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AVRIL 2003

 

Peau d'âme...

Avril 2003

 

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En cas d'angoisse ou de souffrance psychique, la peau peut révéler ce mal-être sous forme de lésions cutanées.
Des maux à la place des mots.
C'est ce que l'on appelle "somatiser". On les soigne physiquement et surtout psychiquement à l'hôpital Saint-Louis (Paris).

 

 

 

 

Hôpital Saint-Louis à Paris, Centre de Santé Sabouraud. Dans ce lieu dédié aux soins de la peau et du cheveu, Danièle Pomey-Rey, dermatologue, psychiatre et psychanalyste, reçoit tous les mercredis après-midi. Les patients viennent de toute la France et de l'étranger. Après avoir essayé différents traitements, consulté plusieurs dermatologues, sans résultats (définitifs), ils atterrissent ici poussés par un ultime espoir. "Docteur, je ne peux plus me supporter, je ne peux plus vivre avec cet eczéma. " Ils expriment une souffrance psychique qui, au fil des consultations, apparaît être souvent à l'origine des dermatoses chroniques autant que leur conséquence. Dans son livre " Bien dans sa peau, bien dans sa tête " (éd. Hachette Littérature), Danièle Pomey-Rey estime que 80 % des affections dermatologiques sont d'origine psychique.
Sa consultation, unique en son genre, attire des visiteurs discrets. En ce jour, une dermatologue, ex-chef de clinique, une psychanalyste et une stagiaire en psychologie viennent y assister. Le premier patient frappe à la porte. Elle l'invite à s'asseoir en face d'elle. Il s'appelle Jean, il a 40 ans, il se présente comme " paysan". La peau de son visage et de ses mains est rouge foncé. " Je suis comme ça de la tête aux pieds. " Il a (eu) peur de ressembler à son père alcoolique qu'il a toujours vu rouge. " Je suis comme mon père, c'est foutu, c'est désespéré. " Danièle Pomey-Rey interrompt son écoute bienveillante pour qualifier sa maladie. Il s'agit d'une érythrodermie congénitale. Il en souffre depuis l'âge de 12 ans. "Si votre père est alcoolique, sa peau doit plutôt être violacée ", rectifie la dermatologue invitée à la consultation, dans le but de rompre ce processus d'identification. Sans doute Jean n'a-t-il pas été désiré et n'a-t-il pas reçu tout l'amour d'une mère élevée elle-même par l'Assistance publique, et préoccupée avant tout de nourrir une famille de neuf enfants. " Je ne me suis pas senti aimé. On était là comme des objets."
" Vos frères et sœurs présentaient-ils des troubles ? "
" Vous savez, dans mon milieu, on ne se parle pas, on ne se regarde pas." Adolescent, il a souffert d'" angoisse absolue ", a fait " une grande chute" (dépression) et a " lutté pour ne pas se suicider ". Cette envie ne l'a pas quitté. Il ne supporte pas la lumière, se dit apaisé et moins déprimé dans le noir. Pour se détendre, il court, la nuit. " Je pense que mon problème ne vient pas de la peau ", déclare-t-il lucide. Il a suivi une psychothérapie pendant quatre ans où " il s'est senti bloqué, un peu comme un prisonnier " (" le psychanalyste avait les bras croisés et ne disait rien "), a payé très cher (12 000 francs à l'époque) des séances de laser dans une clinique esthétique privée, sans aucun résultat, a repris une psychothérapie avec un autre psychiatre qu'il trouve " très dur ", a découvert en lisant " La Force de guérir" d'Edouard Zarifian, " qu'il y a des gens qui écoutent et s'intéressent aux autres", et le voilà ici, très motivé pour guérir. Mais seul, il ne peut y arriver. " J'ai besoin d'aide", dit-il. Danièle Pomey-Rey lui fournit d'abord une explication. " Votre maladie n'est héréditaire qu'à 50 %, l'autre moitié provient de votre émotivité et de votre hypersensibilité. Elle dépend du système nerveux sympathique (Qui innerve la peau et les viscères. Son centre de commande se trouve dans le cervelet et fonctionne indépendamment de la volonté). Vous pouvez agir sur elle par une prise de médicaments et par un travail sur votre "cerveau créatif" - celui des émotions- au moyen d'une psychothérapie. Vous pouvez donc maîtriser votre maladie à 50 %. " Sans interférer dans le travail analytique qu'il mène avec son psychiatre, elle l'éclaire aussi sur le processus de transfert (Acte par lequel le sujet en analyse reporte sur le psychanalyste des sentiments éprouvés dans sa petite enfance pour une autre personne. On parle de " transfert positif " quand ces sentiments sont teintés d'affection et de " transfert négatif " quand ils sont hostiles.) en lui précisant qu'il vit en ce moment un transfert négatif (il identifie le " psy " à son père). Il peut s'en sortir en parlant avec lui. Vient ensuite la prescription. Des bêtabloquants (Médicaments utilisés en cardiologie pour soigner les troubles du rythme cardiaque. Ils agissent aussi sur l'émotivité et le stress. Ils ont été prescrits ici car ils ont une action spécifique sur le système vasculaire qui modifiera la carnation de la peau.) - qui modifieront la carnation de la peau- " pour désamorcer l'angoisse et pouvoir accéder plus facilement à un travail thérapeutique", l'angoisse pouvant créer des troubles du sommeil et figer la capacité imaginaire. " Munissez-vous d'un carnet au pied de votre lit et surtout notez vos rêves ; ils vont vous aider dans votre travail. Vous allez voir: il y a des chances pour que vous rêviez dès cette nuit. " Jean quitte la consultation, réconforté par l'attitude bienveillante de la psychanalyste et par ses encouragements. "J'ai été un substitut de bonne mère", précise-t-elle.

" Quel est votre persécuteur ?"

Entre Stéphanie, une jeune femme de 33 ans, diplômée de HEC, qui a repris des études de psychologie après sept ans de marketing dans une grande entreprise. Depuis 1994, elle souffre d'une dermatose qualifiée de névrodermite par Danièle Pomey-Rey. " À cette date, j'ai quitté la maison avec ma sœur pour échapper à ma mère et surtout à son conjoint ", explique-t-elle. Selon les périodes de sa vie, cette affection recouvre tout son corps, et la gratte énormément, ou surgit par plaques. " Quel est votre persécuteur ? " demande Danièle Pomey-Rey avec un sourire amusé car elle sait que Stéphanie, en analyse depuis dix ans, l'a déjà trouvé.

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Marie-Laure Wallon


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