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AVRIL 2003

 

La médecine des signatures

Avril 2003

 

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Depuis la nuit des temps, l'être humain a cru que les plantes pouvaient l'interpeller par des " signes " qu'il n'avait
qu'à déchiffrer. Une intuition confirmée par les recherches les plus récentes.

 

 

 

Lorsque vient le printemps apparaissent ça et là dans les haies de petites étoiles bleu pâle, parfois blanches ou roses. Ce sont les fleurs d'une jolie anémone au nom curieux, l'" hépatique ". Quel rapport peut-il y avoir entre cette gracieuse plante et le foie (en grec " hêpar, hêpatos ") ? Approchons-nous de plus près pour observer ses feuilles. Leur forme caractéristique, découpée en trois lobes profonds, évoque celle du plus gros organe de notre corps, et la couleur rouge vineuse de leur face inférieure est là pour renforcer la comparaison. Dès le XVIe siècle, l'hépatique est utilisée comme remède spécifique du foie. Vers cette époque, en pleine Renaissance, plusieurs alchimistes mettent sur pied une médecine par analogie, où le végétal est censé indiquer à l'homme la maladie ou la partie du corps qu'il peut soigner. Oswald Crollius dans " La Royale chimie " explique : " Les herbes parlent au médecin attentif par leur signature, lui découvrant par quelque ressemblance leurs vertus intérieures, cachées sous le voile du silence de la nature." Le plus célèbre de ces médecins-alchimistes est probablement le suisse Auréole Philippe Théophraste Bombast von Hohenheim, mieux connu sous le nom simplifié de Paracelse. Ses longs travaux le mènent à découvrir les propriétés thérapeutiques de nombreuses substances et à codifier les similitudes entre certaines plantes et les organes humains ou les maladies. Pour lui, la création se présente comme une parfaite architecture de miroirs qui révèlent l'omniprésence d'un Dieu d'ordre et de bonté. Le microcosme se relie au macrocosme, l'homme au cosmos et la plante à l'homme.
Ce principe de similitude avait émergé déjà longtemps auparavant. Dans la Chine du Ve siècle avant notre ère, le livre "Houang-ti Nei-king " présente une vision du monde où tout est relié, la maladie résultant d'une rupture d'équilibre entre l'homme et les forces de l'univers. À cette époque déjà, on constate que les plantes par leur forme, par leur couleur, par la partie utilisée possèdent une application médicale précise qu'il suffit de savoir déchiffrer pour obtenir la guérison. On choisit par exemple les boutons et les fleurs pour soigner les parties supérieures du corps humain, et les racines pour les membres inférieurs. En Occident par contre se développe la médecine classique basée sur la pensée d'Hippocrate, qui oppose les " éléments " et leurs " qualités " pour entretenir ou rétablir l'équilibre du corps. C'est ainsi qu'un remède feu/chaud saura guérir une maladie eau/froid, par exemple le gingembre contre le rhume. Il faudra attendre le Moyen-Âge pour que l'analogie apparaisse dans les pharmacopées européennes, de façon implicite. C'est ainsi que l'on préconise " la buglosse à trois graines " dans les accès de fièvre tierce et " la buglosse à quatre graines " dans la fièvre quarte. Le roseau, dont on fabrique des flèches, sert à soigner les blessures provoquées par ces projectiles. Paracelse mettra enfin en forme la " théorie des signatures ", qui exercera une énorme influence aux XVIe et XVIIe siècles. La pensée analogique qu'il développe en fait d'ailleurs le vrai pionnier de l'homéopathie, puisque c'est d'elle que s'inspirera plus tard Hahnemann dans ses célèbres travaux.

Ça marche !

Bien sûr, nous avons du mal à y croire. Ce serait tellement simple si les plantes pouvaient vraiment nous indiquer ce qu'elles soignent… Ce qui est troublant en tous cas, c'est que bien souvent ça marche ! Des recherches effectuées sur notre sympathique hépatique par exemple ont récemment prouvé que certains de ses composants possédaient une réelle action sur le foie, réhabilitant ainsi après plusieurs siècles d'oubli son usage traditionnel, contre lequel bien des médecins " sérieux " s'étaient élevés.
La ficaire est une petite renoncule commune au printemps dans les bois et les haies fraîches qu'elle éclaire de ses superbes étoiles d'or. Ses racines sont renflées en forme de tubercules allongés et rappellent étrangement des hémorroïdes. De là viennent son appellation populaire d'" herbe-aux-hémorroïdes" et son usage traditionnel contre ces douloureuses excroissances. La phytothérapie officielle n'y avait guère prêté attention, jusqu'à ce que, voici une vingtaine d'années, des travaux scientifiques viennent prouver son efficacité comme analgésique et anti-inflammatoire. Aussi la ficaire, dont on utilisait les tubercules écrasés dans de la graisse sous forme de pommade, entre-t-elle aujourd'hui dans la composition de plusieurs spécialités antihémorroïdaires.
La ficaire était autrefois nommée " petite éclaire " par opposition à la " grande éclaire " qui est la chélidoine, cousine du coquelicot et du pavot. Ce qui est frappant chez cette belle plante des décombres, qui affectionne particulièrement le voisinage des murs, est le curieux latex jaune qui coule abondamment dès qu'on en brise une tige. La tradition voulait que les hirondelles en cassent les rameaux pour récupérer un peu de latex avec lequel frotter les yeux de leurs nouveau-nés afin de les ouvrir. D'où son nom d'"éclaire ", et celui de " chélidoine ", tiré du grec " chêlidôn", qui signifie hirondelle. S'il semble que ceci relève de la légende plutôt que de l'observation, l'usage du latex contre les affections de la vésicule biliaire est, lui, tout à fait justifié. La médecine des signatures voulait que sa couleur jaune, brunissant à l'air, rappelle celle de la bile, et donc qu'on l'emploie pour soigner les difficultés de son écoulement. La chélidoine calme effectivement les spasmes de la vésicule biliaire et se voit fréquemment prescrite par les phytothérapeutes modernes. Assez toxique, elle n'est à utiliser qu'avec circonspection. Du moins en usage interne, car son emploi universellement répandu contre les verrues, s'il n'est pas garanti efficace à 100 %, se montre en tous cas sans danger.

Aspirine naturelle

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François Couplan


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