Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
NOVEMBRE
2002
Interview
du Pr François-Bernard Michel
" Qui est derrière le chat ? Qui est le chat ? Sa
maman ? "
François-Bernard
Michel, allergologue, praticien au CHU de Montpellier, est membre
de l'Académie nationale de médecine. Il s'est
intéressé notamment aux écrivains et à
leurs relations avec la maladie. Il est l'auteur de nombreux
ouvrages.
ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient : Peut-on invoquer un facteur psychique
dans le déclenchement d'une allergie ?
Pr
François-Bernard Michel : Oui, mais attention, on ne peut
pas dire que l'asthme est psychique quand on voit le(s) spasme(s),
des sécrétions et une inflammation à l'endoscopie.
Ces affections sont des témoins objectifs du caractère
organique de la maladie. D'un autre côté, on connaît
l'influence du stress, des émotions, de la dépression
qui peuvent aggraver, déclencher ou guérir une maladie.
Le facteur psychologique apparaît donc comme un facteur
déterminant quant à la survenue d'une crise ou d'une
réaction allergique. Qu'est-ce qui fait qu'un asthmatique
développe une crise à tel moment et pas à
tel autre, moment où il est pourtant aussi en contact avec
un allergène ? Invoquer des facteurs psychologiques dans
la genèse de l'asthme, c'est se demander si l'inconscient
de l'individu peut exprimer à travers une maladie ou un
symptôme un conflit intra-psychique non résolu. L'allergie,
comme d'autres maladies, constitue une possibilité de révéler
une souffrance.
Avez-vous
des exemples à l'appui ?
Une
petite fille souffre de crise d'asthme lorsqu'elle est en contact
avec son chat. Je lui conseille donc d'éloigner cet animal.
Elle pleure, dit vouloir garder son chat. Elle préfère
donc son chat, à la fin de sa crise d'asthme. Là,
on touche au mécanisme d'attraction-répulsion. Qui
est derrière le chat? Qui est le chat ? Sa maman?
À l'inverse, le facteur psychologique peut favoriser la
guérison. Ainsi, une femme, qui souffrait de très
violentes crises d'asthme dont les traitements au long cours à
la cortisone et un tour de France des pneumologues n'étaient
pas venus à bout, a vu diminuer puis disparaître
ses crises à la suite d'une consultation où je l'avais
interrogée sur son histoire. Absente de chez elle, quand
la Gestapo est venue arrêter ses parents, elle n'avait jamais
pu faire le deuil de leur mort (qu'elle a appris entre-temps)
d'autant qu'aucune tombe n'avait pu concrétiser cet événement.
De cette impossibilité et de cette souffrance est né
un sentiment oppressant de culpabilité. Le retour sur son
histoire personnelle (et non sur celle de sa maladie) a libéré
la parole de la patiente. Cette parole a ouvert une porte, celle
de la guérison. Si la parole ne peut se dire, elle se dit
par le corps à travers un symptôme.
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Ce témoignage rejoint-il votre hypothèse du cri
que révélerait l'asthme ?
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Peut-on considérer le facteur psychologique comme déterminant
dans les cas d'allergies héréditaires tel l'eczéma
atopique ?