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Face
à l'hypothèse d'une menace terroriste utilisant
le virus de la variole comme arme biologique, les États-Unis
et la France viennent de lancer un programme de vaccinations antivarioliques.
Quels sont les risques de la maladie et ceux de la vaccination
? Qui est concerné ?
Le
21 décembre dernier, George W. Bush, le président
des États-Unis, faisait savoir qu'il venait de se faire
vacciner contre la variole, quelques jours après avoir
ordonné la vaccination contre la variole des militaires
et autres personnels exposés dans les régions où
une attaque biologique est à craindre. Cette décision
qui concernerait plusieurs millions de personnes ne fait pas l'unanimité
dans les milieux médicaux étasuniens, en raison
des risques d'accidents post-vaccinaux sévères.
En outre, la personne vaccinée peut contaminer son entourage,
multipliant ces risques. Selon le New England Journal of Medecine
du 30 janvier 2003, une vaccination des personnels médicaux
des États-Unis entraînerait plusieurs centaines de
victimes et vingt-cinq décès. Estimant qu'une politique
de vaccination antivariolique a plus d'inconvénients que
d'avantages, surtout en l'absence de tout cas de variole, deux
hôpitaux ont annoncé qu'ils refuseraient de vacciner.
D'autres établissements pourraient faire de même.
En
France, l'Institut de veille sanitaire (InVS) publiait, fin 2001,
une étude qui montre que les risques d'effets secondaires
sont difficiles à estimer avec certitude, car on ne dispose
que d'enquêtes anciennes dont les résultats sont
variables, mais leur fréquence et leur gravité sont
certaines (voir Bibliographie, page 12). Si l'on vaccinait toute
la population française, ce sont des milliers d'effets
secondaires qui sont à attendre et plus de 300 décès,
selon l'InVS. Si l'on se contente de vacciner les personnels de
santé (1 200 000 personnes), ce sont encore 100 à
250 accidents graves et 6 à 8 décès qui sont
à craindre. Reprenant les conclusions de l'InVS, le Conseil
supérieur d'hygiène publique de France (CSHPF) recommandait,
dans un avis du 5 novembre 2001 au gouvernement d'adopter "
une stratégie graduée en fonction des circonstances
".
Aventis-Pasteur
en première ligne
Sans
attendre les décisions officielles, le laboratoire Aventis-Pasteur
montait en première ligne. En mars 2002, il avait fait
sensation aux États-Unis en offrant solennellement un stock
de 70 à 90 millions de doses du vaccin qu'il venait de
redécouvrir dans ses frigos étasuniens. Un bon moyen
de se positionner pour les futures commandes. Simultanément
en France, il se dépêchait de reprendre la production
du vaccin. Avec une préoccupation sérieuse, selon
Le Monde du 25 décembre dernier : "Obtenir des pouvoirs
publics que sa responsabilité ne puisse être engagée
en cas d'incidents ou d'accidents postvaccinaux." Après
l'affaire du vaccin anti-hépatite B, l'enjeu est de taille.
Le laboratoire veut jouer la carte la plus favorable : dramatiser
le risque, se positionner comme un recours, tout en laissant aux
pouvoirs publics la responsabilité d'accidents inévitables.
En février 2003, le gouvernement français a adopté
un " Plan national ", reprenant la stratégie
recommandée par l'InVS et le CSHPF. En l'absence de tout
cas de variole, la vaccination ne sera proposée dans un
premier temps qu'à 150 membres des personnels de santé.
Ces 150 personnes devront être volontaires et ne pas présenter
de contre-indications à la vaccination. Un chiffre qui
passerait à 900 dans l'éventualité d'une
menace bioterroriste. Il s'agit de former ainsi un corps de personnels
vaccinés qui puissent intervenir rapidement si des cas
de variole surviennent. Si un cas de variole est décelé
dans le monde, les personnels hospitaliers seraient vaccinés
et éventuellement d'autres catégories de personnels
de santé et de secours (jusqu'à deux à quatre
millions de personnes). Si un cas de variole survenait en France,
on appliquerait la stratégie de vaccination en anneau,
qui consiste à vacciner toutes les personnes ayant pu être
en contact étroit (moins de deux mètres) avec la
personne atteinte.