|
Indispensable à
la survie du nourrisson, le toucher est le premier langage
qu'on utilise pour communiquer avec lui, pour lui exprimer nos
sentiments. Des cinq sens, il est le premier à se développer.
Un nouveau-né malade, même très bien assisté
médicalement, peut mourir faute d'avoir été
cajolé. Pour lui, la naissance est synonyme de séparation,
de solitude : le corps n'est plus soutenu en permanence. Les mains
de la mère et du père deviennent essentielles pour
l'accueillir et le sécuriser. Par elles, il découvre
le monde, ressent l'affection de ses parents. Plus tard, le toucher
lui permet de développer la conscience de son corps et
de nourrir son sentiment d'être accepté et aimé.
Il permet une communication authentique et profonde, tant avec
soi-même qu'avec les autres.
La signification que
l'on accorde au toucher dépend de notre vécu, de
notre éducation
Françoise Dolto, éminente psychanalyste
d'enfants - qu'on ne présente plus ! - explique que le
petit d'homme construit sa personnalité à partir
de son corps. Mais selon elle, le langage tient aussi une place
prépondérante dans sa construction psychique. Une
mère se doit de parler à son enfant afin de lui
faire part des différentes émotions qu'elle ressent
et des sensations (de couleurs, de sons) qu'elle perçoit,
pour les lui retransmettre. Elle insiste sur le fait que "
le seul bonheur corporel ne saurait suffire. Les soins doivent
être accompagnés de mots. Le toucher et le langage
forment un ensemble mêlé et croisé ".
Dès notre
conception, nous subissons contrariétés
et traumatismes. " Tout cela est stocké en mémoire
dans nos cellules. Cette mémoire est plus ou moins accessible
et plus ou moins compréhensible et acceptable par notre
mental ", explique Michel Dufour, psychiatre. L'histoire
personnelle de chacun, les attitudes mentales et affectives qui
en résultent sont inscrites dans la mémoire du corps.
Le neurochirurgien étasunien Cari Pribram a démontré
que la mémoire n'est pas du tout délimitée
à une zone du cerveau. " Le cerveau peut oublier,
mais la mémoire du corps, elle, n'oublie jamais ",
affirme-t-il.
Un besoin de communication
que la parole ne comble pas
Les traumatismes non exprimés provoquent
des tensions corporelles chroniques, dont on se protège
en construisant une sorte de carapace pour " se protéger
" du monde extérieur. Et le corps de se raidir, avec
des tensions musculaires multiples principalement localisées
au niveau du cou, de la nuque, du dos, occasionnant des maux de
ventre et de tête, un excès de graisse
"
Quand nous
travaillons sur ces douleurs, ce sont des pans entiers de l'histoire
des patients qui ressurgissent sous la forme de souvenirs conscients.
Ces derniers peuvent être source de nouvelles douleurs et
de gênes, révélant des traumatismes antérieurs.
C'est comme si nous remontions le fil du temps et débloquions
d'anciens traumatismes, même si cela n'était pas
le but que nous recherchions ", explique l'ostéopathe
Porzia Pontrandolfi.
Au fil de notre éducation, nous
avons reçu des interdits qui se sont inscrits dans notre
propre histoire. Devenus adultes, ces barrières nous empêchent
d'entrer dans un contact corporel avec l'autre. " Malgré
son besoin vital et équilibrant, le toucher est de tous
les sens le plus réprimé. Toute notre éducation
est basée sur le rejet du contact physique ", déclare
Joël Savatofski (voir interview p. 22).
Beaucoup de gens n'ont aucun scrupule à vous couper la
parole, mais ils s'empressent de s'excuser si par mégarde
ils nous effleurent la main. Pourtant nous sentons bien que toucher
et être touché répondent à un besoin
de communication que la parole ne comble pas, parce que la communication
tactile a son langage propre. Nous le faisons pour entrer en relation
et réconforter, ainsi que pour partager amour et affection.
Si le massage s'est peu développé
en France, c'est en partie à cause du monopole des kinésithérapeutes
qui sont en fait les seuls habilités à le pratiquer
officiellement. Mais c'est aussi parce que nombreux sont ceux
qui appréhendent de toucher et/ou d'être touchés.
Il faut que le masseur soit en état de disponibilité
totale avec le patient. S'il sent des réticences, il ne
doit pas forcer.
Les hommes et les femmes savent intuitivement que le toucher peut
susciter de profonds changements dans le corps et l'esprit. Le
massage constitue l'une des expériences les plus apaisantes
et les plus profondément relaxantes. Lorsque nous nous
faisons masser, nous devenons plus ouverts, plus réceptifs
et plus complets. Quand nous massons, nous nous exprimons et nous
manifestons notre sollicitude par l'intermédiaire de nos
mains. " Le massage est un art créatif qui permet
à celui qui donne, comme à celui qui reçoit,
de découvrir sa propre personnalité ", observe
Corinne Maréchal, réflexologue et enseignante au
Centre CREER (Centre de recherche, d'étude et d'enseignement
des réflexologues).
Sophie Madoun
Entretien avec Joel
Savatofski
Le Shiatsu
"Rempli d'énergie"
Différentes
traditions
Se dynamiser, se
relaxer, se soigner
Les différentes
formations
|