Alternative Santé, le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce aux ressources des médecines alternatives et naturelles.

Alternative Santé. Etre responsable de sa santé, prévenir la maladie, se soigner par des médecines douces, alternatives et naturelles


Alternative Santé, comprendre pour agir
 
Mars 2004

 

 

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Sauver la Sécu nos propositions

Dans les discussions sur la réforme de l'assurance-maladie, il y a fort à craindre que l'on s'en prenne plus au symptôme (le déficit) qu'aux causes réelles (l'origine des maladies, la manière de se soigner).

Le 23 janvier dernier, le Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance-maladie remettait son rapport au ministre de la Santé, Jean-François Mattei. Ce dernier annonçait alors une concertation de plusieurs mois préparant au projet de loi sur la Sécu, examiné - sans doute - en juillet prochain par l'Assemblée nationale.
S'agit-il d'une concertation en trompe-l'œil, alors que tout sera décidé par le ministère et l'Élysée, soumis aux puissants lobbies pharmaceutiques et aux médecins-députés omniprésents (ils sont quarante et un à l'Assemblée nationale) ? La voix des usagers, présents lors des consultations du ministre, mais trop peu nombreux, sera-t-elle entendue?

Si l'on ne retient que l'attitude de défaussement du ministre pendant la canicule, la mise en cause de ses propres services et notamment du directeur de la santé Lucien Abenhaim puis, plus récemment, l'éviction sans explication de Philippe Duneton, directeur de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), on peut craindre le pire. Quelle vision de la santé et des soins veut-il promouvoir? Osera-t-il s'attaquer aux problèmes de fond ? Ou se contentera-t-il de colmater financièrement les fissures d'un système qui finalement convient à trop de bénéficiaires?
Nous jugerons sur les faits. Espérons d'heureuses surprises.
En tant que journal de " défense des consommateurs de soins de santé ", nous avons des propositions. Voici donc ce que lira Jean-François Mattei si d'aventure il veut savoir ce que veulent les patients-impatients. Car nous allons lui envoyer ces propositions - et les vôtres - et nous vous ferons part de sa réponse.

> 11 milliards de déficit
Le déficit de la Sécu (assurance-maladie) est estimé à 11 milliards d'euros pour 2004. Le déficit cumulé 2003-2004 : 30 milliards… qu'on va bien devoir rembourser d'une manière ou d'une autre. Il n'a pas encore été décidé comment.
Chaque Français dépense en moyenne 2580 euros (17000 francs) par an pour sa santé, dont 2220 euros (14500 francs) en soins médicaux. C'est beaucoup. D'autant que d'année en année ces dépenses croissent.
Parmi celles-ci, ce sont les dépenses de médicaments qui ont fait un bond spectaculaire. Depuis vingt-cinq ans, elles ont augmenté de 900 % et constituent le deuxième poste des dépenses de l'assurance-maladie : hôpital (44,7 %), médicaments (26,7 %), honoraires (21 %), autres (7,3 %)(1). Rappelons pour mémoire que chaque médecin généraliste prescrit en moyenne, annuellement, la bagatelle de 260 000 euros de médicaments (170 millions des centimes de l'ancien temps !) …
…Or, qui fixe les prix des médicaments? L'une des commissions de l'Afssaps, dont… précisément Philippe Duneton vient d'être limogé… Mais personne n'a entendu le ministre évoquer la nécessité de peser sur les prix. Quant à la surveillance des prescriptions des médecins, Mattei, à son arrivée au ministère, leur a octroyé une large augmentation (passage de la consultation à 20 euros). Il en attendait plus de raison dans leurs prescriptions et leur recours aux génériques. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. Mattei " soigne " ses médecins. Mais ces ingrats continuent de n'en faire qu'à leur tête et ne supportent aucune limite ou contrainte à leur liberté de prescription !
Parlons des nouveaux médicaments, souvent vendus à des prix exorbitants. Ainsi l'hôpital d'Angers qui annonce dépenser 600 000 euros par an pour un seul médicament contre le cancer. Sont-ils à la hauteur des attentes des patients ?
La revue Prescrire, référence en matière de nouveautés médicamenteuses, souligne chaque année la rareté des vraies découvertes. L'Affaps, qui décide de leur autorisation, ne demande même pas d'études comparatives avec les anciennes molécules ! De surcroît ses experts ont souvent des liens avec l'industrie pharmaceutique... Finalement, on est entre soi, on plonge de conserve à pleins bras dans le trésor de la Sécu, alimenté par les millions de cotisants, leur travail et leurs revenus. Sans que ceux-ci puissent donner leur avis !

C'est donc la présence des patients, de leurs représentants, qu'il faut imposer dans le choix des médicaments qui seront objets de recherche, et dans l'évaluation de leur coût.
Monsieur Le Ministre, quelle place comptez-vous octroyer aux patients dans cette " démocratie sanitaire " chère à votre prédécesseur ?

>Le coût de la recherche
Autre argument à propos des médicaments. Les labos objectent que la recherche coûte cher. Or, selon Philippe Pignarre (voir note 2 et son interview page 14), le célèbre laboratoire GlaxoSmithKline entretient à lui seul un réseau mondial de 40 000 visiteurs pour… 16 000 chercheurs ! En France, les laboratoires emploient 24 000 visiteurs médicaux.
Les Français sont les premiers consommateurs de médicaments en Europe et particulièrement de psychotropes (contre l'anxiété, etc.). Ces prescriptions massives sont dues à l'influence des visiteurs médicaux et, pour les malades anxieux, au manque de formation des praticiens en psychologie .
Enfin, soulignons au passage qu'on n'a pas d'argent pour rembourser les médicaments et qu'on les dérembourse à tout va, même l'homéopathie il y a peu. Mais on en a trouvé pour vacciner 27 millions de Français contre l'hépatite B, pratiquer plusieurs rappels, et soigner les effets secondaires de ses milliers de victimes (sclérose en plaques, myofasciites à macrophages, etc.). Et ça continue ! Sans parler des autres vaccins que l'on multiplie.

Les hôpitaux
Nous n'avons pas la place d'analyser point par point tous les secteurs sanitaires où il est possible d'améliorer la rentabilité du système de soins. Citons les évolutions nécessaires :
- Mieux coordonner les soins de ville et l'hôpital afin de ne pas multiplier les actes déjà réalisés (radios, analyses…). Et donner la parole au patient dans la gestion de son dossier médical pour qu'il devienne un acteur à part entière.
- Calculer et comparer les prix des interventions dans les hôpitaux. La même opération, par exemple de l'appendice, a un coût très différent d'un hôpital à l'autre. Or, aujourd'hui, l'enveloppe globale attribuée à chaque hôpital pour son fonctionnement se fait en aveugle. Ne pourrait-on pas rationaliser (ce qui ne veut pas dire rationner) les coûts ? Et octroyer l'argent public en fonction des services réellement rendus par les services publics (hôpitaux, etc.).

Côté médecins
- Obliger à passer par le généraliste avant de consulter un spécialiste.
- Mieux répartir les médecins, pléthoriques dans certains départements (130 pour 100 000 habitants dans les Hautes-Alpes contre 66 pour 100 000 habitants en Seine-Saint-Denis). On sait que plus ils sont nombreux et plus les dépenses de soins augmentent. Alors que là où ils sont peu présents, les maux qui ne sont pas soignés à temps se transforment en maladies plus graves, plus longues, plus coûteuses.

Informer
Aucune réforme de la Sécu ne peut faire l'économie d'une réflexion de fond sur les maladies, leur origine, leur gestion.
Un premier pas a été franchi, qui va dans le bon sens : l'information du grand public et des médecins. Les deux campagnes, l'une sur les antibiotiques, l'autre sur l'intérêt
de l'effort physique pour lutter contre l'obésité, permettent d'induire les bons réflexes. Et entraînent donc des économies.
Par ailleurs, de nombreuses études ont montré que … …lorsque le patient était initié à prendre en charge sa maladie, à mieux la gérer (notamment dans les cas d'asthme, de diabète, etc.), ses recours aux médecins diminuaient. Les économies donc passent aussi par le partage des connaissances médicales, et la responsabilisation des patients.

Le mal à sa source
Il faudrait oser dénoncer avec plus de vigueur la cause des principales maladies : cardio-vasculaires, cancéreuses, allergiques. Leur nombre croissant est dû à l'environnement, au stress, à l'alimentation, etc.
Ce sont donc des actions à la source qu'il faut mener. Or, on le sait, l'industrie agroalimentaire - pour ne prendre que cet exemple - , fait peu cas des quantités de sucre, de graisse, de sel, d'additifs, de colorants, de conservateurs, d'engrais, de pesticides, de rejets de lisiers… qui polluent tout à la fois nos assiettes, nos sols, nos eaux et nos cieux.
L'État recule devant son rôle d'arbitre. Un exemple, un seul exemple : qu'un ministre décide de diminuer progressivement les quantités de sel (Kouchner en 2002) et son successeur (Mattei), quelques mois plus tard, cède au lobby agroalimentaire, et repousse les lois programmant cette progressive diminution du sel dans les plats et les aliments préparés (projet de loi de santé publique d'octobre 2003).

Prendre en charge sa santé
Certains de nos lecteurs sont très en colère : ils prennent soin de leur santé, ils regardent à leur hygiène de vie… Ils ne fument pas, ils boivent ce qui convient… Or, ils ne sont pas remboursés de leurs soins alternatifs ! Ils paient donc quatre fois : la Sécu, leur alimentation de qualité, leurs soins et leur praticien… Et ils doivent payer pour ceux qui prennent des risques de toutes sortes.
À ceux-là nous répondons que les objectifs de solidarité - dans un monde qui en est souvent dépourvu - sont une conquête pour tous. Que nos enfants ou nos parents soient victimes d'accidents ou de graves maladies, nous trouvons normal qu'ils soient soignés dans des conditions optimales, quel qu'en soit le coût.
Néanmoins, ils n'ont pas entièrement tort. Il faut responsabiliser chacun aux conséquences de ses choix. Et procéder, dès l'école, à l'éducation à la santé, comme le font les infirmières scolaires, malheureusement trop peu nombreuses.

Les indispensables alternatives
La vision symptomatique de la santé, qui tend à soigner les maux - les symptômes - sans s'interroger sur leurs causes, et le découpage de l'être humain qui multiplie spécialistes et spécialités, conduisent à l'abus des prescriptions, des analyses et des consultations. De plus, le mythe de la toute-puissance médicale a comme conséquence de déposséder l'individu de son savoir sur lui-même, sur son corps et ce qui lui convient.
À l'opposé, une vision globale de la santé, les notions de terrain, de prévention, le soin porté à l'alimentation et l'hygiène de vie, permettent de mettre le praticien à distance. Et de se prendre en main. A-t-on d'ailleurs toujours et immédiatement besoin d'un médecin, de surcroît d'un spécialiste ? En Allemagne, les conseillers de santé (les Heilpratiker: des naturopathes) sont consultés à 30 % en première instance… Ce n'est qu'ensuite que l'on recourra si besoin, au médecin.
Par ailleurs, les médecines alternatives, qui soignent à la fois les symptômes et les causes, proposent des réponses de fond supérieures et plus économes que la seule réponse médico-chimique de la plupart des médecins.

L'idéologie du progrès
Mais cette approche ne va pas sans une réflexion sur l'idéologie régnante. Celle qui concerne la médecine et notre rapport à la santé.
La médecine est souvent présentée comme l'un des fleurons du " progrès ", pouvant tout " réparer ", sinon tout guérir. L'affirmation selon laquelle nous avons le meilleur système de soins, les miracles ou les prouesses proclamés de la science, l'annonce réitérée de la découverte d'un nouveau vaccin contre ceci ou cela, distillent au fil des jours la croyance que la médecine finalement viendra à bout de tout. Et que l'on peut se délester de sa responsabilité en matière de santé. Il n'en est rien. Pour toutes les maladies chroniques graves, la médecine est incapable de nous faire retourner à un état antérieur de santé. On est malade à vie. On doit prendre des médicaments à vie.
C'est un autre regard, une autre attitude par rapport à la santé que l'on doit induire. Changer de discours, ne plus penser " réparation ", mais respect et conservation de notre capital santé.
Au passage, cette idéologie de la toute-puissance a une conséquence : les patients ne comprennent plus l'échec, et font des procès !
On ne peut aborder ici en détail toutes les questions soulevées par le sauvetage de l'assurance-maladie. À titre indicatif, nous présentons, page 11, plusieurs propositions. Peut-être en avez-vous d'autres ? N'hésitez pas à nous en faire part. Nous publierons toutes celles qui permettraient à notre système de santé d'être réellement… le meilleur du monde !

Pierre Dhombre

 

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Changer les mentalités
1. Mener deux thèmes essentiels de campagne :
" Non ! les médicaments ne sont pas les remèdes exclusifs à nos maux. " Cessons de croire à la toute-puissance de la molécule chimique. " Oui ! la Sécu, c'est nous ! "
Les consultations, les examens, les hospitalisations, les appareillages… ont
un coût. La Sécu qui paie…, c'est nous !
2. La juste place du médicament
Promouvoir les médicaments génériques. Leur part en France avoisine les 5 % alors qu'ils représentent 50 % et 40 % des médicaments consommés en Allemagne et en Grande-Bretagne. Modifier les présentations : les vendre à l'unité ou en quantité réduite, pour éviter le gâchis dû en partie au non-respect des prescriptions (ce qui est le cas de 30 %
à 60 % d'entre elles).
Permettre la remontée des informations sur les effets secondaires des médicaments, les vaccins - autrement dit la pharmacovigilance - par les malades eux-mêmes.
3. Opération vérité des prix
Qui est capable de chiffrer, par exemple, le coût d'une opération de l'arthrose du genou - des premières consultations et examens à la rééducation ? D'un traitement anti-hypertenseur sur six mois (examens, consultations, médicaments…, tout compris) ? D'un pontage coronarien (examens, hospitalisation, arrêt de travail, rééducation, médications) ? Personne ! Ni les services de l'assurance-maladie, ni le corps médical, ni les assurés ! Impossible donc de comparer entre différentes propositions de traitements (y compris les alternatives), les services et les hôpitaux.
4. Concevoir différemment la médecine
- Mettre en place des centres spécialisés dans les maladies chroniques : asthme, diabète, hypertension, etc. Cela éviterait la dispersion des moyens et permettrait une prise en charge globale des malades. Pourraient y travailler de concert des médecins spécialistes, des médecins environnementaux, des généralistes, des praticiens de médecines alternatives, des psychologues, des nutritionnistes, des infirmiers, etc. désireux de partager leur pratique et de les confronter à l'expérience et au savoir des malades. Les associations de malades auraient leur place dans ces centres.
- Développer les soins de santé primaires assurés par des conseillers de santé formés aux premiers gestes, aux soins essentiels : argile, phytothérapie, massage…, possédant des rudiments de connaissance en médecine alternative et en psychologie, leur permettant d'orienter les malades vers des consultations adaptées.
- Modifier les études médicales
1) Y inclure une formation aux médecines alternatives, à la psychologie et à l'écoute des patients.
2) Replacer les pathologies dans un contexte global : hygiène de vie (dont l'alimentation), travail, stress, environnement, etc., avant de mettre en place une prescription médicamenteuse.
3) S'appuyer sur le savoir des malades et leur capacité à être éduqués pour prendre en charge leur maladie et leur santé et devenir de véritables interlocuteurs.
- Développer une médecine environnementale destinée à prendre en compte les méfaits de la pollution sur la santé : asthme, allergies, cancer, affections auto-immunes, etc.
Ces propositions appellent à changer de mentalité. Cela suppose de la part de chacun audace et esprit d'ouverture. Nous invitons nos lecteurs à nous faire part de leurs commentaires et idées pour nourrir ce débat.

Cécile Baudet avec l'équipe d'Alternative Santé

 

 

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