Collants
amincissants, tenues anti-odeur, anti-UV ou antibactériennes
Attention aux peaux sensibles et allergiques.
Les
vêtements nous habillent -en général ! - mais
ils peuvent aussi être actifs : collants amincissants, sous-vêtements
parfumés, tee-shirts
anti-UV Plus besoin d'appliquer déodorants, produits
de beauté ou crème solaire, notre garde-robe est
maintenant imprégnée de substances capables de diffuser
du bien-être et d'agir tout au long de la journée.
Est-ce sans incidence sur notre bon équilibre cutané
et sans risque ?
La
lingerie a ouvert le bal des vêtements intelligents avec
des collants enrichis en produits cosmétiques et des dessous
parfumés. En plus des collants hydratants et amincissants,
la marque Dim a lancé au printemps dernier, une collection
de bas parfumés aux vertus délassantes ou tonifiantes.
La ligne Lotion de Triumph est dotée d'un soin hydratant
à base d'Aloe Vera. Le principe actif est micro encapsulé.
Lors du frottement sur la peau, les capsules se brisent et libèrent
leurs substances. Mais les effets du produit s'estompent au bout
de quelques lavages. " Cette technique est fragile, explique
Michel Bourgeois, chercheur à l'Institut français
du textile et de l'habillement (IFTH), puisque les capsules se
diffusent aussi lors des lavages. Le principe actif est donc limité
dans le temps. Il existe deux moyens pour intégrer un agent
actif à la fibre : au moment du filage ou de l'apprêt.
Lors du filage, on rajoute une propriété au cur
du tissu. Le principe actif est donc confiné à l'intérieur
de la fibre. Lors de l'apprêt, l'imprégnation se
fait par pulvérisation sur une surface textile préalablement
fabriquée : c'est la micro encapsulation, utilisée
en cosmétotextile. " Lorsque le produit est intégré
à la fibre, au moment du filage, l'efficacité perdure
beaucoup plus longtemps mais la diffusion est plus lente. Lorsque
les vêtements ne sont plus actifs, ils peuvent être
imprégnés à nouveau par doses recharges à
appliquer sur le textile, comme le propose par exemple la marque
Cosmétil, pour ses collants hydratants à base d'algue
marine.
Les
cosmétotextiles qui remportent le plus de succès
sont les collants amincissants. Celui que commercialise Dim a
une double action: l'effet de massage lié à la particularité
du tricotage progressif des fils s'associe à la performance
cosmétique. Les micro capsules diffusent de la caféine
(utilisée dans de nombreuses crèmes amincissantes)
et de la Centella Asiatica, connue pour ses vertus raffermissantes.
Il faut néanmoins le porter au moins 21 jours d'affilée
avant d'observer les premiers résultats.
L'engouement pour ces vêtements bioactifs dépasse
le rayon lingerie. Tous les magasins de sports proposent des tenues
anti-odeur, anti-UV ou encore antibactériennes. "
L' anti-odeur est un concept marketing, affirme Michel Bourgeois.
Les vêtements capables de détruire les odeurs sont
en fait des antibactériens, mais c'est un terme que l'on
préfère réserver au domaine de la santé.
Le produit se vend mieux s'il porte le nom anti-odeur." La
multiplication des bactéries est en effet responsable de
l'odeur corporelle. Une peau propre héberge 100000 bactéries
au cm2. À la fin d'une journée, le chiffre peut
être multiplié par dix. Un tissu antibactérien
ne doit pas tuer toutes les bactéries, indispensables à
l'équilibre de l'organisme. Il doit se contenter d'avoir
une fonction bactériostatique, c'est-à-dire limiter
le développement des bactéries, sans les éliminer
comme le ferait un bactéricide. Dans notre société
qui fait la chasse aux odeurs corporelles, les chaussettes et
les tee-shirts antibactériens présentent un intérêt
certain, pour les sportifs, mais aussi pour ceux qui développent
une transpiration aux émanations excessives. À titre
d'exemple, les chaussettes Olympia en Meryl Skinlife (marque déposée
de Nylstar), ont un effet bactériostatique permanent et
les risques d'allergies sont inexistants puisque l'agent actif
est intégré au cur de la fibre : il n'a donc
aucun contact avec la peau.
Les vêtements anti-UV ont également le vent en poupe.
Les fabricants affirment que les fibres ordinaires évitent
les coups de soleil mais ne protègent pas de tous les rayons
nocifs du soleil, UVA et UVB, responsables de maladies cutanées.
Plusieurs marques ont lancé leur ligne anti-UV mais les
techniques varient d'un fabricant à l'autre: oxyde de titane,
pigments à base de bois de pin, ou encore particules de
céramiques, sont autant de procédés pour
neutraliser les rayons ultraviolets.
Vêtements
bioactifs, un danger pour la santé ?
Certains
spécialistes émettent des réserves quant
à la prétendue innocuité de ces produits,
notamment pour les personnes allergiques, et
ce malgré les tests et les essais effectués avant
leur mise sur le marché. Catherine David a ouvert le magasin
Allium à Nantes, qui propose des produits et du matériel
de prévention des allergies et des intolérances
(voir n° 294 Alternative Santé). Pour elle, ces textiles
bioactifs sont dangereux pour les allergiques : " Les plus
nocifs sont ceux dans lesquels on ajoute du parfum. Les sous-vêtements
parfumés sont une catastrophe pour les peaux sensibles.
Les allergiques et ceux qui ont une peau intolérante doivent
les bannir de leur garde-robe. " Le Dr Château-Waquet,
allergologue à Paris, renchérit : " Tous les
individus sont égaux devant les risques de sensibilisation
de contact. La démonstration est nette avec les nouveaux
colorants textiles par exemple. Ces vêtements bioactifs
représentent donc, au même titre, un risque pour
l'organisme. " À l'Institut français du textile
et de l'habillement, Michel bourgeois se veut plus rassurant :
"Les grands fabricants, comme Dim, ne prennent pas le risque
de lancer sur le marché des produits douteux. Beaucoup
d'essais sont effectués auparavant. Et leurs vêtements
ne présentent aucun risque. Évidemment, les allergiques
et ceux qui ont une peau intolérante doivent éviter,
mais pour les autres, c'est absolument sans danger. " Les
éventuels effets néfastes à long terme ne
sont toutefois pas pris en compte à cause du manque de
recul (ces vêtements étant commercialisés
depuis quelques années seulement).
En ce qui concerne les vêtements anti-UV, les marques assurent
que les produits actifs sont emprisonnés au cur de
la fibre (au moment du filage) pour éviter tout contact
allergisant avec la peau. Le Dr Château-Waquet reste toutefois
sceptique : "Les vêtements en coton blanc de bonne
qualité et les crèmes solaires protègent
suffisamment. Le vrai problème, c'est que cela incite les
gens à s'exposer plus longtemps. Sous prétexte que
les vêtements stoppent les rayons nocifs, ils ne mettent
plus de chapeau et de lunettes. "