La
migraine est différente des maux de tête. Ces derniers
sont principalement des céphalées chroniques ou
de tension
Bien
soulager les maux de tête n'est pas toujours simple. Nous
disposons
de l'aspirine et du paracétamol. Ils éliminent la
douleur, mais pas toujours. En fait, il faut parfois savoir d'où
viennent ces maux. Il est alors plus facile de les éviter
s'ils ne sont ni graves ni très pénibles.
Pour le patient, mener l'enquête n'est pas aisé.
Non content de subir des maux de tête, il souffre souvent
du peu de considération qu'on leur porte. Ni son mal, ni
sa personne, ne sont pris au sérieux. Il ne parvient pas
à trouver une aide médicale d'autant plus nécessaire
que les causes éventuelles sont très nombreuses.
Une récente expertise de l'Inserm (Institut national de
la santé et de la recherche médicale) souligne qu'une
première consultation d'une demi-heure est souvent nécessaire
pour être efficace. Malgré tout, ces maux gardent,
chez de nombreux médecins, la réputation de maladies
qui n'en sont pas. C'est faux. Les deux catégories de maux
de tête les plus courantes, selon les spécialistes,
sont clairement identifiées. En France, six millions de
patients souffrent de migraine (voir dossier, ALTERNATIVE SANTÉ
- L'Impatient n° 244, 1998). Trois millions endurent des maux
de tête liés au stress, appelés céphalées
de tension. Il en existe bien d'autres. C'est la raison pour laquelle,
il faut parfois suivre plusieurs pistes avant de trouver la bonne.
Dans
le hall des urgences
"
Urgences céphalées " annonce une pancarte à
l'entrée des urgences de l'hôpital Lariboisière,
à Paris. En-dessous, une parenthèse traduit : "maux
de tête ". " Depuis l'ouverture en 2000 de cette
unité, nous recevons des adultes dont les maux de tête
requièrent une prise en charge d'urgence, explique son
responsable, le Dr Dominique Valade. On s'y rend surtout pour
des douleurs d'installation brutales ou des crises n'étant
pas soulagées par les traitements habituels. " L'équipe
assure une présence 24 h sur 24, et comprend toujours un
médecin formé à cette prise en charge.
Certes, il est logique de confier d'abord ces troubles au médecin
généraliste. Mais le Centre d'urgence des céphalées
constitue un vaste observatoire. La diversité des causes
y est mieux comprise en raison de sa forte fréquentation.
L'an passé, 10 689 patients s'y sont rendus. Parmi eux,
67 % endurent des maux n'ayant pas d'autres maladies pour cause,
appelés céphalées primaires. Ils comprennent
les maux de tête du stress (céphalées de tension)
et la migraine. En revanche, 17 % présentent des maux de
tête ayant pour origine d'autres troubles bien spécifiques.
Ce sont les " céphalées secondaires".
Enfin, 16 % subissent des maux de tête plus difficiles à
cerner, dits " inclassables ".
Les
maux de tête sans autres causes
Le
Dr Valade distingue cinq types de maux de tête simples.
Il s'agit de migraines (chez 34 % des patients d'Urgence céphalées),
de céphalées de tension (17 %), de céphalées
quotidiennes chroniques (8 %), d'algies vasculaires faciales (6
%) et de maux de tête combinant plusieurs des troubles précédents
(2 %).
identifier
La migraine
L'identification de certaines caractéristiques de la migraine
permettront de la différencier des autres maux de tête.
Si sa définition est longtemps restée floue, ses
signes spécifiques ont été définis
par des spécialistes, en 1988, dans le cadre de l'IHS (International
Headache Society).
La veille ou quelques heures avant, un migraineux sur cinq décrit
des signes annonciateurs : excitation, grande fatigue, fringale
inattendue, impression de mal-être ou de se sentir barbouillé,
lourdeur des jambes, bâillements, petite diarrhée
La douleur débute souvent au petit matin ou dès
le réveil. Si la crise commence dans la nuit, elle est
très forte et réveille le migraineux. La douleur
touche une zone précise généralement la tempe.
Éventuellement faible au début, elle atteint son
paroxysme et devient intolérable quelques heures plus tard.
Lors d'une véritable migraine, la douleur survient par
accès répétés et dure de 4 à
72 heures. L'IHS ajoute cinq autres critères. Cette douleur
doit être pulsatile, c'est-à-dire battre au rythme
du pouls cardiaque. Elle ne touche qu'une moitié du crâne
à la fois. D'intensité modérée ou
sévère, elle gêne la vie quotidienne. Cette
douleur est aggravée par l'effort physique. Durant la crise,
elle est accompagnée d'au moins l'un des signes suivants
: nausées, vomissements, intolérance à la
lumière (photophobie) ou au bruit (phonophobie).
Enfin, la migraine peut être " simple" ou "
accompagnée " de troubles précédant
la survenue de la douleur. Dans la migraine simple, dite "
sans aura", la crise se réduit en général
aux signes déjà décrits. Il n'y a pas de
troubles associés, notamment visuels. Dans la migraine
" avec aura ", la crise est au contraire accompagnée
de troubles visuels (taches brillantes, trou dans le champ visuel ),
de troubles du langage (troubles de la prononciation, manque du
mot ) ou de la sensibilité (fourmillements ).
Les
céphalées de tension
Les céphalées de tension sont en général
causées par un stress psychosocial. Diverses difficultés
peuvent les déclencher : conflits conjugaux ou familiaux,
difficultés financières, personnelles ou physiques
(complexes, mauvaise image de soi ). La sensation de serrement,
de pression ou de lourdeur est souvent accompagnée d'une
forte gêne occasionnée par la lumière (photophobie)
ou les sons forts (phonophobie). De façon caractéristique,
ces douleurs s'interrompent, quand elles sont d'origine professionnelle,
lors de vacances suffisamment longues.
Leurs mécanismes d'apparition, liés au stress font
l'objet de débats. Certains pensent qu'elles se développent
à travers la tension des muscles du haut du cou. D'autres
pensent qu'elles relèvent d'une défaillance des
mécanismes de contrôle de la douleur.
Les
céphalées quotidiennes chroniques
" La plupart des céphalées quotidiennes chroniques
sont liées à des abus de médicaments inappropriés,
explique le Dr Valade. Ces personnes sont souvent des migraineux
ne suivant pas de traitement de la migraine. " Elles prennent
des médicaments contre la douleur plusieurs fois par jour.
Urgence Céphalées leur propose alors un sevrage,
c'est-à-dire l'arrêt progressif ou immédiat
des médicaments créant une dépendance, et
un traitement classique (soit des triptans, pour leur action vasculaire,
soit des anti-inflammatoires non stéroïdiens).
L'algie
vasculaire faciale
C'est une douleur féroce. Souvent décrite comme
" arrachante ", l'algie vasculaire frappe la zone oculaire
et celle de la tempe. Elle se situe toujours du même côté.
La sensation douloureuse dure deux à six semaines, avant
de laisser la place à une accalmie. Pour la décrire,
certains patients disent avoir un " tournevis dans l'il".
L'algie vasculaire faciale touche dix mille personnes en France.
Les
maux de tête qui cachent autre chose
"
De nombreuses personnes qui viennent nous voir, souffrent de céphalées
secondaires, c'est-à-dire liées à d'autres
troubles ", rappelle le Dr Valade. Parmi les causes les plus
courantes, il cite la sinusite, l'effort physique, les maux de
cou ou cervicalgies, les traumatismes ou encore la névralgie
faciale. Il mentionne aussi les maux de tête ayant des causes
plus graves.
Les
sinusites
" Les sinusites peuvent provoquer des maux de tête,
poursuit-il. La sinusite sphénoïdale, en particulier,
en occasionne d'effroyables, situés en arrière des
yeux. " Le sinus sphénoïdal se trouve derrière
les fosses nasales. En cas d'infection des sinus maxillaires ou
frontaux, c'est plutôt la mâchoire supérieure
ou le front qui seront le siège des douleurs.
La
névralgie faciale
La névralgie faciale provoque une douleur très aiguë
dans la zone contrôlée par le nerf trijumeau, qui
transmet les sensations du visage. Elle se manifeste par des sensations
d'"éclairs douloureux" ou de "décharges
électriques ". La douleur touche surtout la joue,
les paupières supérieures et, souvent, la mâchoire
supérieure. Elle se produit d'un seul côté
du visage. Ces salves sont brèves, mais elles peuvent se
répéter de cinq à cinquante fois par jour.
La douleur est souvent déclenchée par la stimulation
d'une zone particulière du visage.
Le
mal de tête de l'hypertension
De fortes poussées d'hypertension artérielle peuvent
aussi provoquer un mal de tête, intense ou diffus. Il augmente
souvent la nuit ou le matin. Il peut s'exacerber à l'occasion
d'efforts physiques ou de toux.
Dans ce cas, il faut traiter l'hypertension et ne pas se contenter
de médicaments contre la douleur qui en est la conséquence.