Jean-Louis
Etienne, l'explorateur des territoires polaires, apprécie
les nouvelles fibres pour lutter contre le froid.
À
56 ans, Jean-Louis Etienne, médecin explorateur, a participé
à de nombreuses expéditions scientifiques sur les
continents glacés (lire encadré). Sa dernière
aventure date de 2002 : trois mois durant, il a parcouru l'océan
glacial Arctique en se laissant porter par le seul courant de
dérive de la banquise, aux commandes d'une capsule, le
Polar Observer.
La
sensation de froid reste aujourd'hui encore une douleur pour le
scientifique, confronté 24 h/24 à des conditions
climatiques éprouvantes, les températures pouvant
descendre jusqu'à - 50 degrés. Pour lutter, Jean-Louis
Etienne était particulièrement vigilant à
la façon dont il s'habillait: " La solution consiste
à multiplier les couches de vêtements. La première,
portée à même la peau, doit maintenir le corps
au sec pour conserver sa chaleur. Je porte toujours des sous-vêtements
en fibres synthétiques, qui sont hydrophobes et permettent
à la transpiration de s'évaporer. Les tee-shirts
en coton ne sont pas recommandés car ils mettent trop de
temps à sécher. La seconde couche, une polaire ou
un gros pull en laine, préserve la chaleur du corps et
évacue également la sueur. Enfin, le dernier vêtement
protège des intempéries, notamment pour ne pas être
transpercé par le vent glacial. Des membranes étanches
et imperméables, types Gore-Tex ou Sympatex, sont appliquées
sur les anoraks. " Ce concept multicouche est un moyen efficace
de maintenir l'organisme à température idéale
constante : " Et si on a trop chaud, pendant les moments
d'efforts par exemple, on peut retirer un vêtement. Dans
ces conditions extrêmes, on passe beaucoup de temps à
se couvrir et se découvrir. Pourtant, c'est la nuit, immobile,
que je souffrais le plus du froid. Même en dormant tout
habillé. J'avais des bouillottes, et, lorsque le froid
me réveillait, je faisais réchauffer l'eau qui s'était
refroidie. " Dans la capsule Polar Observer, le médecin
n'a pas vécu les mêmes souffrances, la température
intérieure oscillant toujours entre 12 et 18 degrés:
" Je m'habillais comme dans un chalet à la montagne.
Cela n'avait rien d'extrême. "
Les microfibres synthétiques, très fines et légères
rendent les vêtements légers et confortables, et
protègent le corps des intempéries climatiques (froid,
vent, pluie ), sans se sentir engoncé pour autant.
Si Jean-Louis Etienne les a adoptées, il en a observé
les limites : " Quand il fait - 35 degrés, ajoute-t-il,
l'humidité du corps traverse les pores de la membrane de
l'anorak, mais elle ne peut pas s'évaporer à cause
du froid et elle va donc geler sur les parois du vêtement.
Lors de mon expédition au Pôle Nord en 1986, je marchais
10 heures par jour. En fin de journée, j'avais toujours
une couche de glace à l'intérieur de mon manteau.
"
Le
froid, une sensation redoutable pour les extrémités
Ces
expéditions polaires sont une épreuve pour les extrémités
corporelles : " Certains pensent que deux ou trois paires
de chaussettes superposées vont leur apporter plus de chaleur.
C'est une erreur. L'important est d'avoir une grosse paire de
chaussettes et de prendre des chaussures un peu plus grandes que
la taille habituelle. Les compressions sont à proscrire
car elles provoquent vite des gelures. Si les orteils peuvent
bouger, les pieds ne se refroidissent jamais." Pour ses premières
expéditions, l'aventurier portait des chaussures en cuir:
" Mais avec la transpiration des pieds et le froid, le cuir
perd sa souplesse et mes chaussures se transformaient vite en
coques gelées. J'en porte désormais de grosses en
tissu imperméable." Et lorsqu'il doit marcher dans
la neige, comme pendant ses traversées polaires à
pied, ce sont les Mukluks qui ont sa faveur : " Ces mocassins
montants d'indiens sont d'un confort inouï. Le gros chausson
en feutre très épais garnit l'intérieur de
la chaussure, en cuir très souple. Mais elles ne sont pas
adaptées à toutes les situations : en cas de fonte
de neige, elles prennent l'eau. "