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SEPTEMBRE 2003

 

Les parents d'un enfant cancéreux
otages des médecins

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COMMANDEZ

 

 

 

Les cancers de l'enfant sont rares: 1 % des cancers détectés chaque année, au total un enfant sur 600 malades cancéreux. Plus de deux sur trois guérissent. Mais chaque parcours reste unique, celui de Kim fait les frais d'une lutte sournoise entre médecins !

 

 

 

Kim a eu 12 ans le 9 juin dernier. Octobre 2000, le garçonnet vigoureux et plein de vie se plaint de temps en temps de douleurs au genou droit, cela ne l'empêche pas de courir dans la cour de l'école. Le médecin généraliste consulté prescrit une simple pommade anti-inflammatoire. Celle-ci est inefficace, il conseille alors une radio du genou effectuée le 20 novembre. À sa lecture, il dirige l'enfant vers un chirurgien orthopédiste de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), où résident Kim et sa famille. Le spécialiste, soucieux, demande une IRM dont les résultats l'incitent à rappeler immédiatement les parents pour qu'ils contactent un confrère à Rennes (Ille-et-Vilaine). Rendez-vous est pris à l'hôpital Pontchaillou le 24 novembre. Le diagnostic confirmé par biopsie tombe : tumeur osseuse maligne du fémur, et un scanner révèle des métastases au poumon.

De cure en cure

Abasourdis mais confiants dans la médecine - le papa de Kim est chirurgien-dentiste- les parents du garçonnet suivent les recommandations des médecins hospitaliers : avant d'être opéré Kim subira une polychimiothérapie, selon un protocole bien établi par la Société française d'oncopédiatrie et qui a fait ses preuves dans les cas d'ostéosarcome.
À partir de mi-décembre Kim enchaîne les chimiothérapies à l'hôpital sud de Rennes : une puis deux, puis trois de Méthotrexate… Son genou continue d'augmenter de volume et sa formule sanguine se détériore, il entre en aplasie (Effondrement du nombre de globules blancs et de globules rouges). Une quatrième cure à base cette fois de VP 16 et d'IFO ( Il s'agit de deux drogues anticancéreuses : de l'Étoposide associé à de l'Ifosfamide.) laisse Kim, littéralement épuisé et sans force. Son état s'aggrave au point qu'il est hospitalisé d'urgence quatre jours plus tard à l'hôpital de Saint-Brieuc, en état de grave aplasie accompagnée de fièvre. Une cinquième chimiothérapie (Chaque fois que le produit n'est pas précisé, il s'agit de Méthotrexate) est entreprise le 20 février, Kim n'est plus que l'ombre de lui-même. Une sixième suit : l'analyse de sang fait état de 234 globules blancs ( En dessous de 1 000 globules blancs, il avait été prévu de retarder les chimiothérapies), ce nombre chute à 80 le jour de la sortie de l'hôpital le 2 mars. Une septième cure à base à nouveau de VP 16 et IFO est pourtant entreprise à la mi-mars. Les parents de Kim ont beaucoup de mal à obtenir les résultats des différents examens réalisés (radio, scintigraphie, scanner, examen sanguin complémentaire). Une valse-hésitation (avancer l'opération ou ne plus opérer) et une jambe qui ne désenfle toujours pas augmentent leur inquiétude sur l'efficacité du traitement, et l'état de plus en plus critique de Kim leur fait craindre le pire lors de la huitième cure.

Avant l'opération chirurgicale finalement programmée le 27 avril, une neuvième chimio est prévue : " Elle devait avoir lieu le lundi de Pâques, se souviennent les parents de Kim. Compte tenu des informations contradictoires successivement obtenues, par exemple le nombre de globules blancs indispensables pour continuer les chimiothérapies, et de l'inefficacité du traitement, nous avions peu à peu perdu confiance dans l'équipe. " Quelque temps auparavant, ils ont eu connaissance d'un autre lieu de soin, situé au sein de l'hôpital Avicenne de Bobigny (93), placé sous la responsabilité de la Dre Nicole Delépine, cancérologue. Contrairement aux autres oncopédiatres travaillant dans les 34 centres français de référence - dont celui de Rennes et l'Institut Gustave Roussy de Villejuif - qui utilisent tous les mêmes protocoles thérapeutiques et pratiquent des essais cliniques (lire encadré : protocoles et essais), la Dre Delépine traite ses malades avec du Méthotrexate à haute dose administré en un intervalle de temps relativement court, la quantité de drogue chimique étant individualisée en fonction de l'évolution de la tumeur. Le protocole utilisé par la Dre Nicole Delépine s'inspire des travaux d'un chercheur étasunien
G. Rosen, travaillant au St Vincent Hospital de New York, réalisés entre 1975 et 1980 et repris depuis par différentes équipes de par le monde (5). Faisant appel à un anticancéreux tout à fait classique, le traitement de Nicole Delépine ne peut pas être considéré comme un " traitement doux alternatif " mais son temps d'administration et son dosage le rendent néanmoins différent des protocoles officiellement admis.

Changement de cap

Ce fameux lundi de Pâques, parce qu'ils continuent d'espérer et qu'ils veulent offrir toutes les chances à leur enfant, les parents de Kim contactent la Dre Delépine. Rendez-vous est pris pour le mercredi suivant. Entre-temps, le service de Rennes rappelle la famille pour la presser de laisser faire sa cure de chimio à Kim. Informé de la consultation sur Paris, le médecin rennais comprend immédiatement qu'il s'agit du service de Bobigny et sème le doute dans l'esprit des parents, leur prétendant que les Drs Delépine (6) sont en conflit avec la profession, qu'ils trichent au niveau de leurs résultats en n'acceptant de soigner que les cas où ils sont sûrs de réussir… Les parents persistent dans leur idée et se rendent comme prévu à l'hôpital d'Avicenne. " Nous avions changé d'univers, résument-ils. Nous en avons davantage appris sur l'ostéosarcome, son approche et ses traitements, en une heure de consultation qu'en quatre mois à Rennes. " Surtout dès la première chimiothérapie appliquée à Avicenne, la tumeur diminue de moitié, ce qui laisse augurer un avenir meilleur. Et l'opération tant attendue pour réséquer la partie cancéreuse et installer une prothèse de croissance aura finalement lieu le 17 mai. Et septembre 2001 un bilan complet avec scanner ne décèle plus aucune image suspecte : Kim semble en rémission complète. Marchant avec des béquilles, il reprend l'école à Saint-Brieuc, un résultat que n'avaient jamais, ne serait-ce qu'envisagé, les médecins de Rennes.
Une année passe, nous voilà en août 2002, les examens réguliers effectués jusque-là à Avicenne n'ont jamais rien révélé de suspect. Ce mois-là les patins de ses béquilles dérapent, Kim tombe… L'enfant a bon appétit, il est en pleine forme et reprend la classe à temps complet, malgré une petite enflure apparue début septembre sur la zone opérée. Consultés, les Drs Delépine conseillent un scanner. Ils font part dans le même temps des difficultés qu'ils rencontrent : un manque de personnel récurrent et crucial obère la survie du service et dans l'immédiat la qualité dans l'accueil réservé aux petits malades. L'examen est réalisé sur Saint-Brieuc le 11 septembre et le radiologue note l'absence de survascularisation qui pourrait indiquer une récidive.

Dessaisis de leur autorité parentale

Mi-octobre 2002, Kim ne peut plus marcher et arrête l'école. Les nouvelles d'Avicenne sont trop alarmantes (le service est menacé de fermeture), pour y envoyer Kim faire un bilan complet. " Par ailleurs, nous étions affolés à l'idée de devoir retourner sur Rennes ", expliquent ses parents, encore révoltés à l'idée de l'essai thérapeutique " Os 94 bras "n" " associant Méthotrexate, VP 16 et Ifosfamide auquel leur enfant a été soumis à l'époque, sans leur consentement et sans en être informés. Jusqu'à fin décembre, l'état de Kim reste stationnaire, il joue encore avec son plus jeune frère ; sur le front d'Avicenne, la situation très compliquée ne permet toujours pas de l'hospitaliser.
Janvier 2003, la situation empire, Kim ne se lève plus, sa jambe est devenue très volumineuse, il a du mal à respirer. Le 1er février, le généraliste appelé le fait hospitaliser en urgence sur Saint-Brieuc. Sans examen autre que clinique, la pédiatre donne son avis : métastases nombreuses, plus que quatre à cinq jours à vivre, douleurs atroces, et propose de l'orienter vers des soins palliatifs. Le lendemain le chef de service de pédiatrie fait le même constat que sa collègue la veille et annonce la nécessité d'amputer sans perdre de temps. " Nous les supplions de prendre contact avec la Dre Delépine ", indiquent les parents de Kim. Et celle-ci exige d'eux qu'ils réalisent un scanner des poumons avant de se prononcer. Le résultat de l'examen pratiqué le 5 février ne révèle rien, ce qui écarte les perspectives les plus sombres avancées inconsidérément : à savoir une généralisation de la maladie !
Cette fois le papa de Kim voit rouge : on leur reproche d'avoir failli en retardant l'hospitalisation, alors que le corps médical s'est permis des propos très pessimistes, sans examen radiologique qui sera pratiqué sur leur insistance et après avis auprès de la Dre Delépine, spécialiste cancérologue, qui suit l'enfant depuis plus d'un an. Ces circonstances l'amènent, estime-t-il, à prendre contact avec son avocat pour que Kim bénéficie d'une protection juridique. Le lendemain, considérant les parents de Kim par trop procéduriers, le pédiatre saisit le procureur de la République des Côtes-d'Armor pour défaut de soins. Aussitôt le juge des enfants est alerté, et après avoir pris conseil auprès des médecins de Rennes et de Saint-Brieuc, il décide de placer Kim sous tutelle afin qu'il puisse subir l'amputation totale de sa jambe. Retour obligé chez le premier chirurgien orthopédiste de Rennes que les parents de Kim supplient - une nouvelle fois - de prendre l'avis des Drs Delépine (Voir à ce sujet un article scientifique récemment paru dans Ann. Méd. Interne, 2003, 154, n°1, pp. 12-24 citant une abondante littérature médicale). La Dre Nicole Delépine est médecin cancérologue et son mari le Dr Gérard Delépine est chirurgien orthopédiste ayant mis au point des prothèses de croissance qui " grandissent " avec l'enfant.

Kim est amputé !

Peine perdue : "Je ne téléphonerai pas à ces médecins, leurs travaux ne sont pas reconnus, répond-il en leur tendant une feuille l'autorisant à amputer. Signez-la, autrement j'appelle le juge des enfants…" L'enfant est amputé !

La tutelle levée dès la fin de l'intervention, le service de la Dre Delépine étant autorisé à nouveau à fonctionner ( Sous la pression de plusieurs parents, le service de la DreDelépine s'est trouvé à nouveau en mesure d'accueillir sans problèmes sept malades, en février 2003, nombre redescendu à cinq en juillet 2003 par décision de la direction de l'hôpital.), Kim est reparti dès le 17 février à Bobigny...

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Cécile Baudet

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