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JUIN 2003

 

Ça ne manque pas de sel !

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COMMANDEZ

 

 

 

Gros, fin ou fleur de sel ? Gris ou blanc ? Naturel ou aux herbes, aux épices ou aux algues ? Le marché du sel semble en pleine expansion. Au détriment de notre santé ?

 

 

 

Consommé depuis toujours, par toutes les espèces animales, le sel est indispensable à nos cellules. Présent naturellement dans les fruits et légumes, ajoutés à la fabrication de nombreux aliments (fromage, charcuterie, pain) ou par nous-même, à table ou en cuisine, il a tendance à être surconsommé. Avec des risques importants pour la santé.
Sur les quatre millions de tonnes produites chaque année en France, 10 % seulement sont destinées à une utilisation ménagère. Nommé "chlorure de sodium " par les chimistes, le sel est extrait des mines de sel gemme, des marais salants ou des sources d'eau salée. En France, la majeure partie de la production provient des marais salants. Il n'existe qu'une seule mine de sel, en Lorraine, due à la disparition d'une mer existant à cet endroit, il y a des millions d'années. Le sel gemme qui en est issu est destiné au déneigement.
On distingue deux types de récoltes en France. La première est artisanale, dans les marais de Guérande ou de l'Île-de-Ré. Le sel y est récolté à la main ou plutôt au las (râteau), chaque jour, de juin à la mi-octobre. L'autre manière est plus industrielle, comme dans les salins du midi, où la récolte se fait à l'aide de machines, en une seule fois à la fin de l'été. Il est stocké, puis transformé ou non (lire encadré) avant d'être commercialisé. Le sel de Guérande, qui ne subit aucune transformation conserve sa richesse naturelle en magnésium et en éléments minéraux ; il est le seul à posséder le Label Rouge, signe de qualité pour un produit agroalimentaire.

Indispensable

Les êtres humains et toutes les espèces animales ont un besoin physiologique de sel. Sa carence suscite une sensation de manque car le sodium joue un rôle essentiel. Il régule les transferts d'eau dans l'organisme et entre les cellules, et participe à la transmission nerveuse, à la contraction musculaire et à l'assimilation de certains minéraux et oligoéléments. Nécessaire à la vie, mais ne pouvant pas être stocké dans l'organisme, il doit être apporté régulièrement par l'alimentation. On le trouve également dans les eaux de boisson. Il peut être ajouté à l'assaisonnement ou lors de la fabrication des préparations alimentaires industrielles. Des études ont montré que 75 % de nos apports sodés proviennent du sel contenu dans les aliments (naturellement ou ajouté), 15% de nos salières…
Le sel est aussi indispensable à notre palais. Tout comme le sucré et l'amer, le goût salé est une sensation gustative primaire. C'est aussi un exhausteur de goût, c'est-à-dire qu'il atténue les saveurs amères et relève les sucrées. Grâce à ces propriétés, il joue un rôle essentiel dans l'industrie alimentaire. Il est très utilisé dans ce secteur car il permet d'augmenter le poids des aliments carnés - dont il retient l'eau - (et donc leur prix). Il améliore la conservation (pour le pain, la charcuterie, par exemple) et possède des propriétés bactériostatiques (pour le pain et le fromage notamment).

Cinq fois trop !

L'utilité du sel pour notre organisme ne fait aucun doute, mais de quelle quantité avons-nous besoin ? En consommons-nous trop ou pas assez ? Ces questions que se sont posées les membres du groupe de travail sur le sel ont fait l'objet d'un rapport rendu public en janvier 2002.

D'un point de vue physiologique, notre corps a besoin de 2g de sel par jour, or les Français consomment en moyenne 10 g par jour. De plus, pour 40% des hommes et 20 % des femmes, cette consommation est encore supérieure. Nous consommons donc, au moins cinq fois la quantité nécessaire à notre organisme et certains gros consommateurs vont même jusqu'à multiplier ce taux par 10. Le groupe de travail a effectué des recherches pour déterminer les aliments responsables de l'excès salin. Il s'est avéré que : " le pain (et les biscottes), la charcuterie, les soupes, les fromages, les plats composés, les pizzas-quiches et pâtisseries salées, les sandwiches, les viennoiseries, les condiments et sauces et la pâtisserie sont les dix principaux vecteurs de sel (plus de 80 % des apports quotidiens) ". À surveiller donc et à diminuer si besoin.

L'hypertension

Elle concerne la relation sel et santé en général, mais plus particulièrement son lien avec l'hypertension. Les scientifiques ne sont pas d'accord. Pour certains, les conséquences d'un excès de sel sur notre santé ne font aucun doute. Lors du colloque international " Sel et santé " du 11-12 janvier 2002, le Pr MacGregor cite parmi ces conséquences : " L'aggravation de l'insuffisance cardiaque, l'hypertrophie du cœur, les maladies du rein et l'augmentation de la pression artérielle, qui est le principal facteur des accidents vasculaires cérébraux et des crises cardiaques. " Il y ajoute l'aggravation de l'asthme, de l'ostéoporose et enfin, selon lui, une forte consommation de sel serait également liée au cancer de l'estomac. Donc une réduction de la consommation de sel apporterait de réels bénéfices pour la santé. Mais pour d'autres, les preuves incontestables de sa nocivité n'ont pas encore été apportées. Pour le Pr Pierre Louisot notamment, " il n'a pas été prouvé que la réduction de la consommation de sel soit en relation de cause à effet directe avec la prévention de l'hypertension artérielle et des maladies cardiovasculaires pour la population courante ". Quoi qu'il en soit, même si les chercheurs ne sont pas encore tous unanimes, il ne fait aucun doute que notre consommation est largement supérieure aux besoins et que les risques de sa nocivité existent. C'est dans l'intention de les limiter, que l'Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) a décidé d'agir.

Réduire de 20 %

En janvier 2002, elle a fixé comme objectif une réduction de 20 % étalée sur cinq ans (environ 4 % par an) pour atteindre un apport de l'ordre de 7 à 8 g/j. Elle a émis plusieurs recommandations visant soit les produits alimentaires (et par conséquent les industries de l'agroalimentaire) soit les consommateurs. Voici quelques-unes de ces mesures :
- L'incitation des industriels de boulangerie à baisser progressivement la teneur en sel de leurs produits.
- L'incitation des autres industriels (charcuterie, fromages, plats cuisinés) à poursuivre leurs efforts pour réduire la teneur en sel des produits qui le tolèrent.
- La communication d'informations sur les teneurs en sel des différents produits (étiquetage pour les produits emballés et affichage dans les points de vente pour les autres).
- La communication auprès des consommateurs de l'intérêt d'une consommation raisonnable des produits considérés riches en sel, dans le contexte d'une alimentation diversifiée et équilibrée.
Seuls les produits de boulangerie et certains plats cuisinés pourront supporter cette réduction car pour la charcuterie, les fromages et de nombreuses préparations alimentaires industrielles, le salage constitue une étape indispensable dans la fabrication et le sel est essentiel pour assurer leur conservation.
En ce qui concerne l'étiquetage, l'application des mesures proposées par l'Afssa risque de prendre du temps.

Les bonnes habitudes

Les alternatives

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Céline Baribault

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