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Poussée
par une demande très forte, la filière des plantes
aromatiques et médicinales est aujourd'hui bien structurée.
Pourtant, les professionnels se heurtent à une réglementation
inadaptée, trop stricte par méconnaissance, et
à un manque de formation de nombreux revendeurs.
Du
cueilleur indépendant jusqu'aux entreprises de taille internationale,
il existe aujourd'hui une véritable filière économique
des plantes aromatiques et médicinales. En un peu plus
de vingt ans, elle s'est structurée, à partir de
la Drôme, principal département de production avec
le Maine-et-Loire : "En 1978, j'ai créé le
Gepam (Groupement économique des plantes aromatiques et
médicinales) afin de faire la promotion de cette culture
auprès des agriculteurs drômois ", explique
Claude Diemoz, directeur de deux sociétés spécialisées
et président d'Aromed (lire encadré). Il poursuit
: " Grâce à des fonds de la Région puis
à ceux du contrat de Plan, il y a eu une véritable
explosion de la production : on a dénombré dans
la Drôme jusqu'à dix-huit groupements d'agriculteurs
spécialisés ! "
Il reste aussi quelques cueilleurs, sillonnant la campagne à
la recherche de quelque gentiane ou de mousse d'arbres : "
Dans la nature, les plantes ont un parfum plus fort, car elles
sont le produit d'un mélange très riche de variétés
", explique Pierre-Gérard Cailly, administrateur d'Aromed
et inspecteur général de l'agriculture. Ces plantes
cueillies, plus chères, se vendent très bien sur
le marché suisse, demandeur de qualité. Mais la
profession de cueilleur est à la recherche d'un statut
officiel pour pouvoir perdurer.
Quant aux producteurs, il leur a fallu définir des règles.
Le Gepam a ainsi exigé de ceux qui s'engageaient dans cette
voie qu'ils en fassent leur revenu principal " Même
si en 1978, ils prenaient un vrai risque", reconnaît
Paul Diemoz. Or, si l'utilisation des plantes est ancestrale,
leur culture et leur transformation sont très récentes.
Les pionniers ont donc dû chercher comment automatiser la
récolte, comment transformer la plante, etc.
Deux
possibilités de débouchés s'offrent aux producteurs:
le secteur agroalimentaire pour les plantes aromatiques, et, pour
les plantes médicinales, la pharmacie, la phytothérapie,
l'aromathérapie, l'homéopathie, voire la cosmétique
et la parapharmacie. La branche des plantes à parfum, plus
ancienne, reste encore un peu à part.
Paul Diemoz, lui, a choisi dès le début de fournir
les sociétés agroalimentaires telles que Ducros,
Martini-Rossi, Pernod-Ricard Aujourd'hui, il a créé
sa propre entreprise de plantes surgelées, Gel'Pam, et
en constitue actuellement une autre produisant des " aliments-santé
". " J'ai opté pour l'agroalimentaire parce que
j'ai vu que c'était une vraie pétaudière,
dans les plantes médicinales!", lance Paul Diemoz
de son accent chantant.
Une
réglementation inadaptée
L'autre
branche de la filière est, en effet, traversée de
nombreux courants. " Le problème, en France, est que
la réglementation est floue et inadaptée",
affirme Pierre-Gérard Cailly. Il existe actuellement deux
réglementations : celle du médicament, qui oblige
à remplir un dossier d'AMM (Autorisation de mise sur le
marché), et celle de l'alimentation. " Or les compléments
alimentaires ne sont ni des médicaments, ni des aliments,
explique encore Pierre-Gérard Cailly. Ce sont des produits
de bien-être. " Ils sont aujourd'hui soumis à
la réglementation de l'alimentation, mais sont parfois
interdits pour des risques médicaux potentiels. C'est pourquoi
la Commission européenne travaille à l'élaboration
d'une réglementation spécifique pour ces plantes.
Actuellement, seule la Belgique dispose d'un arrêté
royal de 1997 qui définit une liste de plantes considérées
comme compléments alimentaires. De fait, certaines, produites
en France, sont transformées en Belgique, quitte à
être revendues dans l'Hexagone. Les emballages doivent alors
porter des allégations sans portée médicale,
puisque seuls les médicaments ont le " droit"
de soigner.
Les
laboratoires pharmaceutiques et les pharmaciens veillent en effet
à préserver leur pré-carré. Patrice
de Bonneval, herboriste, créateur de l'École des
Plantes de Lyon et responsable du Syndicat des magasins de diététique,
raconte ainsi le cas du millepertuis, " reconnu depuis longtemps
pour son effet apaisant et antidépresseur ". Face
à une forte augmentation de sa consommation, " certains
laboratoires pharmaceutiques ont monté en épingle
quatre cas d'interaction médicamenteuse répertoriés
dans le monde. Du coup, l'Agence française de sécurité
sanitaire des aliments (Afssa) a déclaré le millepertuis
produit dangereux ! Des producteurs ont dû retourner 50
hectares de millepertuis ".
"
Depuis que le diplôme d'herboriste a été supprimé
en 1941, poursuit-il, il n'y a pas, pour autant, davantage de
plantes diffusées dans les pharmacies, alors que les magasins
de diététique ne peuvent pas toutes les proposer
! " Officiellement, ces boutiques ont, en effet, le droit
de vendre seulement trente-quatre plantes, " libérées
" depuis 1979, et encore doivent-elles le faire en l'état
(c'est-à-dire non transformées). " Les 4 500
magasins de ce type qui existent en France sont donc en infraction,
conclut Pierre-Gérard Cailly ; mais il est impossible pour
la Direction de la répression des fraudes de toutes les
faire fermer d'autant que la demande existe. Le problème
est que les pharmaciens veulent garder le monopole des plantes,
alors même qu'ils s'en occupent très mal."