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AVRIL 2003

 

VARIOLE

Avril 2003

 

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Va-t-on reprendre les vaccinations?

 

 

 


Face à l'hypothèse d'une menace terroriste utilisant le virus de la variole comme arme biologique, les États-Unis et la France viennent de lancer un programme de vaccinations antivarioliques. Quels sont les risques de la maladie et ceux de la vaccination ? Qui est concerné ?

Le 21 décembre dernier, George W. Bush, le président des États-Unis, faisait savoir qu'il venait de se faire vacciner contre la variole, quelques jours après avoir ordonné la vaccination contre la variole des militaires et autres personnels exposés dans les régions où une attaque biologique est à craindre. Cette décision qui concernerait plusieurs millions de personnes ne fait pas l'unanimité dans les milieux médicaux étasuniens, en raison des risques d'accidents post-vaccinaux sévères. En outre, la personne vaccinée peut contaminer son entourage, multipliant ces risques. Selon le New England Journal of Medecine du 30 janvier 2003, une vaccination des personnels médicaux des États-Unis entraînerait plusieurs centaines de victimes et vingt-cinq décès. Estimant qu'une politique de vaccination antivariolique a plus d'inconvénients que d'avantages, surtout en l'absence de tout cas de variole, deux hôpitaux ont annoncé qu'ils refuseraient de vacciner. D'autres établissements pourraient faire de même.

En France, l'Institut de veille sanitaire (InVS) publiait, fin 2001, une étude qui montre que les risques d'effets secondaires sont difficiles à estimer avec certitude, car on ne dispose que d'enquêtes anciennes dont les résultats sont variables, mais leur fréquence et leur gravité sont certaines (voir Bibliographie, page 12). Si l'on vaccinait toute la population française, ce sont des milliers d'effets secondaires qui sont à attendre et plus de 300 décès, selon l'InVS. Si l'on se contente de vacciner les personnels de santé (1 200 000 personnes), ce sont encore 100 à 250 accidents graves et 6 à 8 décès qui sont à craindre. Reprenant les conclusions de l'InVS, le Conseil supérieur d'hygiène publique de France (CSHPF) recommandait, dans un avis du 5 novembre 2001 au gouvernement d'adopter " une stratégie graduée en fonction des circonstances ".

Aventis-Pasteur en première ligne

Sans attendre les décisions officielles, le laboratoire Aventis-Pasteur montait en première ligne. En mars 2002, il avait fait sensation aux États-Unis en offrant solennellement un stock de 70 à 90 millions de doses du vaccin qu'il venait de redécouvrir dans ses frigos étasuniens. Un bon moyen de se positionner pour les futures commandes. Simultanément en France, il se dépêchait de reprendre la production du vaccin. Avec une préoccupation sérieuse, selon Le Monde du 25 décembre dernier : "Obtenir des pouvoirs publics que sa responsabilité ne puisse être engagée en cas d'incidents ou d'accidents postvaccinaux." Après l'affaire du vaccin anti-hépatite B, l'enjeu est de taille. Le laboratoire veut jouer la carte la plus favorable : dramatiser le risque, se positionner comme un recours, tout en laissant aux pouvoirs publics la responsabilité d'accidents inévitables. En février 2003, le gouvernement français a adopté un " Plan national ", reprenant la stratégie recommandée par l'InVS et le CSHPF. En l'absence de tout cas de variole, la vaccination ne sera proposée dans un premier temps qu'à 150 membres des personnels de santé. Ces 150 personnes devront être volontaires et ne pas présenter de contre-indications à la vaccination. Un chiffre qui passerait à 900 dans l'éventualité d'une menace bioterroriste. Il s'agit de former ainsi un corps de personnels vaccinés qui puissent intervenir rapidement si des cas de variole surviennent. Si un cas de variole est décelé dans le monde, les personnels hospitaliers seraient vaccinés et éventuellement d'autres catégories de personnels de santé et de secours (jusqu'à deux à quatre millions de personnes). Si un cas de variole survenait en France, on appliquerait la stratégie de vaccination en anneau, qui consiste à vacciner toutes les personnes ayant pu être en contact étroit (moins de deux mètres) avec la personne atteinte.

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Régis Pluchet

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