Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
En
cas d'angoisse ou de souffrance psychique, la peau peut révéler
ce mal-être sous forme de lésions cutanées.
Des maux à la place des mots.
C'est ce que l'on appelle "somatiser". On les soigne
physiquement et surtout psychiquement à l'hôpital Saint-Louis (Paris).
Hôpital
Saint-Louis à Paris, Centre de Santé Sabouraud.
Dans ce lieu dédié aux soins de la peau et du cheveu,
Danièle Pomey-Rey, dermatologue, psychiatre et psychanalyste,
reçoit tous les mercredis après-midi. Les patients
viennent de toute la France et de l'étranger. Après
avoir essayé différents traitements, consulté
plusieurs dermatologues, sans résultats (définitifs),
ils atterrissent ici poussés par un ultime espoir. "Docteur,
je ne peux plus me supporter, je ne peux plus vivre avec cet eczéma.
" Ils expriment une souffrance psychique qui, au fil des
consultations, apparaît être souvent à l'origine
des dermatoses chroniques autant que leur conséquence.
Dans son livre " Bien dans sa peau, bien dans sa tête
" (éd. Hachette Littérature), Danièle
Pomey-Rey estime que 80 % des affections dermatologiques sont
d'origine psychique.
Sa consultation, unique en son genre, attire des visiteurs discrets.
En ce jour, une dermatologue, ex-chef de clinique, une psychanalyste
et une stagiaire en psychologie viennent y assister. Le premier
patient frappe à la porte. Elle l'invite à s'asseoir
en face d'elle. Il s'appelle Jean, il a 40 ans, il se présente
comme " paysan". La peau de son visage et de ses mains
est rouge foncé. " Je suis comme ça de la tête
aux pieds. " Il a (eu) peur de ressembler à son père
alcoolique qu'il a toujours vu rouge. " Je suis comme mon
père, c'est foutu, c'est désespéré.
" Danièle Pomey-Rey interrompt son écoute bienveillante
pour qualifier sa maladie. Il s'agit d'une érythrodermie
congénitale. Il en souffre depuis l'âge de 12 ans.
"Si votre père est alcoolique, sa peau doit plutôt
être violacée ", rectifie la dermatologue invitée
à la consultation, dans le but de rompre ce processus d'identification.
Sans doute Jean n'a-t-il pas été désiré
et n'a-t-il pas reçu tout l'amour d'une mère élevée
elle-même par l'Assistance publique, et préoccupée
avant tout de nourrir une famille de neuf enfants. " Je ne
me suis pas senti aimé. On était là comme
des objets."
" Vos frères et surs présentaient-ils
des troubles ? "
" Vous savez, dans mon milieu, on ne se parle pas, on ne
se regarde pas." Adolescent, il a souffert d'" angoisse
absolue ", a fait " une grande chute" (dépression)
et a " lutté pour ne pas se suicider ". Cette
envie ne l'a pas quitté. Il ne supporte pas la lumière,
se dit apaisé et moins déprimé dans le noir.
Pour se détendre, il court, la nuit. " Je pense que
mon problème ne vient pas de la peau ", déclare-t-il
lucide. Il a suivi une psychothérapie pendant quatre ans
où " il s'est senti bloqué, un peu comme un
prisonnier " (" le psychanalyste avait les bras croisés
et ne disait rien "), a payé très cher (12
000 francs à l'époque) des séances de laser
dans une clinique esthétique privée, sans aucun
résultat, a repris une psychothérapie avec un autre
psychiatre qu'il trouve " très dur ", a découvert
en lisant " La Force de guérir" d'Edouard Zarifian,
" qu'il y a des gens qui écoutent et s'intéressent
aux autres", et le voilà ici, très motivé
pour guérir. Mais seul, il ne peut y arriver. " J'ai
besoin d'aide", dit-il. Danièle Pomey-Rey lui fournit
d'abord une explication. " Votre maladie n'est héréditaire
qu'à 50 %, l'autre moitié provient de votre émotivité
et de votre hypersensibilité. Elle dépend du système
nerveux sympathique (Qui innerve la peau et les
viscères. Son centre de commande se trouve dans le cervelet
et fonctionne indépendamment de la volonté).
Vous pouvez agir sur elle par une prise de médicaments
et par un travail sur votre "cerveau créatif"
- celui des émotions- au moyen d'une psychothérapie.
Vous pouvez donc maîtriser votre maladie à 50 %.
" Sans interférer dans le travail analytique qu'il
mène avec son psychiatre, elle l'éclaire aussi sur
le processus de transfert (Acte par lequel le sujet
en analyse reporte sur le psychanalyste des sentiments éprouvés
dans sa petite enfance pour une autre personne. On parle de "
transfert positif " quand ces sentiments sont teintés
d'affection et de " transfert négatif " quand
ils sont hostiles.) en lui précisant qu'il vit en
ce moment un transfert négatif (il identifie le "
psy " à son père). Il peut s'en sortir en parlant
avec lui. Vient ensuite la prescription. Des bêtabloquants
(Médicaments utilisés en cardiologie
pour soigner les troubles du rythme cardiaque. Ils agissent aussi
sur l'émotivité et le stress. Ils ont été
prescrits ici car ils ont une action spécifique sur le
système vasculaire qui modifiera la carnation de la peau.)
- qui modifieront la carnation de la peau- " pour désamorcer
l'angoisse et pouvoir accéder plus facilement à
un travail thérapeutique", l'angoisse pouvant créer
des troubles du sommeil et figer la capacité imaginaire.
" Munissez-vous d'un carnet au pied de votre lit et surtout
notez vos rêves ; ils vont vous aider dans votre travail.
Vous allez voir: il y a des chances pour que vous rêviez
dès cette nuit. " Jean quitte la consultation, réconforté
par l'attitude bienveillante de la psychanalyste et par ses encouragements.
"J'ai été un substitut de bonne mère",
précise-t-elle.
"
Quel est votre persécuteur ?"
Entre
Stéphanie, une jeune femme de 33 ans, diplômée
de HEC, qui a repris des études de psychologie après
sept ans de marketing dans une grande entreprise. Depuis 1994,
elle souffre d'une dermatose qualifiée de névrodermite
par Danièle Pomey-Rey. " À cette date, j'ai
quitté la maison avec ma sur pour échapper
à ma mère et surtout à son conjoint ",
explique-t-elle. Selon les périodes de sa vie, cette affection
recouvre tout son corps, et la gratte énormément,
ou surgit par plaques. " Quel est votre persécuteur
? " demande Danièle Pomey-Rey avec un sourire amusé
car elle sait que Stéphanie, en analyse depuis dix ans,
l'a déjà trouvé.