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C'est
en fabriquant des protéines dites de stress que les cellules
protègent leurs fonctions vitales et résistent aux
agressions: rayons ultraviolets, produits chimiques et molécules
diverses
Des produits cosmétologiques et des compléments
alimentaires
sont apparus, faisant référence à ces protéines
de stress. Que peut-on en attendre ?
C'était
il y a quarante ans (en 1962), des chercheurs découvraient
après le chauffage inopportun de cellules de glandes salivaires
de mouches (drosophiles) l'apparition dans ces cellules de nouvelles
protéines (La matière vivante est
composée de molécules appelées "protéines
" qui sont comme les briques de construction d'une maison
: indispensables à l'édification des murs. Ces molécules
de grande taille peuvent se scinder en parties plus petites nommées
" peptides ", qui elles-mêmes se coupent en molécules
encore plus petites : " les acides aminés ".
L'albumine de l'uf (substance translucide qui coagule sous
l'effet de la chaleur ou se transforme en neige en la battant)
est un exemple type de protéine. Il en existe des milliers
de sortes, différentes selon les acides aminés qui
les composent.). Appelées initialement HSP (pour
Heat Shock Proteins, littéralement protéines de
choc de chaleur), ces protéines sont désormais dénommées
" protéines de stress " puisqu'il s'est avéré
que le même mécanisme se mettait en route chaque
fois que les cellules rencontraient une situation compromettant
leur survie. En cas, par exemple, d'augmentation de température,
mais également d'exposition à des métaux
lourds, aux UV, au manque d'oxygène ou de glucose, en cas
d'infection et/ou d'apport d'antibiotiques
Ces
protéines, élaborées lors du premier stress
rencontré, induisent une tolérance face aux agressions
futures. Ce mécanisme de résistance explique la
survie des espèces tout au long de l'évolution ainsi
que leur adaptation à des conditions environnementales
très difficiles comme la sécheresse, voire la dessiccation,
des froids extrêmes
Les
recherches avançant et le nombre de protéines de
stress découvertes ne cessant d'augmenter (on en dénombre
une trentaine actuellement), on les a classées en fonction
de leur poids moléculaire en quatre familles : les HSP27,
les HSP60, les HSP70, les HSP90.
Les
molécules chaperons
Les
HSP sont produites chaque fois que les protéines qui constituent
la cellule ne présentent pas ou plus leur conformation
normale, soit parce qu'elles ont dès le départ été
mal codées, soit parce qu'elles ont subi un stress. En
bonnes ménagères, les HSP s'accrochent à
ces protéines appelées "dénaturées
" pour en prévenir l'agrégation (Les
protéines présentent naturellement une structure
dans l'espace qui prend l'apparence de chaînes. Quand elles
sont " dénaturées ", cette configuration
spatiale se transforme: les chaînes se replient sur elles-mêmes,
formant des agrégats), afin de les reformater quand
c'est possible ou les éliminer (en les transférant
ailleurs) quand les dommages causés sont trop importants.
Ces bons offices valent aux HSP d'être baptisées
molécules chaperons.
On
est loin de tout connaître de l'action des HSP, mais déjà
ce que l'on en sait laisse pressentir de nombreuses applications.
Dans le domaine des pollutions d'abord (lire interview page 38),
pour identifier les substances polluantes et mesurer leur effets
sur les êtres vivants. En thérapeutique ensuite,
puisque certaines affections dégénératives
se caractérisent par une dénaturation des protéines
(c'est le cas lors de la formation des plaques d'athérome,
de la cataracte, de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, de la maladie
d'Alzheimer ).
"
De plus nous avons démontré, explique le Pr André-Patrick
Arrigo, directeur de recherche au Centre national de recherche
scientifique, dépendant de l'Université Claude Bernard
de Lyon I, qu'elles étaient anti-apoptiques, c'est-à-dire
qu'elles luttaient contre la mort déclenchée des
cellules." Les HSP agiraient au niveau des mitochondries
(structures présentes dans les cellules et qui servent
de centrale énergétique ainsi que de centre décisionnel
entre survie ou mort cellulaire) en les protégeant contre
les radicaux libres (auxquels on attribue le phénomène
de vieillissement). " Tant les HSP70 que les mitochondries
joueraient, de ce fait, un rôle déterminant dans
l'évolution des phénomènes inflammatoires,
évolution qui influe sur la mort cellulaire ", lit-on
dans un article scientifique de la revue médecine/sciences
(médecine/sciences n° 1, vol 14, janvier
1998). À ce titre les protéines de choc participent
d'un effet anti-inflammatoire particulièrement intéressant.
Une
idée séduisante
L'idée
d'utiliser des substances capables d'induire la formation de HSP
ou d'accélérer leur rapidité d'intervention
est la conséquence logique de ces découvertes. "
Les algues, parce qu'elles doivent, en raison des marées,
s'adapter à des variations importantes de leur environnement
(sel, pluie, sécheresse ), nous ont semblé
une piste intéressante ", explique Flore Martin, responsable
scientifique des laboratoires PiLeJe. Des extraits de Porphyra
umbilicalis, une algue rouge alimentaire présente sur les
côtes bretonnes, ont été testés sur
deux types de cellules humaines: l'une qui ne possède pas
beaucoup de spécificité cellulaire, l'autre qui
se rapproche des kératocytes (cellules de la peau). "
En présence d'extraits de Porphyra, ces cellules ont montré
une augmentation significative des protéines de stress
(HSP-27-60 et 70) dès lors qu'elles étaient soumises
à un choc thermique ou exposées à des ultraviolets,
ajoute encore Flore Martin. Ce qui va dans le sens d'une protection
des cellules, les HSP étant alors induites plus rapidement
et en plus grande quantité. "