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MAI 2003

 

Interview
Marguerite Charazac-Brunel, psychanalyste
Le suicide des personnes âgées

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COMMANDEZ

 

Chaque année, 160 000 Français tentent de se suicider. 12 000 y parviennent, parmi lesquels 700 jeunes de moins de 24 ans et plus de 3 000 personnes de plus de 65 ans. À l'occasion de la sortie de son livre, Prévenir le suicide, nous avons interrogé Marguerite Charazac-Brunel, psychanalyste.

 

 

 

ALTERNATIVE SANTÉ - L'Impatient: Vous distinguez chez les personnes âgées, l'acte suicidaire actif et l'acte suicidaire passif…

Marguerite Charazac-Brunel : Le premier est un passage à l'acte clair, parfois très
violent, par pendaison ou médicament par exemple… L'intention suicidaire est alors évidente. Les suicides passifs restent plus discrets, mais se révèlent non moins mortels : par exemple l'arrêt d'un traitement médicamenteux indispensable à la survie, comme l'insuline chez un diabétique. Ce suicide passif peut se manifester dans le refus de se nourrir ou le désintérêt pour les aliments, la négligence de l'hygiène de base, un désintérêt pour la vie.

Vous dites que la vieillesse est une épreuve de vérité ?

Oui, car elle est la résultante de la manière dont nous avons conduit notre vie. Tout dépend de ce que l'on a fait quand on était actif, si l'on a investi les valeurs intérieures, sa vie psychique. Quel que soit l'âge, les projets personnels révèlent la capacité à se maintenir et à aimer la vie. Se souvenir de ses rêves est aussi un très bon indice de la richesse de sa vie intérieure. C'est nous qui donnons un sens à notre existence, ce sens ne nous tombe pas dessus. La richesse que l'on a trouvée à l'intérieur de soi va donner de l'intérêt à la vie.

Faut-il interroger la personne que l'on sent en difficulté, même s'il s'agit de notre père ou notre mère, et lui demander directement si elle pense au suicide ?

Il faut oser dire directement à la personne : " Est-ce que vous pensez au suicide ? " C'est extrêmement important pour la prise en charge. Formuler clairement cette question n'est jamais ressenti comme une agression, cela a même un effet de libération. En parler directement permet d'évaluer l'imminence du risque suicidaire : est-ce que l'idée du suicide est un simple fantasme, une pensée banale qui a traversé l'esprit ? Est-ce un désir ? Le suicide a-t-il été programmé clairement ? La personne a-t-elle l'intention de se suicider dans les heures qui viennent ? Accepter de prononcer le mot " suicide ", signifie qu'on l'a entendue et qu'on accepte sa souffrance.

Il y a des cadavres dans certaines familles que l'on n'ose pas remuer…

Dans ces familles-là, la négation du suicide est extrêmement redoutable. Quand il y a un déni, c'est-à-dire quand on cache et refuse de voir la réalité en face - le fait que quelqu'un se soit suicidé -, cela peut entraîner des suicides de génération en génération. Car il y a une transmission inconsciente du risque suicidaire, mais il est entrevu comme un simple événement ou même une façon de gérer des traumatismes. Le suicide est fréquent dans les familles où l'on a recours à la rupture ou à l'évitement pour échapper aux difficultés, aux conflits ou aux crises.

La dépression d'une personne âgée est-elle signe d'un risque suicidaire ?

La dépression peut être normale, elle fait partie des réactions psychiques après un deuil, une perte, un changement important. Les dépressions réactionnelles après des traumatismes - le décès d'un proche - font partie de la normalité. La dépression devient pathologique, quand la personne ne peut plus la gérer, quand elle se révèle insurmontable, trop intense, et trop prolongée. Mais devant toute dépression, il faut se poser la question du risque suicidaire.

Il y a aussi la solitude…

C'est tout un apprentissage d'apprivoiser la solitude, la capacité à être seul, et même être heureux ainsi. Cette aptitude n'est pas innée, elle s'apprend grâce à l'entourage durant l'enfance. Le psychanalyste Winnicott à insisté sur ce qu'il a appelé la capacité à être seul. Cela signifie que les parents ont accepté que leur enfant puisse parfois jouer seul, de façon autonome, et qu'il n'est pas là pour combler leur peur d'être seuls ou déprimés.

Y a-t-il des signes précurseurs du suicide des personnes âgées ?

On retrouve sensiblement les mêmes signes chez les hommes et les femmes, les enfants et les personnes âgées. Mais chez ces dernières, il y en a d'autres. Elles ne tiennent plus compte de leur hygiène physique, ne mangent plus, se désintéressent de leurs enfants et petits-enfants. Elles abandonnent des activités très simples, comme regarder la télévision, ne s'intéressent plus à leurs plats préférés, sont préoccupées par la mort.
La personne âgée ne va plus s'occuper de son animal, elle va même le confier à quelqu'un d'autre. Il y a des allusions parfois codées - ainsi l'expression du sentiment de ne servir à rien ou d'être un poids pour les autres-, parfois c'est clair, du style : " J'ai envie de partir ".
Les autres signes annonciateurs sont souvent : l'isolement, le mutisme, la dépression…

Comment réagir face à la lassitude de vivre, à la plainte ?

Il est souvent difficile de supporter les plaintes d'une personne âgée, quand c'est sa manière habituelle d'attirer l'attention sur elle. Comment percevoir alors l'expression d'une souffrance authentique ?
Mais dans ce dernier cas, il devient important de l'accompagner en essayant de susciter le désir, même des petites choses: aller au marché, avoir de petits projets, même modestes, mais qui pourront ensoleiller la prochaine journée. Le recours à un tiers psychothérapeute, extérieur, reste indispensable ; il n'est pas impliqué dans le lien familial et peut repérer ce qui est à la racine de ce désespoir.

Que faire quand on sent une personne au bord du suicide ?

Quel peut-être le rôle de l'entourage médical ?

Comment s'y prend le psychanalyste ?

Vous dites que la prévention du suicide des personnes âgées, jusque-là, n'a pas été une préoccupation des politiques. Un décès précoce peut représenter pour l'économiste des charges financières éliminées. D'où le fait qu'on s'en accommode… Mais vous ajoutez que ces réactions sont des vues à court terme.

Comment prendre en charge la personne suicidante ?

Comment éviter d'être au bord du suicide ?

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Propos recueillis par Pierre Dhombre

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