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ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient: Avec plus de 120 000 tonnes par an
(chiffres de 1999), la France est le premier consommateur européen
de pesticides. Que deviennent ces substances chimiques ?
François
Veillerette : Une petite partie seulement atteint sa cible. Une
autre se dépose sur le sol et sera lessivée par
les pluies, polluant les nappes phréatiques. La partie
la plus importante (de 25 à 75% selon les estimations)
s'évapore et part dans l'atmosphère, polluant l'air,
le brouillard et les eaux de pluie. Les concentrations de pesticides
dans l'eau de pluie s'élèvent parfois à plusieurs
dizaines de fois la concentration maximale admissible pour les
pesticides dans l'eau du robinet!
L'eau
et les aliments que nous consommons contiennent-ils ces pesticides
?
Malheureusement
oui. La réalité de la pollution des eaux par les
pesticides est maintenant bien connue du public depuis la médiatisation
de la situation en Bretagne. Ce qu'on sait moins, c'est que de
très nombreuses régions sont touchées. Ainsi,
les enquêtes les plus récentes de l'Institut Français
de l'environnement montrent que plus d'un échantillon d'eau
souterraine sur deux contient des résidus de pesticides
! On a même estimé que plus de cinq millions de Français
consommaient une eau non conforme, c'est-à-dire une eau
dont la teneur en pesticides dépasse la concentration maximale
admissible de 0,1 microgramme par litre d'eau.
Pour les aliments d'origine végétale, la contamination
par les pesticides est tout aussi grave. Ainsi la dernière
étude publiée par l'Union européenne révèle
que 54 % des échantillons de fruits et légumes consommés
en France contiennent des résidus d'un ou plusieurs pesticides
et que 8 % environ en contiennent plus que le maximum admissible!
D'autres enquêtes montrent qu'on retrouve des matières
actives prétendues biodégradables dans des céréales
(comme le glyphosate, matière active du célèbre
herbicide Roundup) !
Que
sait-on des effets de ces substances sur la santé ?
Tout
d'abord, cette contamination généralisée
de l'environnement et de la nourriture par les pesticides rend
inévitable la contamination de l'être humain.
Ces résidus sont trouvés dans les graisses, le sang,
le sperme et, plus grave encore, dans le lait maternel et dans
le liquide amniotique dans lequel baigne le ftus!
Les intoxications aiguës par les pesticides sont bien connues
du grand public car spectaculaires et souvent terribles, comme
à Bhopal en Inde : elles seraient responsables de la mort
de quelques 20 000 personnes au moins par an dans le monde.
Les intoxications chroniques suite à l'exposition à
de faibles doses sur une longue période sont, elles, moins
faciles à mettre en évidence mais inquiètent
de plus en plus la communauté scientifique. En effet, de
nombreuses enquêtes épidémiologiques, réalisées
dans le monde entier montrent que l'exposition à ces pesticides
est associée à un risque accru de développer
certains types de cancer, à une baisse de la fertilité
masculine, à des perturbations du système hormonal,
à des problèmes immunitaires, des malformations
congénitales, des fausses couches, etc.
Quelle
confiance doit-on accorder aux " doses journalières
admissibles " et " valeurs limites résiduelles
maximales " derrière lesquelles les autorités
se retranchent pour assurer qu'il n'y a pas de risque pour la
santé ?
Les
pesticides sont mis sur le marché après une évaluation
du risque pour la santé humaine basée
sur
des expériences sur des animaux. De cette évaluation
on déduit des doses sans effets et de là des doses
journalières admissibles (DJA) et des limites maximales
en résidus (LMR) censées nous protéger totalement.
Il en résulte que des substances cancérigènes
ou perturbatrices du système hormonal ne sont pas retirées
du marché a priori dès lors qu'on estime qu'elles
sont utilisées à une dose qui serait sans effet
! Cette notion de dose sans effet paraît d'ailleurs de moins
en moins pertinente pour certaines affections. Ainsi, les cancérologues
montrent que certains composés cancérigènes
peuvent induire des cancers par action sur des récepteurs
cellulaires à des doses infimes : quelques molécules
suffisent. Ceci remet en question la validité des DJA et
des LMR et la protection qu'elles sont sensées nous offrir
!
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En mai 2001, douze polluants organiques persistants (POPs) parmi
lesquels neuf pesticides ont fait l'objet d'une convention internationale
en vue de les éliminer. Quel est l'intérêt
de cette mesure ?
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On a parlé de la pollution du lait maternel par ces POPs,
qu'en est-il exactement ?
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Les enfants ne sont-ils pas les premières victimes de cette
pollution insidieuse ?
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Vous êtes un membre actif de PAN (Pesticides Action Network),
quels buts poursuivent les membres de ce réseau ?
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Au niveau européen certains pays sont-ils plus avancés
?
Quelle leçon peut-on tirer de leur expérience?
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Propos
recueillis par Cécile Baudet
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