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ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient: Vous distinguez chez les personnes
âgées, l'acte suicidaire actif et l'acte suicidaire
passif
Marguerite
Charazac-Brunel : Le premier est un passage à l'acte clair,
parfois très
violent, par pendaison ou médicament par exemple
L'intention suicidaire est alors évidente. Les suicides
passifs restent plus discrets, mais se révèlent
non moins mortels : par exemple l'arrêt d'un traitement
médicamenteux indispensable à la survie, comme l'insuline
chez un diabétique. Ce suicide passif peut se manifester
dans le refus de se nourrir ou le désintérêt
pour les aliments, la négligence de l'hygiène de
base, un désintérêt pour la vie.
Vous
dites que la vieillesse est une épreuve de vérité
?
Oui,
car elle est la résultante de la manière dont nous
avons conduit notre vie. Tout dépend de ce que l'on a fait
quand on était actif, si l'on a investi les valeurs intérieures,
sa vie psychique. Quel que soit l'âge, les projets personnels
révèlent la capacité à se maintenir
et à aimer la vie. Se souvenir de ses rêves est aussi
un très bon indice de la richesse de sa vie intérieure.
C'est nous qui donnons un sens à notre existence, ce sens
ne nous tombe pas dessus. La richesse que l'on a trouvée
à l'intérieur de soi va donner de l'intérêt
à la vie.
Faut-il
interroger la personne que l'on sent en difficulté, même
s'il s'agit de notre père ou notre mère, et lui
demander directement si elle pense au suicide ?
Il
faut oser dire directement à la personne : " Est-ce
que vous pensez au suicide ? " C'est extrêmement important
pour la prise en charge. Formuler clairement cette question n'est
jamais ressenti comme une agression, cela a même un effet
de libération. En parler directement permet d'évaluer
l'imminence du risque suicidaire : est-ce que l'idée du
suicide est un simple fantasme, une pensée banale qui a
traversé l'esprit ? Est-ce un désir ? Le suicide
a-t-il été programmé clairement ? La personne
a-t-elle l'intention de se suicider dans les heures qui viennent
? Accepter de prononcer le mot " suicide ", signifie
qu'on l'a entendue et qu'on accepte sa souffrance.
Il
y a des cadavres dans certaines familles que l'on n'ose pas remuer
Dans
ces familles-là, la négation du suicide est extrêmement
redoutable. Quand il y a un déni, c'est-à-dire quand
on cache et refuse de voir la réalité en face -
le fait que quelqu'un se soit suicidé -, cela peut entraîner
des suicides de génération en génération.
Car il y a une transmission inconsciente du risque suicidaire,
mais il est entrevu comme un simple événement ou
même une façon de gérer des traumatismes.
Le suicide est fréquent dans les familles où l'on
a recours à la rupture ou à l'évitement pour
échapper aux difficultés, aux conflits ou aux crises.
La
dépression d'une personne âgée est-elle signe
d'un risque suicidaire ?
La
dépression peut être normale, elle fait partie des
réactions psychiques après un deuil, une perte,
un changement important. Les dépressions réactionnelles
après des traumatismes - le décès d'un proche
- font partie de la normalité. La dépression devient
pathologique, quand la personne ne peut plus la gérer,
quand elle se révèle insurmontable, trop intense,
et trop prolongée. Mais devant toute dépression,
il faut se poser la question du risque suicidaire.
Il
y a aussi la solitude
C'est
tout un apprentissage d'apprivoiser la solitude, la capacité
à être seul, et même être heureux ainsi.
Cette aptitude n'est pas innée, elle s'apprend grâce
à l'entourage durant l'enfance. Le psychanalyste Winnicott
à insisté sur ce qu'il a appelé la capacité
à être seul. Cela signifie que les parents ont accepté
que leur enfant puisse parfois jouer seul, de façon autonome,
et qu'il n'est pas là pour combler leur peur d'être
seuls ou déprimés.
Y
a-t-il des signes précurseurs du suicide des personnes
âgées ?
On
retrouve sensiblement les mêmes signes chez les hommes et
les femmes, les enfants et les personnes âgées. Mais
chez ces dernières, il y en a d'autres. Elles ne tiennent
plus compte de leur hygiène physique, ne mangent plus,
se désintéressent de leurs enfants et petits-enfants.
Elles abandonnent des activités très simples, comme
regarder la télévision, ne s'intéressent
plus à leurs plats préférés, sont
préoccupées par la mort.
La personne âgée ne va plus s'occuper de son animal,
elle va même le confier à quelqu'un d'autre. Il y
a des allusions parfois codées - ainsi l'expression du
sentiment de ne servir à rien ou d'être un poids
pour les autres-, parfois c'est clair, du style : " J'ai
envie de partir ".
Les autres signes annonciateurs sont souvent : l'isolement, le
mutisme, la dépression
Comment
réagir face à la lassitude de vivre, à la
plainte ?
Il
est souvent difficile de supporter les plaintes d'une personne
âgée, quand c'est sa manière habituelle d'attirer
l'attention sur elle. Comment percevoir alors l'expression d'une
souffrance authentique ?
Mais dans ce dernier cas, il devient important de l'accompagner
en essayant de susciter le désir, même des petites
choses: aller au marché, avoir de petits projets, même
modestes, mais qui pourront ensoleiller la prochaine journée.
Le recours à un tiers psychothérapeute, extérieur,
reste indispensable ; il n'est pas impliqué dans le lien
familial et peut repérer ce qui est à la racine
de ce désespoir.
Que
faire quand on sent une personne au bord du suicide ?
Quel
peut-être le rôle de l'entourage médical ?
Comment
s'y prend le psychanalyste ?
Vous
dites que la prévention du suicide des personnes âgées,
jusque-là, n'a pas été une préoccupation
des politiques. Un décès précoce peut représenter
pour l'économiste des charges financières éliminées.
D'où le fait qu'on s'en accommode
Mais vous ajoutez
que ces réactions sont des vues à court terme.
Comment
prendre en charge la personne suicidante ?
Comment
éviter d'être au bord du suicide ?
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Propos
recueillis par Pierre Dhombre
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