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2003

 

 

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Traitement hormonal substitutif :

Danger !

Depuis la parution, en août 2002, des résultats de la WHI, une étude clinique réalisée aux États-Unis sur plus de 16 000 femmes, les articles de presse sur le traitement hormonal substitutif (THS) de la ménopause se multiplient. Ce traitement, longtemps présenté comme une véritable pilule de jouvence permettant à la femme ménopausée d'échapper à toutes les maladies du grand âge (ostéoporose, problèmes cardiovasculaires, voire maladie d'Alzheimer) y est gravement remis en cause. Son risque concernant le cancer du sein est prouvé et les illusions sur la protection cardiovasculaire, envolées. Il faut dire que non seulement le THS ne protège pas des problèmes cardiovasculaires mais il semblerait même qu'il les aggrave. Par ailleurs, une autre étude La Million Women Study qui a porté en Angleterre sur 1 million de femmes, a confirmé la légère élévation de risque de cancer du sein avec des produits très proches de ceux qui sont utilisés en France. À l'annonce de ces résultats, les femmes sous traitement (on estime à 30 % la proportion de femmes de plus de 50 ans traitées en France) prennent peur et se demandent comment les médecins ont pu prescrire des produits dont ils ne connaissaient pas les véritables dangers.

Un concept fabriqué par les labos
Le traitement hormonal existe en France depuis près de cinquante ans. Sa prescription repose sur un concept totalement fabriqué par l'industrie pharmaceutique : la carence hormonale. Après la ménopause, la femme cesse de produire les hormones sexuelles, la progestérone et les œstrogènes. Partant du fait réel que certains organes sont dépendants de cette production hormonale (partiellement et non totalement) comme l'os et la muqueuse vaginale par exemple, les médecins ont extrapolé cette carence au corps tout entier, y compris au cerveau… Résultat, … …la " femme sans hormones " serait menacée par l'ostéoporose, la sécheresse vaginale, les problèmes cardiovasculaires, la baisse de la libido, la dépression, la maladie d'Alzheimer, etc.

Un naufrage en quelque sorte. Ce que le corps n'apporte plus, un médicament le fera. Le THS était né. Certains médecins proches des laboratoires ont ensuite habilement promotionné ce produit qui permettait d'échapper à une vision très négative de la ménopause partagée par tous, hommes et femmes. Dès lors, le THS a été réclamé par des femmes en bonne santé, mais fragilisées psychologiquement par l'avancée en âge et le poids de la dictature des apparences. Il a été prescrit par des médecins tout heureux que leurs patientes aillent mieux car pour les femmes ayant des bouffées de chaleur (un tiers), le THS améliore effectivement la qualité de vie.

Une innocuité non établie !
Il y avait juste un petit problème. À savoir que l'innocuité du THS n'était pas établie. Il faut reconnaître que des études comparables à celles qui sont réalisées aux États-Unis coûtent plusieurs centaines de millions d'euros. Or, jusqu'à aujourd'hui, en France, personne n'a accepté de les financer, ni l'État avec ses organismes de recherche publique, malgré les demandes des chercheurs, ni les divers laboratoires pharmaceutiques plus préoccupés de rivaliser avec le produit du voisin que de se préoccuper de santé publique. On disposait uniquement d'études d'observation qui, à la différence des études méthodiques comme la WHI, orientent et suggèrent mais n'apportent pas de preuve formelle des effets d'un médicament. D'où des erreurs d'interprétation, reconnues aujourd'hui par la communauté scientifique. Par exemple, celle qui a donné à penser que le THS réduisait le risque cardiovasculaire alors que c'étaient les particularités des femmes (plus mince, moins sédentaire, etc.) qui prenaient le THS qui expliquaient certainement cet effet positif. Ces études d'observation et la pratique clinique (consultation) ont malgré tout permis une évolution des molécules et des posologies (on en est aujourd'hui à des prescriptions de doses infimes par rapport à celles du début).

En France pourtant, la prescription des produits existants à l'heure actuelle sur le marché n'est toujours pas garantie sans risque. Elle repose sur des " croyances " du corps médical et non sur des faits scientifiques. " Nos produits sont différents de ceux des Américains, en particulier nos progestatifs. De plus nous utilisons des patchs et non des comprimés ". Il suffit d'y croire !

Selon le code de déontologie, le médecin doit à sa patiente : " Une information loyale, claire et appropriée sur les soins qu'il propose et le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas (article 36). " Le moins que l'on puisse dire est que le THS n'a pas bénéficié et ne bénéficie toujours pas de ce précepte. Plus inquiétant, certains médecins français font de la résistance et refusent de reconnaître les risques désormais sérieusement étayés du traitement et donc d'en informer leurs patientes. Ils défendent bec et ongle leur " progestérone naturelle et leur patch transdermique " et vont même jusqu'à s'insurger contre les récentes recommandations de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) qui limite à cinq ans la prescription du THS. Au niveau européen par contre l'agence du médicament s'apprête à limiter de manière très stricte les indications du THS.

Martine Laganier

 

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