|
Nous
avons enquêté sur le phénomène : la
surconsommation des médicaments psychotropes et des substances
psychoactives par les adolescents n'est pas un mythe.
Cette question constitue le thème du débat du 22
janvier lors des 1res Rencontres d'Alternative Santé à
Paris. Nous vous informerons dans un prochain numéro des
conclusions de nos intervenants.
Comment vont les ados ? Apparemment pas si mal.
Le 18 octobre dernier, à l'occasion de la Journée
de l'adolescence, les sondages en avaient donné une image
plutôt positive. 94 % des 13-18 ans se déclarent
" assez bien et même très bien dans la société
". Avec un petit fléchissement pour les filles qui,
entre 16 et 18 ans, ne sont plus que 17 % à se sentir "
très bien ", contre 31 % pour les garçons.
Les trois-quart ont confiance en leur propre avenir. Mais là
encore, avec une petite inflexion pour les filles qui, entre 16
et 18 ans, ne sont " que " 66 % à être
confiantes, contre 80 % pour les garçons.
Cette inquiétude a une traduction médicamenteuse.
Puisque selon la Caisse nationale d'assurance maladie, pour l'année
2 000, 5,4 % des filles de 10 à 19 ans ont consommé
des psychotropes (somnifères, anxiolytiques), contre 3,3
% des garçons. Différence qui ira s'accentuant au
cours de la vie : 17 % des hommes y ont recours, pour 31 % des
femmes. Il s'agit là des médicaments vendus sur
ordonnance. Il faut y ajouter l'automédication. Rappelons
aussi, que lorsque les jeunes font une tentative de suicide, ils
se servent des médicaments psychotropes qu'ils ont sous
la main, pour passer à l'acte
S'il y a surconsommation médicamenteuse
féminine, les garçons se rattrapent sur d'autres
substances : alcool et cannabis notamment, dont les effets psychoactifs
sont bien connus. À 17 ans, 19 % d'entre eux consomment
régulièrement de l'alcool (contre 6 % des filles).
Quant au cannabis : 18 % des garçons, contre 7 % des filles.
La " fumette " a triplé en dix ans.
Côté tabac, ils sont au coude à
coude (40 et 39 %), mais la substance est de nature différente
, puisqu'elle n'a pas d'effet psy, sans oublier toutefois ses
conséquences sur la santé.
D'où vient cette propension à vouloir
solutionner le mal-être en recourant aux substances psychoactives
?
Pour les médicaments, l'exemple semble venir des parents.
Les enquêtes montrent qu'on se sert directement dans les
réserves familiales. Il faut y ajouter la connivence parents-médecins,
ces derniers prescrivent sur l'injonction des premiers, calmant
ainsi les angoisses des uns et des autres. La loi les oblige à
informer les patients des conséquences de leurs choix thérapeutiques
? Le font-ils ?
C'est ici que les adolescents sont en danger.
Par manque de vigilance des adultes, par banalisation du recours
à ce type de médicaments. Qui les avertit des risques
encourus ? L'école, les médecins et les infirmières
scolaires ? En ont-ils le temps, la possibilité ? Un quart
des Français en font usage
Le ver est dans le fruit,
l'exemple dans la plupart des familles !
Les pilules sont perçues comme des solutions
miracles. L'individualisme régnant incline aux solutions
individuelles, même quand les problèmes affrontés
ne peuvent trouver de vraies réponses qu'au niveau sociétal
: économique, politique, idéologique
Toutefois, la situation n'est pas si désespérée
: 9 % des ados ont consulté un psy en 2002, contre 4 %
en 1993. Qu'ils se prennent en charge est certes un signe encourageant,
mais cela montre aussi qu'ils ne vont pas si bien ! Dans l'attente
d'autres conclusions, nous pouvons faire confiance à leur
bel optimisme. Les ados ont la pêche, la " gniaque
" comme ils disent. Or, comme chacun sait, le moral, c'est
tout !
|