|

ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient: Vous venez d'écrire avec Barbara
Dobbs " La résilience, l'art de rebondir " (Jouvence
édition), un livre issu de nombreux témoignages.
Qu'entendez-vous par résilience ?
Rosette
Poletti : La résilience, c'est la capacité de rebondir.
Ce terme a longtemps été réservé au
domaine de la mécanique. Il désigne alors la capacité
qu'ont certains métaux à résister aux chocs
et à retrouver leurs caractéristiques initiales.
Depuis une vingtaine d'années, le mot est également
employé par les psychologues pour signifier la capacité
des êtres humains à résister à la destruction,
à se protéger de l'adversité et des situations
difficiles.
Comment
vous êtes-vous intéressée à ce phénomène
?
En
1986, j'ai lu un ouvrage du Dr Julius Segal, un auteur étasunien
qui développait le concept de résilience à
partir des témoignages des personnes ayant survécu
à la Shoa. Depuis, je cherche à repérer dans
la trajectoire de vie des gens que j'accompagne en thérapie,
ce qui les a amenés à rebondir.
Existe-t-il
un profil type des personnes résilientes ?
Les
personnes qui dès leur enfance ont reçu la certitude
d'être aimées par leurs parents et d'avoir une place
en ce monde ont des prédispositions indéniables.
Ce fut le cas de Boris Cyrulnik qui s'est échappé
du train qui l'emmenait en déportation alors qu'il avait
à peine 7 ans. L'estime de soi est le plus beau cadeau
que des parents puissent faire à un enfant. Mais il existe
plusieurs types de résilience. Ainsi pour les personnes
qui n'ont pas été dotées à leur naissance,
une rencontre déterminante peut les amener sur la voie
de la résilience. Qu'il s'agisse d'un instituteur, d'un
voisin, d'un prêtre, d'un conjoint
Du moment que cette
personne leur témoigne une acceptation inconditionnelle
et leur transmette la certitude qu'elles valent quelque chose
(Lire à ce propos le témoignage bouleversant de
Tim Guernard " Au-delà de la haine " aux éditions
J'ai lu, 1999).
Les
facteurs de résilience varient sensiblement d'un auteur
à l'autre. Lesquels vous semblent essentiels ?
J'en
retiendrais essentiellement cinq.
1. La capacité de communiquer qui permet de se raconter,
de dire ce dont on a envie, de demander de l'aide, d'avoir de
l'humour.
2. La volonté de maîtriser son destin, de refuser
d'être une éternelle victime, de prendre des initiatives
: " On n'est pas responsable de ce qu'on nous a fait, mais
on est responsable de ce qu'on fait de ce qu'on nous a fait. "
Ce sont les mots de Maïté Graspanier. Torturée
par les nazis alors qu'elle était promise à un avenir
de grande pianiste, elle est devenue professeur de philosophie.
3. Le refus du sentiment de "coupabilité " :
trop de personnes estiment qu'elles ont sans doute mérité
leur malheur.
4. Les convictions : autrement dit croire en quelque chose, que
ce soit en sa famille, en Dieu, en un système philosophique
Toute chose qui donne du sens à la vie y compris dans les
situations les plus abominables.
5. La compassion : selon l'écrivain Elie Wiesel, le meilleur
moyen de surmonter un désespoir est d'aider les autres
à surmonter le leur. Stefan Vanistendael et Jorge Lecomte
(Lire leur livre : " Le bonheur est toujours possible ",
aux éditions Bayard, 2000.) qui ont suivi la trajectoire
d'enfants de la rue en Amérique du Sud, observent que ceux
qui doivent protéger un petit frère ou une petite
sur s'en sortent mieux que les autres.
En
quoi ce concept de résilience peut-il être utile
aux personnes qui entourent un enfant en difficulté ?
Je
pense aux enseignants, aux psychologues, aux travailleurs sociaux,
aux professionnels de la santé
Le comportement de résilience, on vient de le voir, est
fait de compétences particulières, d'attitudes identifiables.
Or tout comportement peut être consolidé, développé
mais aussi enseigné, et appris. Actuellement aux États-Unis
des formations sont proposées aux enseignants, éducateurs,
animateurs dans le domaine de la promotion de la résilience
pour les aider à repérer les forces et les ressources
de l'enfant. En France, on propose de plus en plus de journées
pédagogiques au sein de l'institution scolaire mais ça
reste timide.
Ne
faudrait-il pas aussi former les professionnels à dépister
les situations difficiles ?
Tout
à fait. Pendant longtemps on s'est focalisé sur
les situations extrêmes. Les abus sexuels, la maltraitrance
caractérisée
Or il faudrait aussi se pencher
sur les enfants dont les parents se déchirent pendant un
divorce, ceux qui ont une mère ou un père dépressif
Ces traumatismes, pour être plus souterrains, n'en laissent
pas moins des traces.
-
Vous insistez sur l'importance d'avoir des attentes vis-à-vis
de l'enfant.
-
Selon vous les mécanismes de défense qu'un enfant
a mis en place pour se protéger d'une situation traumatique
finissent parfois par se retourner contre lui à l'âge
adulte. Comment l'expliquez-vous ?
-
Comment accompagner un adulte?
-
Quelles pistes restent à explorer en ce qui concerne la
résilience ?
Pour lire la suite de cet article et tous
les autres articles de ce mois ..
Propos
recueillis par Bénédicte Fiquet
|