine latine " pati " qui signifie justement " souffrir ").
" Croire le malade quand il dit "j'ai mal" est un principe fondamental pour nous médecins, insiste le Pr Patrice Queneau, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. L'enseignement de l'évaluation et du traitement de la douleur devrait faire partie de notre formation clinique."
Et c'est bien là le drame, selon que l'on habite ou non dans un département où existe une consultation antidouleur, que l'on arrive en urgence dans un établissement qui a mis en place un plan antidouleur, que l'on tombe entre les mains expertes d'une personne sensible et bien formée, ou qu'un anesthésiste exerce à plein temps dans le service…, la plainte a plus ou moins de chance d'être entendue et la douleur prévenue et soignée.

Les raisons en sont nombreuses. Comme médecin on ne se fait guère un nom en s'intéressant à la douleur de ses malades, exceptés les rhumatologues, les neurologues, les anesthésistes-réanimateurs, les cancérologues ont été les premiers à mettre la lutte antidouleur parmi leurs priorités. La prise en charge de la douleur suppose une responsabilisation des patients, que nombre de médecins tardent à mettre en pratique pour cause, leur semble-t-il, de concurrence déloyale (qui sait mieux qu'eux ce qui est bon pour le malade ??). Au niveau de l'organisation du travail cela suppose du temps pour évaluer la douleur, pour que la piqûre analgésique fasse de l'effet, pour réaliser les gestes supplémentaires inhérents à cette prise en charge (passer une pommade, masser une articulation douloureuse…). Sur le plan hiérarchique il est souvent malaisé et délicat d'introduire un nouveau niveau de prise en charge des malades: où se situe l'algologue (celui qui s'occupe de la douleur) par rapport aux autres personnels soignants et traitants ? Enfin financièrement cela a un coût qui ne fait pas bon ménage avec la maîtrise médicalisée des dépenses de santé. Car sauf dans le cadre des douleurs rebelles chroniques, autrement dit celles qui deviennent invalidantes pour la vie sociale, professionnelle et familiale, et qui sur le long terme coûtent cher à la société, les autres rentrent dans la catégorie : médecine de confort !

Soulagée dans 85 % à 90 % des cas

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Les médecines douces

Sans prétendre apporter toutes les solutions au problème de la douleur, les médecines douces ont leur rôle à jouer dans sa prise en charge. Dans son ouvrage : Combattre la douleur, (éd. Marabout) Serge Rafal distingue les méthodes basées sur la notion d'énergie avec comme chef de file l'acupuncture, les manipulations comme l'ostéopathie, les méthodes manuelles dont le massage, les approches réflexes (mésothérapie, réflexologie palmaire et plantaire, neuralthérapie), celles à base de plantes (intéressantes en particulier pour les douleurs rhumatismales), l'homéopathie contre certaines douleurs d'origine infectieuse ou nerveuse, les " méthodes basées sur l'alimentation ou sa supplémentation avec quelques oligoéléments (calcium, magnésium, cuivre) qui ont un rôle indiscutable contre la douleur, tout comme certaines vitamines, principalement du groupe B", celles qui font appel dans le cadre de la naturopathie aux éléments (la chaleur, le froid, l'argile, les aimants, l'eau dans le cadre du thermalisme et de la thalassothérapie), les méthodes mentales basées sur la relaxation (comme l'hypnose, la sophrologie, le training autogène, le yoga).
Comment se retrouver dans ce maquis de propositions ? ...

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Cécile Baudet

1 L'usage de la morphine dans les pompes à morphine est sécurisée : le réservoir de médicament est inaccessible de l'extérieur et le débit de la pompe est déclenché initialement par le médecin traitant à l'aide d'un numéro de code. Cela pour éviter tout détournement de morphine à des fins autres que thérapeutiques.

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