Dans
les cancers du sein et de la prostate, des traitements interviennent
sur la production des hormones et empêchent ces maladies
de progresser ou de récidiver.
L'hormonothérapie
fait partie des traitements utilisés pour lutter contre
le cancer. Elle concerne essentiellement les tumeurs hormonosensibles.
" Le caractère hormono-dépendant de certains
cancers est connu depuis longtemps par les médecins, explique
la Dre Pascale This, endocrinologue-gynécologue à
l'hôpital de Versailles et qui assure par ailleurs des consultations
à l'Institut Curie à Paris. En 1896, le Dr George
Beatson (pionnier de la recherche sur le cancer), a constaté
une régression des tumeurs chez une femme atteinte d'un
cancer du sein métastasé, suite à l'ablation
des ovaires. " De même, la castration peut constituer
un des traitements du cancer de la prostate. Le mode d'action
de l'hormonothérapie consiste soit à supprimer la
production naturelle d'hormones, soit à bloquer la fonction
de l'hormone au niveau de son récepteur dans la cellule.
Cancer du sein, de la prostate et de l'endomètre sont les
principaux cancers concernés par ces traitements.
Cancer
du sein
"
Dans le cancer du sein, signale la Dre Pascale This, certaines
cellules cancéreuses possèdent des récepteurs
hormonaux. Lorsque ces derniers entrent en contact avec les strogènes,
hormones sexuelles de la femme fabriquées par les ovaires,
cela favorise la division et la prolifération des cellules.
Seules, les femmes dont les cellules cancéreuses comportent
des récepteurs hormonaux sont traitées par l'hormonothérapie.
Il est alors nécessaire soit d'arrêter la production
d'strogènes, soit de prescrire un médicament,
le Tamoxifène. "
Pour empêcher la sécrétion ovarienne et la
production d'strogènes, on peut enlever les ovaires,
la femme est alors ménopausée précocement.
Mais, ce choix est aujourd'hui exceptionnel. Désormais,
on propose aux patientes une suppression provisoire de la sécrétion
d'strogènes à l'aide d'une injection intramusculaire
mensuelle. "Après presque deux ans de soins, raconte
Michèle, 44 ans, professeure des écoles, une tumorectomie,
plusieurs chimiothérapies et des séances de radiothérapie,
je pensais en avoir fini. Et puis, l'injection mensuelle est arrivée
Et avec elle les bouffées de chaleur en continu. C'est
un inconfort permanent, reproductible à l'infini puisque
chaque mois la piqûre revient. " Ces effets secondaires
sont d'autant plus difficiles à vivre qu'il ne semble pas
exister de consensus médical sur la durée de prescription
de ces traitements. Deux ans, trois ans, voire plus, en association
ou non au Tamoxifène. Les pratiques médicales diffèrent.
Les médicaments proposés dits " analogues de
la LH-RH" agissent sur les hormones produites par l'hypophyse
qui donnent les ordres aux ovaires. La LH-RH est une hormone naturelle
produite par l'hypotalamus (glande située à la base
du cerveau). Elle stimule la fonction ovarienne.
Chez les femmes ménopausées, le problème
ne se pose pas, le Tamoxifène est administré seul.
Mais, après la ménopause, il reste des strogènes
circulants dans l'organisme. Le tissu ovarien garde la capacité
de sécréter de faibles quantités d'hormones.
De plus, le tissu adipeux est capable de convertir certaines hormones
produites par les glandes surrénales en strogènes.
D'où l'utilité du Tamoxifène. Il empêche
les strogènes d'agir sur les récepteurs d'strogènes
de la tumeur. Il se fixe à leur place. Il s'utilise en
hormonothérapie adjuvante (pour éviter les récidives)
et palliative lorsque la maladie est déjà évoluée.
" C'est un traitement simple (à base de comprimés),
explique La Dre Pascale This. Mais, il n'est pas dénué
d'effets secondaires, il peut entraîner des bouffées
de chaleur et des kystes ovariens chez celles qui ont encore des
règles. Pour aider certaines, je prescris parfois de l'Agreal,
un neuroleptique, ou de l'Effexor, un antidépresseur qui
a largement prouvé son efficacité dans la prévention
des bouffées de chaleur sous Tamoxifène. On constate
aussi des problèmes de sécheresse vaginale. Il existe
des gels permettant de lutter contre celle-ci. Quant à
l'utilisation des phytostrogènes après un
cancer du sein, je la considère totalement problématique,
leur parenté avec les strogènes, leur affinité
pour le récepteur des strogènes, nos incertitudes
actuelles sur leurs effets mammaires in vivo et leur compétition
possible avec le Tamoxifène sont autant d'arguments pour
les déconseiller à ce jour après un cancer
du sein." Les effets secondaires de l'hormonothérapie
sont liés à son action sur le blocage des sécrétions
strogéniques. Certaines femmes évoquent aussi
une baisse de la libido (désir sexuel) et parfois, une
prise de poids.
Selon la Dre Pascale This, l'avenir est à la mise au point
de nouveaux composés de plus en plus spécifiques.
Ainsi par exemple, après la ménopause, les hormones
produites dans le tissu adipeux le sont grâce à une
enzyme spécifique, l'aromatase. C'est donc logiquement
qu'un blocage de l'aromatase arrête la production de ces
hormones. Ces médicaments représentent une classe
thérapeutique récente apportant une " chimiothérapie
hormonale " du cancer du sein de la femme ménopausée.
Même après la ménopause, les cancers strogèno-dépendants
restent soumis à une influence hormonale d'où l'intérêt
des inhibiteurs. Ils agissent au niveau de la glande mammaire
et diminuent également les strogènes circulants.
Les nouvelles molécules (anastrozole, létrozole)
sont indiquées dans les cancers du sein au stade avancé
ou métastasés résistants ou en rechute après
une thérapeutique antistrogénique classique
(Tamoxifène ou autre).
Cancer
de la prostate
L'hormonothérapie
a aussi sa place dans le cancer de la prostate. En effet, le développement
des cellules de la prostate dépend de la testostérone.
Il va s'agir de réduire la quantité d'hormones mâles
(androgènes) au taux le plus faible. Chez l'homme, la testostérone
est l'androgène principal. Elle est sécrétée
par les testicules et stimule la prolifération des cellules
cancéreuses. Il existe plusieurs types de traitement hormonal.