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JANVIER 2003

 
Plantes
Une filière en quête de reconnaissance
Janvier 2003

 

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Poussée par une demande très forte, la filière des plantes aromatiques et médicinales est aujourd'hui bien structurée.
Pourtant, les professionnels se heurtent à une réglementation inadaptée, trop stricte par méconnaissance, et à un manque de formation de nombreux revendeurs.

 

 

 

 

Du cueilleur indépendant jusqu'aux entreprises de taille internationale, il existe aujourd'hui une véritable filière économique des plantes aromatiques et médicinales. En un peu plus de vingt ans, elle s'est structurée, à partir de la Drôme, principal département de production avec le Maine-et-Loire : "En 1978, j'ai créé le Gepam (Groupement économique des plantes aromatiques et médicinales) afin de faire la promotion de cette culture auprès des agriculteurs drômois ", explique Claude Diemoz, directeur de deux sociétés spécialisées et président d'Aromed (lire encadré). Il poursuit : " Grâce à des fonds de la Région puis à ceux du contrat de Plan, il y a eu une véritable explosion de la production : on a dénombré dans la Drôme jusqu'à dix-huit groupements d'agriculteurs spécialisés ! "
Il reste aussi quelques cueilleurs, sillonnant la campagne à la recherche de quelque gentiane ou de mousse d'arbres : " Dans la nature, les plantes ont un parfum plus fort, car elles sont le produit d'un mélange très riche de variétés ", explique Pierre-Gérard Cailly, administrateur d'Aromed et inspecteur général de l'agriculture. Ces plantes cueillies, plus chères, se vendent très bien sur le marché suisse, demandeur de qualité. Mais la profession de cueilleur est à la recherche d'un statut officiel pour pouvoir perdurer.
Quant aux producteurs, il leur a fallu définir des règles. Le Gepam a ainsi exigé de ceux qui s'engageaient dans cette voie qu'ils en fassent leur revenu principal… " Même si en 1978, ils prenaient un vrai risque", reconnaît Paul Diemoz. Or, si l'utilisation des plantes est ancestrale, leur culture et leur transformation sont très récentes. Les pionniers ont donc dû chercher comment automatiser la récolte, comment transformer la plante, etc.

Deux possibilités de débouchés s'offrent aux producteurs: le secteur agroalimentaire pour les plantes aromatiques, et, pour les plantes médicinales, la pharmacie, la phytothérapie, l'aromathérapie, l'homéopathie, voire la cosmétique et la parapharmacie. La branche des plantes à parfum, plus ancienne, reste encore un peu à part.
Paul Diemoz, lui, a choisi dès le début de fournir les sociétés agroalimentaires telles que Ducros, Martini-Rossi, Pernod-Ricard… Aujourd'hui, il a créé sa propre entreprise de plantes surgelées, Gel'Pam, et en constitue actuellement une autre produisant des " aliments-santé ". " J'ai opté pour l'agroalimentaire parce que j'ai vu que c'était une vraie pétaudière, dans les plantes médicinales!", lance Paul Diemoz de son accent chantant.

Une réglementation inadaptée

L'autre branche de la filière est, en effet, traversée de nombreux courants. " Le problème, en France, est que la réglementation est floue et inadaptée", affirme Pierre-Gérard Cailly. Il existe actuellement deux réglementations : celle du médicament, qui oblige à remplir un dossier d'AMM (Autorisation de mise sur le marché), et celle de l'alimentation. " Or les compléments alimentaires ne sont ni des médicaments, ni des aliments, explique encore Pierre-Gérard Cailly. Ce sont des produits de bien-être. " Ils sont aujourd'hui soumis à la réglementation de l'alimentation, mais sont parfois interdits pour des risques médicaux potentiels. C'est pourquoi la Commission européenne travaille à l'élaboration d'une réglementation spécifique pour ces plantes. Actuellement, seule la Belgique dispose d'un arrêté royal de 1997 qui définit une liste de plantes considérées comme compléments alimentaires. De fait, certaines, produites en France, sont transformées en Belgique, quitte à être revendues dans l'Hexagone. Les emballages doivent alors porter des allégations sans portée médicale, puisque seuls les médicaments ont le " droit" de soigner.

Les laboratoires pharmaceutiques et les pharmaciens veillent en effet à préserver leur pré-carré. Patrice de Bonneval, herboriste, créateur de l'École des Plantes de Lyon et responsable du Syndicat des magasins de diététique, raconte ainsi le cas du millepertuis, " reconnu depuis longtemps pour son effet apaisant et antidépresseur ". Face à une forte augmentation de sa consommation, " certains laboratoires pharmaceutiques ont monté en épingle quatre cas d'interaction médicamenteuse répertoriés dans le monde. Du coup, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a déclaré le millepertuis produit dangereux ! Des producteurs ont dû retourner 50 hectares de millepertuis…".

" Depuis que le diplôme d'herboriste a été supprimé en 1941, poursuit-il, il n'y a pas, pour autant, davantage de plantes diffusées dans les pharmacies, alors que les magasins de diététique ne peuvent pas toutes les proposer ! " Officiellement, ces boutiques ont, en effet, le droit de vendre seulement trente-quatre plantes, " libérées " depuis 1979, et encore doivent-elles le faire en l'état (c'est-à-dire non transformées). " Les 4 500 magasins de ce type qui existent en France sont donc en infraction, conclut Pierre-Gérard Cailly ; mais il est impossible pour la Direction de la répression des fraudes de toutes les faire fermer… d'autant que la demande existe. Le problème est que les pharmaciens veulent garder le monopole des plantes, alors même qu'ils s'en occupent très mal."

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Véronique Vigne-Lepage


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