"Aspro
est là et la douleur s'en va ", la formule d'hier
ne fait plus recette. " En première intention, indique
cette pharmacienne tandis que je la sollicite pour un mal de tête
aussi soudain qu'inattendu car imaginaire, on ne conseille plus
ce produit. À cela plusieurs raisons : il existe des allergies
à l'aspirine, elle est déconseillée en cas
d'ulcère digestif, elle a une action anticoagulante et
n'est pas recommandée chez les femmes porteuses de stérilet
" Place donc à l'antalgique concurrent direct : le
paracétamol " effervescent" ou plus pratique
" orodispersible ", le comprimé se dissout
directement dans la bouche sans apport d'eau. Dans cette autre
pharmacie, la préparatrice craint que pour mes symptômes
(prétextés), le Doliprane® et l'Efferalgan®
soient insuffisants, elle conseille le Nurofen® à base
d'ibuprofène à prendre immédiatement. Et
compatissante, parce qu'il lui arrive de souffrir de céphalées
: " Je connais bien le problème ", elle va me
quérir un verre d'eau pour me permettre d'avaler la capsule
molle salvatrice. Même compassion dans une autre pharmacie
où l'employée, elle aussi victime de maux de tête
fréquents, assure qu'il me faut au minimum deux comprimés
effervescents d'Upfen® pour couper court à la douleur
" Il ne faut pas attendre, explique-t-elle car si vous n'agissez
pas fort dès le début, la céphalée
s'installe et on a mille peines à s'en débarrasser.
" Sur ces conseils, elle part et revient quelques minutes
plus tard un verre d'eau à la main dans lequel elle s'empresse
de mettre les comprimés salvateurs qui ipso facto glougloutent
gentiment dans le liquide.
La
mode des anti-inflammatoires
Résultat
de ma quête dans cinq pharmacies : une boîte de Dolitabs®,
une d'Efferalgan®, deux d'Upfen® et une de Nurofen®,
rangées pour trois d'entre elles - le détail vaut
d'être conté -, dans des sachets à la gloire
du Nurofen® (une publicité qui ne coûte pas cher
et porte bien le message auprès du public) !
Etrange
que l'aspirine (à base d'acide salicylique et faisant partie
de la famille des salicylés) ne fasse plus partie de la
gamme des antalgiques conseillés en officine. C'est totalement
contraire à ce que préconisent les ouvrages et articles
dédiés à la douleur en général
et aux céphalées en particulier. D'autant plus étrange
que certains des méfaits imputés aux salicylés
(risque d'allergie et d'hémorragie en cas d'ulcères
digestifs) font partie des mises en garde notifiées également
pour la gamme des anti-inflammatoires, type ibuprofène.
Certes, aux doses préconisées (comprimés
ou capsules de 100 mg ou de 200 mg - on peut aller jusqu'à
600mg par jour - dans tous les cas ne pas dépasser 1 200
mg par jour et limiter l'automédication à trois
jours, au-delà consulter), les effets digestifs des anti-inflammatoires
semblent moins importants que ceux répertoriés avec
l'aspirine. Mais vente libre et publicités aidant, ne risque-t-on
pas d'assister à terme à une sur-utilisation de
ces médicaments et à une multiplication de leurs
effets secondaires ? " Salicylés et anti-inflammatoires,
précise la Dre Michèle Bénigno dans son livre
"Comprendre et combattre la douleur" (" Comprendre
et combattre la douleur " Dre Michèle Bénigno,
éd. Dangles.) ont les mêmes conséquences néfastes.
Les ulcères d'estomac, les gastrites, les saignements digestifs,
les hépatites médicamenteuses mais aussi l'asthme,
l'eczéma, les destructions de cellules sanguines avec anémie,
chute des globules blancs et des plaquettes, et l'insuffisance
rénale, guettent l'utilisateur mal suivi. "
Leur
abus induit une dépendance
Ces
mises en garde sont d'autant plus importantes qu'un trop grand
usage d'antidouleur peut induire un effet rebond. Tout se passe
comme si l'organisme s'habituait à la présence du
produit et provoquait des céphalées à répétition
pour avoir " sa dose" d'analgésique (Site
Internet de la Société de formation thérapeutique
du généraliste (http://www.paris-nord-sftg.com).
Ce phénomène apparaît, non pas chez des individus
qui prennent des médicaments contre des lombalgies ou autres
douleurs (mal de dents par exemple), mais bien chez ceux souffrant
régulièrement de maux de tête et prenant beaucoup
de médicaments pour se soulager. Dans 65 % de ces cas de
dépendance aux antidouleur, les personnes cherchent à
traiter une migraine, dans 27 % des cas une céphalée
dite de tension psychogène, plus rarement une céphalée
post-traumatique. Les femmes sont plus sujettes au problème
(3,5 femmes pour 1 homme). " Toute substance prise sur une
longue période, ou de façon excessive, indique la
Dre Michèle Bénigno, pour une céphalée
banale ou une migraine, expose au risque insidieux de dépendance
au traitement antalgique, qui ne fait plus effet. Les malades
se mettent à souffrir de la "céphalée
aux antalgiques" ! [ ] Le cercle vicieux se produit
aisément avec les associations contenant de la caféine
ou de la codéine [lire soigneusement les étiquettes.
NDLR]. Elles se trouvent souvent en vente libre, en sous-dosages
et consommées jusqu'à 60 comprimés par jour!
Une tentative de limiter les doses provoque un accès de
douleur insupportable d'où une pulsion à anticiper,
à augmenter les quantités à chaque prise.
Cette description rappelle la toxicomanie, comparaison qui est
admise par la victime. " Le sevrage est extrêmement
difficile : un intense mal de tête, accompagné de
vomissements et d'un malaise général sont fréquents
les dix premiers jours. Une hospitalisation s'avère parfois
nécessaire pour faire cesser cette dépendance aux
antalgiques, créatrice de maux de tête !