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JUIN 2003

 

Médicaments:
se méfier de tous

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COMMANDEZ

 

 

 

 

 

 

"Aspro est là et la douleur s'en va ", la formule d'hier ne fait plus recette. " En première intention, indique cette pharmacienne tandis que je la sollicite pour un mal de tête aussi soudain qu'inattendu car imaginaire, on ne conseille plus ce produit. À cela plusieurs raisons : il existe des allergies à l'aspirine, elle est déconseillée en cas d'ulcère digestif, elle a une action anticoagulante et n'est pas recommandée chez les femmes porteuses de stérilet… " Place donc à l'antalgique concurrent direct : le paracétamol " effervescent" ou plus pratique " orodispersible ", le comprimé se dissout directement dans la bouche sans apport d'eau. Dans cette autre pharmacie, la préparatrice craint que pour mes symptômes (prétextés), le Doliprane® et l'Efferalgan® soient insuffisants, elle conseille le Nurofen® à base d'ibuprofène à prendre immédiatement. Et compatissante, parce qu'il lui arrive de souffrir de céphalées : " Je connais bien le problème ", elle va me quérir un verre d'eau pour me permettre d'avaler la capsule molle salvatrice. Même compassion dans une autre pharmacie où l'employée, elle aussi victime de maux de tête fréquents, assure qu'il me faut au minimum deux comprimés effervescents d'Upfen® pour couper court à la douleur… " Il ne faut pas attendre, explique-t-elle car si vous n'agissez pas fort dès le début, la céphalée s'installe et on a mille peines à s'en débarrasser. " Sur ces conseils, elle part et revient quelques minutes plus tard un verre d'eau à la main dans lequel elle s'empresse de mettre les comprimés salvateurs qui ipso facto glougloutent gentiment dans le liquide.

La mode des anti-inflammatoires

Résultat de ma quête dans cinq pharmacies : une boîte de Dolitabs®, une d'Efferalgan®, deux d'Upfen® et une de Nurofen®, rangées pour trois d'entre elles - le détail vaut d'être conté -, dans des sachets à la gloire du Nurofen® (une publicité qui ne coûte pas cher et porte bien le message auprès du public)… !

Etrange que l'aspirine (à base d'acide salicylique et faisant partie de la famille des salicylés) ne fasse plus partie de la gamme des antalgiques conseillés en officine. C'est totalement contraire à ce que préconisent les ouvrages et articles dédiés à la douleur en général et aux céphalées en particulier. D'autant plus étrange que certains des méfaits imputés aux salicylés (risque d'allergie et d'hémorragie en cas d'ulcères digestifs) font partie des mises en garde notifiées également pour la gamme des anti-inflammatoires, type ibuprofène. Certes, aux doses préconisées (comprimés ou capsules de 100 mg ou de 200 mg - on peut aller jusqu'à 600mg par jour - dans tous les cas ne pas dépasser 1 200 mg par jour et limiter l'automédication à trois jours, au-delà consulter), les effets digestifs des anti-inflammatoires semblent moins importants que ceux répertoriés avec l'aspirine. Mais vente libre et publicités aidant, ne risque-t-on pas d'assister à terme à une sur-utilisation de ces médicaments et à une multiplication de leurs effets secondaires ? " Salicylés et anti-inflammatoires, précise la Dre Michèle Bénigno dans son livre "Comprendre et combattre la douleur" (" Comprendre et combattre la douleur " Dre Michèle Bénigno, éd. Dangles.) ont les mêmes conséquences néfastes. Les ulcères d'estomac, les gastrites, les saignements digestifs, les hépatites médicamenteuses mais aussi l'asthme, l'eczéma, les destructions de cellules sanguines avec anémie, chute des globules blancs et des plaquettes, et l'insuffisance rénale, guettent l'utilisateur mal suivi. "

Leur abus induit une dépendance

Ces mises en garde sont d'autant plus importantes qu'un trop grand usage d'antidouleur peut induire un effet rebond. Tout se passe comme si l'organisme s'habituait à la présence du produit et provoquait des céphalées à répétition pour avoir " sa dose" d'analgésique (Site Internet de la Société de formation thérapeutique du généraliste (http://www.paris-nord-sftg.com). Ce phénomène apparaît, non pas chez des individus qui prennent des médicaments contre des lombalgies ou autres douleurs (mal de dents par exemple), mais bien chez ceux souffrant régulièrement de maux de tête et prenant beaucoup de médicaments pour se soulager. Dans 65 % de ces cas de dépendance aux antidouleur, les personnes cherchent à traiter une migraine, dans 27 % des cas une céphalée dite de tension psychogène, plus rarement une céphalée post-traumatique. Les femmes sont plus sujettes au problème (3,5 femmes pour 1 homme). " Toute substance prise sur une longue période, ou de façon excessive, indique la Dre Michèle Bénigno, pour une céphalée banale ou une migraine, expose au risque insidieux de dépendance au traitement antalgique, qui ne fait plus effet. Les malades se mettent à souffrir de la "céphalée aux antalgiques" ! […] Le cercle vicieux se produit aisément avec les associations contenant de la caféine ou de la codéine [lire soigneusement les étiquettes. NDLR]. Elles se trouvent souvent en vente libre, en sous-dosages et consommées jusqu'à 60 comprimés par jour! Une tentative de limiter les doses provoque un accès de douleur insupportable d'où une pulsion à anticiper, à augmenter les quantités à chaque prise. Cette description rappelle la toxicomanie, comparaison qui est admise par la victime. " Le sevrage est extrêmement difficile : un intense mal de tête, accompagné de vomissements et d'un malaise général sont fréquents les dix premiers jours. Une hospitalisation s'avère parfois nécessaire pour faire cesser cette dépendance aux antalgiques, créatrice de maux de tête !

Effets secondaires

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Monig Yquel

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