|
Depuis la parution, en août 2002, des résultats de
la WHI, une étude clinique réalisée aux États-Unis
sur plus de 16 000 femmes, les articles de presse sur le traitement
hormonal substitutif (THS) de la ménopause se multiplient.
Ce traitement, longtemps présenté comme une véritable
pilule de jouvence permettant à la femme ménopausée
d'échapper à toutes les maladies du grand âge
(ostéoporose, problèmes cardiovasculaires, voire maladie
d'Alzheimer) y est gravement remis en cause. Son risque concernant
le cancer du sein est prouvé et les illusions sur la protection
cardiovasculaire, envolées. Il faut dire que non seulement
le THS ne protège pas des problèmes cardiovasculaires
mais il semblerait même qu'il les aggrave. Par ailleurs, une
autre étude La Million Women Study qui a porté en
Angleterre sur 1 million de femmes, a confirmé la légère
élévation de risque de cancer du sein avec des produits
très proches de ceux qui sont utilisés en France.
À l'annonce de ces résultats, les femmes sous traitement
(on estime à 30 % la proportion de femmes de plus de 50 ans
traitées en France) prennent peur et se demandent comment
les médecins ont pu prescrire des produits dont ils ne connaissaient
pas les véritables dangers.
Un concept fabriqué
par les labos
Le traitement hormonal existe en France depuis près de
cinquante ans. Sa prescription repose sur un concept totalement
fabriqué par l'industrie pharmaceutique : la carence hormonale.
Après la ménopause, la femme cesse de produire les
hormones sexuelles, la progestérone et les strogènes.
Partant du fait réel que certains organes sont dépendants
de cette production hormonale (partiellement et non totalement)
comme l'os et la muqueuse vaginale par exemple, les médecins
ont extrapolé cette carence au corps tout entier, y compris
au cerveau
Résultat,
la " femme
sans hormones " serait menacée par l'ostéoporose,
la sécheresse vaginale, les problèmes cardiovasculaires,
la baisse de la libido, la dépression, la maladie d'Alzheimer,
etc.
Un naufrage en quelque sorte. Ce que le corps
n'apporte plus, un médicament le fera. Le THS était
né. Certains médecins proches des laboratoires ont
ensuite habilement promotionné ce produit qui permettait
d'échapper à une vision très négative
de la ménopause partagée par tous, hommes et femmes.
Dès lors, le THS a été réclamé
par des femmes en bonne santé, mais fragilisées
psychologiquement par l'avancée en âge et le poids
de la dictature des apparences. Il a été prescrit
par des médecins tout heureux que leurs patientes aillent
mieux car pour les femmes ayant des bouffées de chaleur
(un tiers), le THS améliore effectivement la qualité
de vie.
Une innocuité non établie
!
Il y avait juste un petit problème. À savoir que
l'innocuité du THS n'était pas établie. Il
faut reconnaître que des études comparables à
celles qui sont réalisées aux États-Unis
coûtent plusieurs centaines de millions d'euros. Or, jusqu'à
aujourd'hui, en France, personne n'a accepté de les financer,
ni l'État avec ses organismes de recherche publique, malgré
les demandes des chercheurs, ni les divers laboratoires pharmaceutiques
plus préoccupés de rivaliser avec le produit du
voisin que de se préoccuper de santé publique. On
disposait uniquement d'études d'observation qui, à
la différence des études méthodiques comme
la WHI, orientent et suggèrent mais n'apportent pas de
preuve formelle des effets d'un médicament. D'où
des erreurs d'interprétation, reconnues aujourd'hui par
la communauté scientifique. Par exemple, celle qui a donné
à penser que le THS réduisait le risque cardiovasculaire
alors que c'étaient les particularités des femmes
(plus mince, moins sédentaire, etc.) qui prenaient le THS
qui expliquaient certainement cet effet positif. Ces études
d'observation et la pratique clinique (consultation) ont malgré
tout permis une évolution des molécules et des posologies
(on en est aujourd'hui à des prescriptions de doses infimes
par rapport à celles du début).
En France pourtant, la prescription des
produits existants à l'heure actuelle sur le marché
n'est toujours pas garantie sans risque. Elle repose sur des "
croyances " du corps médical et non sur des faits
scientifiques. " Nos produits sont différents de ceux
des Américains, en particulier nos progestatifs. De plus
nous utilisons des patchs et non des comprimés ".
Il suffit d'y croire !
Selon le code de déontologie, le
médecin doit à sa patiente : " Une information
loyale, claire et appropriée sur les soins qu'il propose
et le consentement de la personne examinée ou soignée
doit être recherché dans tous les cas (article 36).
" Le moins que l'on puisse dire est que le THS n'a pas bénéficié
et ne bénéficie toujours pas de ce précepte.
Plus inquiétant, certains médecins français
font de la résistance et refusent de reconnaître
les risques désormais sérieusement étayés
du traitement et donc d'en informer leurs patientes. Ils défendent
bec et ongle leur " progestérone naturelle et leur
patch transdermique " et vont même jusqu'à s'insurger
contre les récentes recommandations de l'Agence française
de sécurité sanitaire des produits de santé
(Afssaps) qui limite à cinq ans la prescription du THS.
Au niveau européen par contre l'agence du médicament
s'apprête à limiter de manière très
stricte les indications du THS.
Martine Laganier
|