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Banalisée
par les médias, la gastroplastie peut apparaître
comme "le" remède contre l'obésité.
En terme de santé publique, l'intérêt de
cette chirurgie reste pourtant à démontrer.
Lyon
est sans conteste la ville des contradictions ! Connue pour sa
gastronomie, elle l'est également pour la gastroplastie,
c'est-à-dire la chirurgie de l'obésité. Pour
la seule année 1999, plus de 2 000 interventions de ce
type y ont été pratiquées, soit le quart
des gastroplasties réalisées en France. Cette "
spécialité " vient-elle renforcer la notoriété
médicale de la ville ? Pas vraiment, selon la Dre Brigitte
Frois, médecin conseil à la CMR (Caisse
régionale des artisans et commerçants du Rhône.)
du Rhône qui a réalisé une enquête sur
le sujet, pour le compte de l'Urcam ( Union régionale
des caisses d'assurance maladie de Rhône-Alpes).
La Dre Frois et certains de ses collègues se sont émus
du nombre croissant de gastroplasties réalisées
depuis l'introduction de la technique de l'anneau modulable dans
la région.
Complications,
ré-interventions
Rendue
publique au mois de mars 2002, cette étude portait sur
le devenir des malades opérés entre 1995 et 1997
et sur le respect des référentiels médicaux
et médico-administratifs par les chirurgiens. Sur le premier
point, la gastroplastie semble donner de bons résultats,
puisque les auteurs observent une perte de 52 % du poids après
cinq ans, et " un degré de satisfaction élevé"
chez les opérés. " Cependant, pondère
la Dre Frois, ces bons résultats sont obérés
par un taux de complications chirurgicales (43 %) et de ré-interventions
(20 %) dans les cinq années qui suivent la pose de l'anneau
". Sur le second point, les chirurgiens n'ont pas respecté
les bonnes pratiques dans 23 % des cas étudiés et
l'Urcam note que la prise en charge multidisciplinaire destinée
à évaluer l'intérêt de cette chirurgie
pour une personne donnée est absente dans 84 % des cas.
" Le problème c'est la dérive des indications,
commente le Dr Dominique Fasquel, directeur du service médical
de l'assurance maladie à Lyon, elle amène certains
chirurgiens à opérer des cas limites, alors que
la gastroplastie doit rester une technique de dernier recours,
lorsque toutes les autres formes de prises en charge ont échoué.
"
Des
enjeux économiques
La
Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam), qui constate des
" dérives " ailleurs qu'en région lyonnaise,
a donc lancé un programme national de contrôle des
gastroplasties. "Avec cette action d'envergure, nous espérons
harmoniser les raisonnements et la réflexion pour que l'on
ne fasse pas de cette chirurgie une démarche banale, vulgarisée
dans l'opinion, et comme étant la solution miracle à
tous les problèmes de l'obésité ", précise
la Dre Anne Toselly, en charge de ce programme. Même si
la Sécurité sociale refuse de réduire ce
contrôle à une simple histoire de gros sous, il faut
reconnaître que les enjeux économiques de cette chirurgie
sont loin d'être négligeables. D'abord parce que
la France est un des rares pays à rembourser cette chirurgie.
Ensuite parce que la Cnam, qui se pose volontiers en redresseur
de tort, dénonce le coût élevé de ces
interventions, soit 3 300 euros en moyenne pour un anneau modulable.
Or, jusqu'à preuve du contraire, ce sont ses propres médecins-conseils
qui ont délivré les sésames, puisque cette
opération est soumise à une entente préalable.
Enfin, comme l'Urcam Rhône-Alpes l'a avoué dans son
rapport, l'assurance maladie est " incapable de savoir si
les sommes engagées dans cette chirurgie ont un impact
positif en terme de santé publique ". Incroyable mais
vrai : il n'existe aucune évaluation médico-économique
permettant de connaître le rapport bénéfice/risque
et le rapport coût/efficacité de l'anneau modulable.
Dans un document publié en mai 2000, l'Anaes (Agence
nationale d'accréditation et d'évaluation de la
santé.) en convient également : " Les
études internationales montrent que le critère de
jugement d'efficacité le plus fréquemment évalué
est la perte de poids, au contraire des critères de qualité
de vie et d'impact sur les co-morbidités ", écrit-elle
en s'inquiétant de ne trouver, dans la littérature
scientifique internationale, que des études à la
méthodologie critiquable et aux résultats contradictoires.