Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
D'un
fromage à l'autre, les saveurs et les nuances sont infinies.
Mais on a dit que les fromages étaient mauvais pour les
artères et le poids
Craintes excessives ou justifiées ?
Les
fromages, c'est d'abord un plaisir. À la table du Bar à
fromages Androuët, à Paris (Il s'agit
ici du Bar à Fromages Androuët du 49, rue Saint-Roch,
75001 Paris. Mais il en existe deux autres : 148, avenue Félix-Faure,
75015 Paris, et 23, rue des Acacias, 75017 Paris. Le prix du repas
commence à 10 e. Ils existe également dix fromageries
Androuët à Paris), voici une assiette, parmi
d'autres, en forme de ronde des fromages. Celle-ci fait la part
belle aux chèvres. Place aux sensations ! Cette farandole
des goûts débute par un Brillat-Savarin, le "double-crème"
inventé par le maître fromager Pierre Androuët,
qui ouvrit en 1930 un restaurant au dessus de la crémerie
de son père, rue d'Amsterdam. Puis vient le monde des chèvres.
Le Saint-Maure-de-Touraine! La Taupinière ! Le Chabichou
! Le Pouligny-Saint-Pierre ! Le crémeux Roudin du Quercy
! Le simple, mais si succulent, Vermenton ! L'amère et
mlleuse Briquette d'Ardèche ! Après une gorgée
de vin du Berry, le palais voyage du côté des fromages
au lait de vache : Fourme d'Ambert, Chambertin Il finit
par s'envoler avec un fromage à l'ail, le Gaperon
Les parts sont petites, mais une bouchée suffit. Elle comble
ou rassasie davantage qu'un demi camembert industriel. Reste à
savoir si l'on peut se délecter, sans risques pour la santé,
d'un tel voyage dans les terroirs
Est-ce
bien raisonnable ?
"
Le fromage est gras, calorique et riche en sel ! estime le Dr
Jean-Michel Lecerf, nutritionniste à l'Institut Pasteur,
de Lille. Mais uniquement si l'on en consomme trop. " Ainsi,
100 grammes de coulommiers à 50 % de matières grasses
apportent en définitive 21 à 24 grammes de matières
grasses. Le taux de matières grasses inscrit sur l'emballage
est calculé sur la matière sèche : ce qui
reste du fromage une fois l'eau enlevée. La teneur réelle
en graisse des gruyères, emmentals et comtés - contenant
moins d'eau que les coulommiers et les camemberts - est plus forte,
allant de 28 à 32 g pour 100 g
Il est reconnu que les graisses (lipides) favorisent le surpoids
et l'athérome, cause d'une obstruction progressive des
artères pouvant, au fil des ans, conduire à l'infarctus
ou à l'accident vasculaire cérébral. Est-ce
une raison pour éviter de manger des fromages? " On
ne peut répondre à cette question sans considérer
le reste de notre alimentation, souligne le Dr Lylian Le Goff,
nutritionniste, membre du jury de la conférence régionale
de santé de Bretagne et de la Mission biotechnologies de
France Nature Environnement, et auteur de Manger bio (éd.
Flammarion). La population consomme trop de graisses. Ceci parce
qu'un cliché perdure. Il n'existerait pas de repas digne
de ce nom sans entrée, peut-être à base de
charcuterie, sans plat principal à base de viande, et sans
fromage avant le dessert. Or, nous ne devrions pas répéter
chaque jour un type de menu stéréotypé. Ne
mangeons pas de fromage à tous les repas ! " Plus
le repas est " lourd ", plus on a de raisons de "
sauter " le fromage. Mieux vaut varier les ravissements.
On alternera les laitages affinés, comme les fromages,
et non affinés, plus ou moins fermentés : ainsi,
on remplacera, certains jours, le fromage par un yaourt ou du
fromage blanc, qui contiennent moins de corps gras.
Côté
calcium
Le
fromage a aussi des atouts. C'est une source de protéines.
Il contient certaines vitamines (A, D, groupe B) et minéraux
(calcium et phosphore). Il est surtout riche en ferments digestifs
(protéases, amylases, lipases) qui favorisent l'assimilation
de tout ce que nous mangeons. " Non seulement le calcium
est utile contre l'ostéoporose, mais il l'est pour la prévention
du cancer du côlon, souligne le Dr Lecerf. Le calcium rend
les graisses saturées du fromage moins athérogènes
que le beurre : elles causent moins d'obstruction des artères
par des plaques d'athérome."
Mais il ne suffit pas de manger des produits riches en calcium.
Encore faut-il que le calcium soit absorbé, retenu et rendu
disponible par l'organisme. Il doit être " biodisponible".
" Si l'on consomme du fromage au cours d'un repas déjà
trop riche en matières grasses saturées, celles-ci
peuvent fixer le calcium par une réaction de saponification.
Le calcium est alors éliminé par les selles car
devenu inassimilable ", explique Lylian Le Goff.
Quant au calcium assimilé qui se fixe sur les os, il n'y
reste pas forcément. " Si l'alimentation comporte
trop de viande et de protéines, cela génère
des déchets acides (notamment de l'acide urique et de l'urée),
ajoute-t-il. Il faut alors neutraliser cette acidification par
des apports en minéraux comme le calcium. Sinon dès
qu'il en manquera, l'organisme puisera dans ses réserves
de calcium. " La solution est simple: équilibrer sa
consommation de viande et de légumes profite à l'assimilation
du calcium comme à la santé. " Une partie des
travaux de la doctoresse Catherine Kousmine repose sur de telles
situations, explique Lylian Le Goff. Elle avait des patients suisses
qui "mangeaient gras" à tous les repas. En réduisant
les apports gras saturés, en diversifiant les corps gras
insaturés, en faisant la part belle aux fruits, légumes,
produits céréaliers non raffinés et aux légumineuses,
on allait bien mieux."
Le phosphore du fromage stimule le bon usage du calcium par l'organisme.
" Il ne favorise pas l'absorption du calcium au niveau intestinal,
mais son utilisation par l'os, explique le
Dr Jean-Michel Lecerf. Le phosphore du fromage favorise aussi
l'action d'une hormone régulatrice de l'accrétion
osseuse, c'est-à-dire la formation de l'os : la parathormone.
Cette hormone sécrétée par la parathyroïde
régule à son tour le taux de calcium et de phosphore
dans l'organisme, et agit de manière indirecte sur l'os,
l'intestin et le rein. " De petites quantités de fromage
et de laitages suffisent à renouveler les apports en phosphore
et en calcium.
Brebis,
chèvre ou vache
On
peut se demander s'il vaut mieux choisir les fromages de vache,
de chèvre ou de brebis, en termes de nutrition comme de
digestibilité ? Pour la plupart d'entre nous, ces questions
de choix ne doivent pas tracasser. " Qu'ils soient à
base de lait de vache, de chèvre ou de brebis, qu'ils soient
plus ou moins gras, les différences entre fromages restent
mineures si l'on ne souffre ni d'allergie, ni d'intolérance
au lait de vache et ses dérivés, précise
le Dr Le Goff. Les intolérances se manifestent par des
troubles digestifs, des lourdeurs, des ballonnements, des troubles
du transit comme des diarrhées, des réactions cutanées
et respiratoires parfois. Dans ce cas, les fromages de chèvres
ou de brebis seront alors mieux tolérés."