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A
l'origine d'une démarche thérapeutique, il y a toujours
une insatisfaction, une souffrance. Mauvaise image de soi, construction
défectueuse de la personnalité, incapacité
à exprimer pleinement ses potentialités
, sont
autant de raisons d'entreprendre une analyse individuelle.
En
parler ou pas ?
Doit-on parler de cette décision à son conjoint
? Tout dépend de la relation que l'on entretient avec lui
ou elle. Ainsi, Luc a décidé de ne rien dire à
sa femme " pour ne pas lui donner d'arme supplémentaire
pendant leurs disputes " alors que Christine a voulu partager
avec son mari la nécessité que représentait
pour elle une analyse " pour aller mieux ". " Parce
que la psychanalyse permet une autre intimité avec soi-même,
on ne peut pas laisser l'autre ne pas savoir. Il faut au moins
donner des pistes, des indices. Il est intéressant de parler
de soi à l'autre pour faire avancer le couple ", remarque
le psychanalyste et thérapeute de couple, Serge Hefez.
" Si on entame une cure par la parole, le couple doit aussi
devenir un lieu où on se parle ", confirme son confrère
Alain Valtier. Par contre, tout ne doit pas être dit car
sans avoir suivi une analyse, il est très difficile de
comprendre l'ambivalence des sentiments ou la complexité
des fantasmes ou des rêves. Un exemple : En prenant conscience
que son mari représentait la figure paternelle, une patiente
a eu des envies de meurtre. Bien sûr, ces pulsions n'étaient
pas dirigées contre lui, mais contre son père. Comme
il n'est pas aisé de savoir décoder quand on n'est
pas un professionnel du divan, mieux vaut être sélectif
sur ce qui sera raconté au conjoint. Serge Hefez conseille
de partager les moments difficiles que rencontre tout analysé,
par exemple, d'expliquer que son agressivité ou que sa
mauvaise
humeur n'est pas liée au conjoint mais à des souvenirs
douloureux d'enfance mis à nu en séance.
L'analyse,
source de crises ?
Une psychanalyse déstabilise l'individu, mais aussi le
couple. " Ne s'occupant que du désir individuel, la
psychanalyse sépare les couples malgré elle. Elle
est contre les couples, tout contre ", reconnaît Alain
Valtier. Robert Neuburger, son homologue, n'en dit pas moins :
" La psychanalyse pousse à la solitude car elle développe
l'idée d'autonomie. Trop souvent, les thérapeutes,
endossant un rôle moralisateur, laissent entendre à
leurs patients que leur partenaire est un frein à leur
évolution mentale. " Ainsi, pour poursuivre le même
cas, si une femme découvre que le choix de son mari est
un choix dipien, elle peut porter un jugement négatif
sur sa relation conjugale même si elle est heureuse en ménage.
Pour Serge Hefez, le psychanalyste doit à ces moments-là
sortir de sa neutralité pour mettre en garde le patient.
Cette attitude s'inscrit dans la droite lignée de Freud,
défavorable aux changements brusques et radicaux en cours
de thérapie.
Les
déséquilibres au sein du couple peuvent n'apparaître
qu'en fin d'analyse. " Si le patient a un problème
d'intimité avec son conjoint, la relation très intime
et très affective qu'il entretient avec son psychanalyste
peut mettre de côté l'insatisfaction conjugale ",
explique Serge Hefez. " Mais, lorsque l'analyse évolue
ou s'arrête, le couple peut se retrouver en crise. "
Il est peut-être alors temps de se tourner vers une thérapie
de couple, " une thérapie en couple " préfère
Alain Valtier, signifiant ainsi que c'est une démarche
qui doit être entreprise communément par les deux
partenaires.
Thérapie
de couple : une aventure à deux
Mais, pas besoin de passer par l'analyse individuelle pour se
diriger vers la thérapie de couple. Depuis une dizaine
d'années, couples hétérosexuels et homosexuels
consultent directement pour des problèmes spécifiques
à leur vie commune. " C'est une sensation de blocage
dans la relation, une incapacité à surmonter seuls
une crise qui les poussent à suivre une thérapie
de couple ", explique Serge Hefez. Même si aujourd'hui
les hommes sont moins réfractaires au travail analytique,
ce sont souvent les femmes qui sont à l'origine de la demande,
se plaignant du manque de communication, qu'elle soit verbale
ou corporelle, avec leur mari. Elles peinent parfois à
faire venir leur conjoint. Une forte détermination (voire
parfois des menaces) et du temps (plusieurs mois parfois avant
d'arriver à deux à la première séance)
sont alors nécessaires. " Si un patient a une réelle
volonté d'amélioration dans son couple, il doit
se faire accompagner de son conjoint, sinon il ou elle aura le
sentiment de porter seul(e) son couple. Le couple ne peut changer
que si les deux se posent des questions ", insiste Robert
Neuburger. Alain Valtier confirme : " Si, pour une raison
ou une autre, l'un ne peut pas venir, le rendez-vous est annulé
pour les deux. Je reçois les deux ou personne. "
Réapprendre
à s'entendre
En thérapie de couple, les conjoints retrouvent une liberté
de parole et une capacité d'écoute qu'ils avaient
perdues.
Robert
Neuburger pense qu'" il existe beaucoup de malentendus dans
les couples ". Mal-entendus, a-t-on envie d'écrire,
comme dans le cas de Jérôme : " J'ai vu ma compagne
différemment. J'ai pu entendre ses besoins sans pour autant
les prendre comme des reproches. " Isabelle rajoute : "
Les séances de thérapie me font l'effet d'une soupape.
On sort de l'image de couple parfait pour exprimer tout ce qui
ne va pas, pour l'un comme pour l'autre. Et on apprend à
ne plus lire l'autre en fonction de ses propres filtres, à
prendre du recul, à quitter ses a priori systématiques.
" Lorsque la communication ne passe plus, le thérapeute
devient un médiateur. À celui ou celle qui peut
se sentir en position d'accusé(e), le thérapeute
rappelle qu'il n'est pas l'allié de l'autre, mais du couple.
À l'opposé d'un procès, ce n'est pas l'un
qui gagne contre l'autre, mais les deux qui doivent trouver un
nouvel équilibre en développant ensemble une créativité,
une capacité d'autoguérison susceptibles de résoudre
la crise qu'ils traversent. " La question de savoir s'il
doit poursuivre son existence de couple ou si une séparation
serait préférable a un sens pour le couple, mais
elle n'en a pas pour le thérapeute dont la tâche
doit consister à remettre le couple en état de prendre
ses décisions propres ", conclut Robert Neuburger.
Christine
Delmar
En
savoir plus
" La Danse du couple "
de Serge Hefez,
éd. Hachette.
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