Rentrée
des classes oblige. Zéro de conduite pour Messieurs Raffarin
Jean-Pierre et Mattei Jean-François, respectivement Premier
ministre et ministre de la Santé, qui se sont très
mal comportés pendant les vacances. Quand on joue dans
la cour des grands, dans la France d'en-haut, on montre l'exemple.
Dénoncer ses petits camarades est laid, très laid.
C'est pourtant ce à quoi ils se sont abaissés pour
justifier leur (mauvaise) appréciation de la canicule estivale
et ses répercussions sur les personnes âgées.
Le premier a déclaré que le directeur de l'Institut
de veille sanitaire, Brücker Gilles, lui avait fourni des
explications " assez ambiguës et bien peu précises
" ; le second que la Direction générale de
la santé avait failli : " Nous n'avons pas eu les
informations et les signaux d'alerte que nous aurions dû
avoir ". Le directeur de ce service, Abenhaïm Lucien,
que l'on sait homme de courage et d'ouverture - il s'est opposé
aux grandes firmes pharmaceutiques et a indemnisé de nombreuses
personnes victimes de la vaccination obligatoire contre l'hépatite
B - a donné séant sa démission.
Comme on le dit à la récré, c'est "
petit " de montrer du doigt son voisin de classe pour échapper
au châtiment ! Et à ce petit jeu-là, les attaques
des partis d'opposition sont également indignes et déplacées.
Les responsabilités sont collectives.
À moins que ce remue-ménage ne serve qu'à
oublier des faits trop dérangeants. Plus de 10 000 de nos
anciens sont décédés cet été.
De quoi ? Pas seulement de la canicule et de l'imprévision
De solitude, d'isolement, de manque de proches et de personnels
soignants à leur côté. Personnes malades ou
dépendantes, il ne suffit pas de les alerter de la nécessité
de boire toutes les heures. Il faut qu'on les y aide, qu'on les
y force presque (elles n'ont pas soif). Et plus encore qu'elles
aient le désir de boire Or s'alimenter, ce n'est
pas seulement prendre de la nourriture. Combien de services de
distribution de repas constatent que les personnes âgées
n'y touchent pas. À quoi bon la vie, ou la survie du corps,
quand celle du cur ne bat plus beaucoup. Quand la relation
à l'autre n'est plus là pour la soutenir
Et dans l'absence de cette relation nécessaire, quels recours
? Quels secours ? On médicalise ! D'où la "surchauffe
" - si l'on ose ce mot - des services d'urgences. "
Nous manquons d'urgentistes ", ont crié aussitôt
ces derniers, avançant une carence de 7 000 ! Mais l'augmentation
du nombre des urgentistes, par ailleurs nécessaire, n'est
pas la réponse au problème des personnes âgées.
Comme le prouvaient les heures d'attente, une fois les soins donnés
: il n'y a pas de place dans les établissements publics
pour les recevoir. Pas de lits, pas de personnels compétents,
en aval.
Nous sommes là au cur des dysfonctionnements de notre
système sanitaire, le meilleur du monde comme on sait.
Depuis des décennies, la politique sanitaire a consisté
à supprimer des lits, à limiter les formations (numerus
clausus pour les médecins), à fermer des écoles
d'infirmières. Volontairement, sciemment. Pour raison économique.
Et à reporter le problème vers le social. "Le
diagnostic est médical, sa gestion est sociale ",
telle est la doctrine. Ce qu'exprimait clairement le directeur
général de la santé, Lucien Abenhaïm
juste avant sa démission : " C'est au niveau local,
au niveau des structures qui dépendent des collectivités
territoriales et municipales, mais aussi par la mobilisation de
tout un chacun que cette action (de prise en charge des personnes
âgées) doit être amplifiée " (Le
Monde, 15 août). Mais le social ne suit pas !
Comme nous l'avons souligné dans notre dossier LE RETOUR
À DOMICILE (Février
2003, n° 297), les aides ménagères, les
auxiliaires de vie, les infirmières manquent. Dans les
maisons de retraite, les budgets sont si tendus que le remplacement
de ceux qui prennent des vacances est impossible ou presque. Ce
qui donne un surcroît de travail aux autres qui n'en peuvent
plus !
La prise en charge des personnes âgées coûte
cher, très cher. Et l'on comprend d'autant plus la mauvaise
conscience des Raffarin et consorts, qu'ils ont choisi de rogner
sur les budgets prévus par la gauche pour améliorer
les soins dans les maisons de retraite et sur l'allocation personnalisée
d'autonomie (APA) qui permet de mieux entourer les personnes dépendantes.
Enfin, au-delà de l'analyse politique et sanitaire, cette
hécatombe humaine nous renvoie une image peu flatteuse
de nous-mêmes et de nos choix de vie. Celle du chacun pour
soi où la satisfaction individuelle prime sur la qualité
et la persistance du lien relationnel. On délègue
la prise en charge de nos anciens à d'autres. La solution
n'est pas dans un retour au passé, mais dans un juste partage
entre ce qui revient au collectif - et dans ce cas, il faut lui
en donner les moyens - et ce qui relève de notre responsabilité
personnelle.