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Alternative Santé, comprendre pour agir
 
Mars 2004

 

 

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EDITORIAL

Pierre DHOMBRE

Assurer l'équilibre des comptes de l'assurance-maladie est moins un problème de fonds que de… fond ! On rappelle peu, par exemple, que cette sécurité " sociale " est une vraie conquête égalitaire, l'une des rares. L'école reproduit, peu s'en faut, les inégalités de classes. Mais le PDG comme le Rmiste fréquentent les mêmes hôpitaux, consultent les mêmes spécialistes (ou presque !), bénéficient des mêmes soins. Conçue dans l'idée de transformer du capital travail et de la croissance économique en biens de santé pour tous, elle ne peut être kidnappée par une catégorie ou un groupe.

Or, c'est ce qui se passe. Les médicaments sont devenus le deuxième poste des dépenses de l'assurance-maladie. Mais pendant que Mattei abaisse leurs taux de remboursement, il augmente la consultation des généralistes !
Du déremboursement de l'homéopathie, il attend une économie de 66 millions d'euros/an. Mais l'augmentation de la consultation à 20 euros (contre 18,5 euros sous Kouchner) fait tomber dans l'escarcelle de ses (vraiment) très " chers " confrères, un petit rab mensuel de 900 euros (6 000 francs, un petit Smic !). Soit, multiplié par 60 000 généralistes, pas loin des 66 millions d'euros/an. De là à penser que l'on pioche dans la poche des uns ce que l'on glisse dans celle des autres…

Les choix du pouvoir sont renversants. On s'étonne que personne ne proteste - par exemple ! - du fait que le directeur de cabinet du ministre, Louis-Charles Voissat, soit un ancien de la direction des laboratoires Lilly France (qui vendent le Prozac), filiale du groupe américain du même nom. Choix qui montre clairement les connivences entre l'État et les intérêts pharmaceutiques privés.
Ce qui est aussi en question dans la frénésie des dépenses médica-menteuses (!), c'est qu'elle traduit une approche essentiellement chimique de la maladie. Vision que l'État et ses relais - médecins, système de soins - tentent d'imposer par tous les moyens. Ainsi quand la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) dénonce les graves atteintes aux droits de l'homme dans certains groupes, nous ne pouvons qu'applaudir (voir nos " Points Chauds "). Mais quand elle propose la diffusion d'" un guide des bonnes pratiques de soins ", on est en droit de s'inquiéter. D'autant qu'elle remet en question l'ostéopathie, dont la reconnaissance a été votée à l'unanimité à l'Assemblée nationale en 2002 !

Alors que le Parlement européen a demandé aux pays membres d'harmoniser les statuts, et donc la reconnaissance, de différentes médecines alternatives, notamment de la naturopathie et de la phytothérapie…, la Miviludes les montre encore du doigt ! Le ridicule et la méconnaissance des dossiers ne semblent pas troubler ladite Mission. Ses " missionnaires " n'hésitent pas aussi à diaboliser les " groupes qui refusent les vaccinations obligatoires ", alors que la France est, avec la Grèce et le Portugal, le pays européen où les obligations vaccinales sont les plus nombreuses.
Il serait urgent que l'exception médicale hexagonale pointe le nez au-delà de sa ligne Maginot !

L'équilibre des comptes de la Sécu passe par une approche " holistique ", c'est-à-dire globale de la maladie et de la santé, qui inclut l'environnement, l'alimentation, l'hygiène et les conditions de vie, la prévention. C'est en ce sens que vont nos propositions (voir notre article page 9 à 12). Vous pouvez d'ailleurs nous envoyer vos suggestions… Si on doit en appeler à la responsabilité des patients pour résorber le " trou " de la Sécu, on doit être aussi exigeant envers les praticiens sur la qualité et la quantité des prescriptions, ainsi que de leurs consultations. Le ministre de la Santé voudra-t-il faire triompher les principes de solidarité qui ont présidé à la naissance de la Sécurité sociale ?
On jugera sur pièces.
Mais on peut en douter.

 

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