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OCTOBRE 2002

 

EDITORIAL

Octobre 2002

 

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Le choc des maux

 

 

 

La route tue, blesse, handicape. Par milliers et centaines de milliers : 7720 tués et 153945 blessés dont 26000 graves, l'an dernier. Sans parler des dommages "collatéraux": peines, deuils, blessures à vie pour l'entourage, éclatement des familles. L'alcool est la cause d'un accident mortel sur trois. Mais aussi la drogue, notamment le cannabis, et les médicaments.

"Nous sommes le seul pays européen à ne pas sanctionner la drogue au volant, alors que 15 à 20% des gens qui conduisent se droguent[au sens large, Ndlr]", affirme Richard Dell'Agnola. Député du Val-de-Marne, il dépose le 10 octobre un projet de loi pour réprimer la conduite sous l'emprise de stupéfiants ou de psychotropes. Autre cause -parmi d'autres encore-, depuis peu : le portable qui multiplie par quatre (six en début de communication) les risques d'accidents.
La lutte contre cette délinquance à deux et quatre roues, voire plus pour les camions, est une priorité du Président de la république. On nous annonce des mesures exceptionnelles, "difficiles", "impopulaires", et une loi dans quelques mois. Les Français n'y semblent pas opposés. Selon un sondage du Pèlerin magazine, trois sur quatre jugent que la législation n'est pas assez sévère et beaucoup accepteraient que leur moteur soit bridé. Mais comme dans le même temps, policiers et gendarmes constatent que 60% des conducteurs sont contrôlés au-dessus de la vitesse autorisée, on peut se demander si la chaussée, comme l'enfer, n'est pas goudronnée de bonnes intentions !

Peut-on faire quelque chose contre la délinquance routière, cette autre forme de l'insécurité au quotidien ? Oui, les chiffres le prouvent. Le nombre d'accidents et de blessés a diminué de plus de moitié en trente ans, depuis 1973, après que l'on ait pris des mesures de limitation de vitesse et obligé le port de la ceinture de sécurité. On comptait plus de 16600 morts en 1973, et 388000 blessés. L'amélioration de la sécurité des véhicules et de l'état des routes y a aussi contribué. Cette diminution est d'autant plus significative que la quantité de voitures vendues a été multipliée par 3…
Qu'est-ce qui freine aujourd'hui la chute du nombre accidents et des blessés ? En 1997, déjà, un autre gouvernement s'était fixé une diminution de 50% de la mortalité. Sans succès. Et nos routes sont parmi les plus meurtrières d'Europe.

Faut-il évoquer "une exception" française? Quelque chromosome propre au tempérament gaulois, revêche à la discipline, et qui ferait de nos concitoyens des surexcités du champignon vénéneux ?
Le Pr Claude Got, médecin, spécialiste des problèmes de santé publique et de sécurité a une explication plus prosaïque. Il estime que l'excès de puissance des véhicules et le manque d'information sur les risques engendrés par ces "véritables voitures tueuses" sont directement en cause. Dans "Risquer sa peau"(Éd. Bayard), il note que les statistiques mettent "en évidence l'importance du surrisque lié au véhicule dont la puissance permet d'atteindre des vitesses dépassant très largement la vitesse maximale autorisée dans notre pays qui est de 130 kilomètres heure". Mais ce surrisque est tu… Il insiste aussi sur "le dommage que cela entraîne pour les personnes extérieures aux véhicules", manière de dire que si chacun est libre de posséder et de conduire des engins de mort, on n'a pas le droit de faire courir aux autres des risques qu'ils n'ont pas choisis!
Diminuer la puissance, brider les moteurs seraient donc des mesures appropriées. On pourrait également installer des boîtes noires, comme dans les avions, qui permettraient de contrôler les vitesses. Quant à l'exception "gauloise", elle pourrait évoluer rapidement. "Avoir des véhicules inutilement rapides peut être compensé par un bon système de contrôle-sanctions et par une aptitude culturelle à bien respecter les règles (caractéristique habituellement liée au précédent)." En clair : la peur du gendarme est le meilleur agent d'une circulation raisonnable! Pour ce spécialiste en accidentologie routière, tout dépend de la cohérence entre "une volonté politique professée aux niveaux les plus élevés de l'État et la capacité de mettre en œuvre une politique efficace".
L'État se donnera-t-il les moyens de gérer la "délinquance de masse" sur la route? Les accidents sont des drames pour ceux qui les ont provoqués comme pour ceux qui les subissent. Il serait temps de passer des mots aux actes! Sinon les maux auront… le dernier mot !

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