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JANVIER 2003

 

Devenir adulte dans son couple

Janvier 2003

 

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Réussir sa vie conjugale est l'un des modèles forts que nous impose la société. Comment se fait-il qu'un si grand nombre d'individus échouent dans leur couple ? Cent mille divorces chaque année, selon l'Insee, sans compter les séparations. On est mal à deux, le conjoint ne répond pas aux attentes, et la crise venue, on envisage la rupture. Est-ce irrémédiable?

 

 

 


Pourquoi cette capacité dans le couple à rejeter sur l'autre la responsabilité de son mal-être ? Annie de Butler, conseillère conjugale et psychanalyste, pense que les crises de la vie conjugale ont du bon : " S'il y a crise, on en parle. S'il y a conflit, on désidéalise en gérant ses frustrations. "

En fait, tout commencerait au cours de la petite enfance où l'on apprend à gérer ses frustrations avec son père ou sa mère. Ces premiers équilibres ou déséquilibres resteront des points de repère qui seront projetés dans la relation amoureuse. Si on a été aimé, suffisamment, mais pas trop, on sera capable de "désidéaliser " et cesser de croire au prince charmant, reflet de cet amour absolu. Pour y parvenir, il faut avoir de la confiance en soi en quantité suffisante, et dans la relation, savoir en prendre et en laisser sans se braquer. En revanche, si l'on pense détenir la vérité absolue sur soi, on projettera sur l'autre un vécu difficile comme, par exemple, un père trop dur ou une mère abandonnante. Un homme exigeant avec une femme aura été souvent frustré par sa mère. Selon le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, certains, bénéficiant d'une personnalité riche, s'en sortent dans la vie, malgré une enfance difficile. Ils deviennent très performants à un moment donné, mais le jour où ils rencontrent l'autre, et sa différence, ils vont être envahis par les angoisses de la prime enfance qui se rejouent dans le couple ou dans la liaison amoureuse.

Une mère "suffisamment bonne"

D'après le pédiatre et psychanalyste britannique Donald W. Winnicott, c'est de l'interaction entre la mère et l'enfant que dépend la réussite saine et stable du processus de maturation du " moi ". La mère doit être " suffisamment bonne ". C'est-à-dire qu'elle doit accepter de vivre au rythme des besoins de son enfant, mais sans les anticiper, ce qui créerait l'illusion qu'il est en quelque sorte le "maître du monde ". De l'efficacité de son adaptation naîtra, chez l'enfant, un sentiment de confiance en la vie, la base de sa future personnalité. Après le maternage des premiers mois, et pour que l'enfant puisse continuer d'évoluer, la prise de distance (et donc la désillusion) est indispensable ; si la mère est partie prenante de cette évolution, si elle est d'accord pour se séparer, l'enfant pourra alors élargir son univers à son père, aux frères et sœurs, à la nounou… et s'individualiser.

Une attente trop forte

Les frustrations mal gérées pendant le plus jeune âge resurgissent à l'âge adulte. Victime de ses propres illusions, on veut un amour sans faille, le bonheur absolu. On attend tellement de l'autre. Mais si celui-ci ne répond pas à l'attente… Françoise, quarante-quatre ans, n'éprouve plus de désir pour son compagnon Pascal. Ils se sont rencontrés il y a dix-sept ans sur un lieu de tournage, tous les deux travaillaient dans le cinéma. Ils ont aujourd'hui deux enfants de 13 et 11 ans. Après un accident de voiture, elle décide de cesser son activité professionnelle trop contraignante physiquement. Elle cherche alors la vérité en elle, et se rend compte peu à peu qu'elle n'a plus d'intérêts communs avec Pascal. Plutôt aisée financièrement, elle se lance dans la peinture et se passionne pour le chamanisme. "Aujourd'hui, quand j'expose mes tableaux, explique-t-elle, Pascal passe plus de temps à repérer les travaux à effectuer dans le local qu'à regarder mes œuvres." Elle a essayé de lui parler, en vain… il n'a été qu'un mur de silence et n'a jamais répondu à ses attentes qui étaient de partager des passions communes. " Avant, nous étions heureux. Nous riions beaucoup ! Nous qui avons regardé tant de films ensemble ! " Françoise a décidé de quitter Pascal.
" Cette femme, explique Annie de Butler, a cessé brusquement des activités professionnelles qui lui plaisaient. Elle a demandé à son compagnon de remplacer son métier. Frustrée par le manque de son métier, elle se positionne autrement. Pour le partenaire, cette situation est très difficile à vivre car on lui demande quelque chose qu'il ne peut pas donner. Il est possible que Françoise reproduise un jour ce schéma avec un autre compagnon. L'exigence vis-à-vis du conjoint et la possibilité de rompre font que l'on devient paresseux à sortir de soi-même, à passer le cap. Il faut sortir du couple, il existe d'autres raisons d'exister. Le "je prends, je jette" - attitude fréquente aujourd'hui - appauvrit puisqu'on ne tire plus les ressources de soi-même."

Renoncer à combler l'autre

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Une sexualité fragilisée

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Christine Bois


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