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ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient : Quel est l'objet de la médecine
psychosomatique ?
Jean-Benjamin
Stora : Elle s'intéresse aux relations entre le psychisme
et le corporel. En quoi le psychisme (instance qui met en relation
les émotions et la pensée) peut-il déclencher
l'apparition d'une maladie et participer à sa guérison
? Au temps d'Hippocrate, la médecine s'intéressait
à l'individu dans sa globalité. Ce n'est qu'au XXe
siècle qu'elle a perdu sa dimension humaine tandis qu'elle
se fondait sur une hyper technicité réduisant le
malade à un objet. " L'être humain doté
d'un appareil psychique est psychosomatique par définition
", disait Pierre Marty. Il ne peut donc être soigné
que dans sa globalité.
Comment
se produit la somatisation ?
Un
événement actuel peut déclencher le rappel
d'un événement traumatique passé. Pour l'organisme,
le temps n'existe pas. Les émotions présentes vont
s'interconnecter à la réminiscence de souvenirs
traumatiques et provoquer un débordement de l'appareil
psychique. L'individu peut alors se trouver dans l'incapacité
d'élaborer ce trop-plein d'excitations. Ces excitations,
au lieu de se trouver mentalisées, vont se traduire, soit
immédiatement, soit après un temps de latence, en
trouble somatiques.
D'où
viennent les défenses psychiques et peut-on les renforcer
?
Les
défenses psychiques se mettent en place au fur et à
mesure du développement de l'appareil psychique dans les
vingt premières années de la vie. Elles sont le
produit de la relation d'un individu, depuis sa naissance, avec
ses parents, sa famille plus élargie, ses professeurs,
son environnement socioculturel. En cas de défaillance,
elles peuvent être restaurées par un travail thérapeutique
comme les défenses somatiques peuvent être renforcées
par un traitement médical.
Un
exemple de somatisation ?
Un
homme a subi une crise cardiaque dans les mois qui suivirent la
faillite de son entreprise. Il avait réussi à replacer
tous ses employés. Cet acharnement lui a rappelé
son adolescence : son père disparu, il a dû en tant
qu'aîné d'une famille nombreuse travailler d'arrache-pied
pour aider sa famille. À vingt ans d'intervalle, il a été
confronté au même choc traumatique et il a ressenti
le même choc émotionnel. "Je me suis tué
au travail. " C'est presque ce qu'il a vécu, sauf
qu'il a survécu à sa crise.
La
compréhension d'un événement à la
source d'une somatisation évite-t-elle la récidive,
la progression ou la rechute ?
Il
faut distinguer la compréhension de l'événement
actuel et celle de l'événement ancien resté
enfoui dans la mémoire. Un travail psychique va, dans le
meilleur des cas, commencer dans les 24 à 48 heures, suivant
l'accident actuel (deuil, perte d'un être cher, d'un emploi,
déménagement mais aussi perte d'une fonction physique).
Une fonction imaginaire bien développée facilitera
ce travail au moyen des rêves, associations d'idées,
souvenirs présents et passés, etc. Ce premier travail
d'élaboration mentale pourra être approfondi dans
le cadre d'une thérapie. Il permettra la perception profonde
de l'événement ancien à travers la reviviscence
des émotions qui l'ont accompagné. Tant que ces
émotions ne seront pas reliées à l'événement
ancien, elles se traduiront, par déplacement, en symptômes
psychiques et en troubles somatiques. Après ce long travail,
l'individu pourra, avec des défenses restaurées
et consolidées et un champ de conscience élargi,
faire face aux prochains chocs de la vie.
Le
psychisme a une influence sur le corps. L'inverse est-il aussi
vrai ?
Quelle
est la spécificité de votre pratique à l'hôpital
?
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Propos
recueillis par Marie-Laure Wallon
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