Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Poussés
par la logique économique draconienne des hôpitaux,
les patients n'ont pas toujours le choix : c'est le retour
à domicile. La qualité de ce retour dépend
de l'organisation,
du nombre d'intervenants professionnels disponibles, mais
surtout de la présence active d'un proche au moral
solide.
Béatrice
ne travaille pas à temps plein, heureusement. Elle se rend
tous les jours chez Caroline sa sur, traitée en hôpital
de jour (Le malade retourne chez lui chaque jour après
les soins.) pour un cancer de la gorge. Pour cause de pénurie
de personnel, seuls les soins strictement infirmiers y sont dispensés.
Elle l'aide à faire sa toilette et à s'alimenter.
Robert et Arlette sont à la retraite, et depuis l'hospitalisation
de la mère de madame pour une fracture de la hanche, ils
sont sollicités quotidiennement. Faute de place disponible
dans une maison de convalescence, ils n'ont pu lui trouver, à
sa sortie, qu'une chambre dans une maison de retraite privée
: " Ses maigres économies fondaient comme neige au
soleil, tant le prix était élevé. De plus,
le personnel de cet établissement n'était pas formé
- ni très ouvert d'ailleurs- pour s'occuper d'une personne
handicapée et nécessitant des soins." Du temps,
il leur en a fallu pour aller voir l'assistante sociale de la
commune et passer des dizaines de coups de fil dans diverses structures
d'aide à domicile. Une chance, ils habitent à 500
mètres de " leur " maman: lorsqu'elle est rentrée
chez elle en août, la pénurie de personnel était
à son zénith. Tous les matins, ils sont venus lui
ouvrir ses volets, l'aider à faire sa toilette, à
préparer son déjeuner, etc. Peu à peu, le
ballet des infirmières, aide-ménagère, livreur
de repas s'est installé et la malade a recommencé
à marcher. Aujourd'hui ils soufflent un peu. Ils ont tout
de même acheté un téléphone portable,
passent encore chaque jour mais, de manière générale,
s'éloignent peu.
Liliane
a du temps et la chance d'avoir un époux pour l'aider.
Retraitée, elle est de retour chez elle après une
intervention chirurgicale. Son père est lui-même
hospitalisé après une chute et désormais
handicapé, il attend dans une maison de convalescence de
pouvoir revenir chez sa fille, où il habitait déjà.
Mais Liliane se fait du souci pour la suite et culpabilise
: comment continuer à vivre une vie active de jeune retraitée,
avec cette impossibilité de laisser son père seul
à la maison ? Est-ce légitime ?
La
liste des exemples où tout repose sur l'entourage du malade,
pourrait durer indéfiniment. " En France, ce sont
les familles, en premier, qui prennent en charge les personnes
âgées, affirme Paulette Guinchard-Kunstler, députée
du Doubs et ancienne secrétaire d'État (Ancienne
secrétaire d'État auprès de la ministre de
l'emploi et de la solidarité, aux personnes âgées,
de mars 2001 à mai 2002.) : il y a dix ans déjà,
une enquête de la Caisse nationale d'assurance vieillesse
avait révélé que 80 % des personnes âgées
dépendantes vivent dans leur famille. Malgré cela,
les politiques gardent dans l'idée que les gens ne s'occupent
plus de leurs vieux ! Une vraie politique en faveur des personnes
âgées doit tenir compte de leurs besoins et de ceux
de leurs proches." Dans ce contexte, Paulette Guinchard-Kunstler
propose une vision " complète " de l'organisation
de la prise en charge à domicile, qui peut être valable
pour toute personne sortant d'hôpital avec un handicap ou
une maladie invalidante, quel que soit son âge. Pour tous,
il est indispensable, préconise-t-elle, de prendre en compte
la totalité de leurs besoins, notamment l'isolement, le
sentiment de solitude, la perte de place sociale, qui constituent
parfois la principale difficulté à assumer au retour.
Marceline,
suivie en hôpital de jour au centre Léon-Bérard
à Lyon pour un cancer du pancréas et du foie, n'a
pas pu rester chez elle, car elle y vivait seule. " J'avais
peur des effets secondaires de la chimiothérapie, notamment
la nuit, raconte-t-elle. Et puis après l'annonce du diagnostic
- un véritable coup sur la tête -, j'ai déprimé.
Je n'avais plus le courage de me faire à manger. De plus,
ce n'est pas dans ma nature de parler de ma maladie, alors je
n'avais aucune visite. " L'assistante sociale de l'hôpital
l'a aidée à trouver en 48 heures une chambre à
L'Hospitalité de Bethanie, structure de logement pour malades
sortants de l'hôpital créée à Lyon
par Habitat et Humanisme (lire
ALTERNATIVE SANTÉ- L'Impatient n° 290).
Sortir
de l'hôpital est certes, souvent un soulagement, mais aussi
une source d'angoisse : " Dans l'établissement, les
gens se sentent en sécurité, explique Vincent Kapps,
psychologue de l'Association lyonnaise de psycho-oncologie. De
retour chez eux, ils peuvent ressentir une angoisse d'abandon.
Les en avertir avant la sortie permet de limiter leur détresse
psychique. " Micheline Kopp, ancienne anesthésiste
et " écoutante" à Accueil Cancer, confirme
: " Les malades hospitalisés ne pensent qu'à
une chose : sauver leur peau et ressortir le plus vite possible.
Ce n'est qu'une fois chez eux qu'ils prennent conscience de leur
handicap, de la mutilation subie et ils se mettent à
souffrir psychologiquement. " C'est pourquoi l'Association
lyonnaise de psycho-oncologie propose gratuitement l'accompagnement
par un psychologue spécialement formé, dans les
établissements hospitaliers de Lyon ou chez les malades,
y compris en période de rémission où le malade
risque de se sentir " lâché " par les soignants:
" Il faut aller au devant des personnes, car elles ne feront
pas la démarche d'aller consulter, même si elles
en ont besoin, affirme Vincent Kapps. Il y a en France une carence
de la prise en charge psychologique des malades."...